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Les containers utilisés actuellement pour l’entrée provisoire du CEP.

Vallorbe : non à un Centre de départ à Vallorbe

La modification de la loi sur l’asile acceptée par la population en votation populaire le 5 juin 2016 comporte des mesures d’accélération des procédures. Afin de mettre en œuvre ces dispositions, la Confédération a lancé un processus d’approbation des constructions et installations qu’elle utilise dans ce domaine. En parallèle, le Plan Sectoriel d’Asile permet au Secrétariat d’Etat aux migrations de planifier et de définir les centres fédéraux pour requérants d’asile. Une large consultation se déroule dès lors du 4 avril au 4 juillet 2017 – pour les cantons et les communes et jusqu’au 5 mai 2017 pour les particuliers. S’agissant de la Suisse romande, les communes touchées sont Le Grand-Saconnex, Giffers, Boudry, Tourtemagne, Dailly, Martigny, Moudon et Vallorbe.

Oui, mais pas chez moi

La semaine passée, l’exécutif de Moudon a immédiatement fait savoir qu’il s’opposait à tout nouveau projet dans ce domaine (480 requérants prévus vers… l’an 2029).
La ville de Martigny a déploré le manque de sens de la communication du SEM et a fait savoir qu’elle s’opposait aussi à tout développement sur son territoire.
Le conseiller d’Etat Philippe Leuba a exprimé son soutien à Moudon: «C’est non!» a-t-il déclaré à nos confrères de «La Broye» en ajoutant : «la position du Conseil d’Etat est claire. Si la commune concernée refuse l’implantation, nous la soutenons.»

La situation à Vallorbe

Actuellement, en raison de la diminution des arrivées par la mer en hiver, le CEP n’est pas entièrement occupé. 120 requérants environ y logent. La Confédération terminera bientôt des travaux de plus d’un million de francs pour réaménager, entre autres, la loge de réception. Contrairement à certaines communes concernées, «Vallorbe a développé, depuis de nombreuses années, un mode opératoire efficace avec les différents intervenants de l’asile, si bien que même si tout n’est pas toujours rose, ça ne se passe pas si mal», confirme le syndic Stéphane Costantini. «Sous réserve d’une étude du dossier, que nous venons de recevoir, nous sommes prêts à continuer de collaborer dans ce domaine, confirme le syndic, mais à la condition expresse que le CEP ne se transforme pas en Centre de départ. Si tel devait être le cas, nous nous y opposerions avec plus grande fermeté».

Position inchangée

Une position qui n’a pas changé depuis une année au moins, année durant laquelle le silence assourdissant du SEM n’a pas permis de se faire une idée sur ses intentions réelles. Le dossier complet accompagnant la procédure est volumineux et truffé de jargon administratif confédéral pas toujours d’une limpidité cristalline. On peut cependant en extraire l’information que «dès 2019 le CEP de Vallorbe deviendra un CFA (Centre fédéral pour requérants d’asile)» et que ce type de centre «sert à héberger les requérants d’asile durant la première phase de leur séjour en Suisse pendant au maximum 140 jours» – page 11/68 du PSA. De quoi imaginer que les souhaits du syndic pourraient donc être exaucés.

Les derniers migrants et une partie de l’équipe du Gamo.

Orbe: l’abri se vide

A la fin de ce mois de novembre, l’abri PC urbigène n’accueillera plus de migrants. Pour marquer cette fermeture, une petite cérémonie a réuni les personnes qui se sont occupées de nos hôtes durant cette période de cinq ans.

Elles ont été remerciées par Carine Foretia de l’Evam ainsi que par Denis Barclay, président du GAMO (Groupe d’Accueil des Migrants à Orbe).

A leur tour, quelques migrants ont adressé une lettre pour dire à leur tour combien ils avaient apprécié le dévouement de ces personnes alors qu’ils étaient désemparés à leur arrivée en Suisse.

Mal à l’aise

La réunion s’est déroulée dans les locaux de l’accueil de jour. Le lieu était un havre de paix pour ces demandeurs d’asile. Ils aimaient s’y retrouver sans aucune contrainte tout en respectant la structure et le personnel. Au début, ils ont eu de la peine à admettre qu’une femme puisse gérer le centre. Envers et contre tout, Il n’y a pas eu de bagarre, parfois des tensions, notamment entre gens du Maghreb et des Africains de l’Ouest (Nigeria).

Mais tout se calmait lorsqu’ils confectionnaient un repas de midi qui permettait de réunir tout le monde. Ils profitaient des ordinateurs pour prendre contact avec des amis ou des parents (une heure par jour et par migrant). Ils ont aussi fait des efforts pour apprendre le français, car ils avaient tous pour but de travailler un jour en Suisse. Lorsque le permis leur était refusé, l’idée de retourner au pays leur était insupportable.

C’est la raison pour laquelle plusieurs d’entre eux ont subitement disparu. Il faut savoir enfin qu’ils redoutaient le regard des gens d’ici, se sentant mal à l’aise dans leur situation et sans pouvoir travailler.

Merci du coeur

Aujourd’hui, il ne reste essentiellement que des Afghans qui redoublent d’efforts pour obtenir le sésame pour demeurer ici, mais dont l’avenir est très incertain. Au terme de cette petite cérémonie, les responsables ont souligné le travail des assistantes du centre comme des membres du GAMO qui ont fait preuve d’un grand cœur pour épauler ces gens dans la détresse. Beaucoup d’entre eux leur ont donné des cours de français comme l’infatigable Pierre Roemer, Denis Barclay démêlait leurs soucis et avait créé le Ciné-Club de 4 à 7 alors que Willy Reverchon leur proposait des balades dominicales.

A tous ceux qui ont fait en sorte qu’Orbe et ses environs soit accueillant, nous leur disons merci!

Le CEP de Vallorbe

Berne: coupable mutisme au sujet du CEP de Vallorbe

Depuis l’automne 2015, le bruit court selon lequel le Centre d’enregistrement et de procédure (CEP) de Vallorbe – 250 places – va être transformé d’ici deux ans par les autorités fédérales en «centre de départ».

Actuellement, un CEP est la première étape en Suisse d’un demandeur d’asile. Berne veut maintenant transformer le CEP de Vallorbe en dernier abri en Suisse des requérants déboutés, juste avant leur expulsion ou leur départ spontané, la frontière n’étant pas loin.

Ce changement d’affectation exercera une influence notoire sur l’esprit de la population du centre qui passera de celle du «demandeur d’intégration» à celle de «l’exclu attendant le départ forcé».

Les bruits insistants cités plus haut ont même provoqué la décision formelle et de principe du Conseil communal local de se réunir en séance extraordinaire et urgente pour traiter de ce problème, «une fois un minimum d’informations fiables et officielles disponibles».

2015 a vécu, sans que l’on puisse en savoir véritablement plus sur le sort du CEP de Vallorbe, et donc sans séance extraordinaire du délibérant local. Selon nos sources cependant, c’est depuis plusieurs mois que la décision de principe a été prise à Berne. Ce d’autant plus facilement que le centre d’enregistrement actuel est un bâtiment fédéral.

La Municipalité et son syndic Stéphane Costantini n’ont pas été tenus au courant de l’évolution de la situation. Le Secrétariat d’État aux Migrations ne répond pas non plus aux sollicitations de l’Omnibus, même formulées à plusieurs reprises par oral et par écrit. La politesse ne semble donc même plus de mise dans les couloirs bernois, dans lesquels on préfère sans doute le confort d’un mutisme peu courageux à la communication franche.

Cette politique du secret et du fait accompli est insupportable en démocratie. Elle l’est d’autant plus qu’elle fait le lit des extrémistes, qui se servent de cet argument pour louer leurs causes.

Au plan cantonal vaudois, on ne peut pas dire non plus que la plus grande transparence règne. Notamment au sujet des alternatives existant, ou n’existant pas, dans une telle situation et au moment des choix préliminaires effectués par Berne l’an passé.
2016 semble promettre un flux de migrants encore plus dense que celui de 2015. Ne pas tenir compte des efforts consentis et concertés depuis 20 ans par la population de Vallorbe, ses édiles et l’ARAVOH pour choisir de passer en force et en silence ne milite pas en faveur d’une cohésion sociale et d’une adhésion à une politique claire et efficace.

Conseil d’Etat interrogé

Mardi en fin d’après-midi, une interpellation a été déposée au Grand Conseil. Ses signataires demandent au gouvernement vaudois des précisions sur son attitude dans le choix de localisation des futurs centres de départ voulus par Berne, notamment celui de Vallorbe.

Les signataires lui demandent également si des emplacements alternatifs ont été étudiés et comment le canton tient compte de l’opposition vallorbière (Interpellation Denis-O. Maillefer et consorts).

A suivre donc!