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Dr Jean-Claude Vautier.

Orbe: visite médicale des 90 ans, rien de grave Docteur Vautier

Dr Jean-Claude Vautier.

Dr Jean-Claude Vautier.

Quoi de plus normal direz-vous pour un médecin que d’arriver en bonne santé à 90 ans? Pourtant ne dit-on pas aussi que les cordonniers sont souvent les plus mal chaussés ! Eh bien, c’est un Jean-Claude Vautier en pleine forme qui a reçu la délégation municipale conduite par M. Henri Germond, le 4 janvier au no. 3 de l’av. Carrard-et-de-Foligny. Entouré de ses 2 filles et de membres de sa famille, le célèbre médecin-généraliste qui a pratiqué à Orbe durant près de 45 ans était, comme on peut le voir tous les jours déambuler au centre-ville, complètement indépendant, actif et disert.

Une heure de rencontre c’est bien trop court pour résumer l’intense activité de cette personnalité locale, tant il est intéressant et détaillé dans ses histoires qui sortent pour la plupart de l’ordinaire.
De sa jeunesse on apprendra que ce fils de pasteur et d’une mère hollandaise, né à Grandson, a passé l’essentiel de sa jeunesse à Orbe où, avec une bande de copains il avait créé un groupe LPC qui voulait dire «Les Loups-Phoques Club» dont les membres étaient souvent convoqués devant la Municipalité pour des réprimandes avec des amendes de Fr. 1,50 + 30 cts de frais.

Après une période d’une dizaine d’années à Lausanne pour finir ses études de médecine, M. Vautier a trouvé à Orbe un cabinet de médecin-généraliste de campagne comme il a toujours souhaité, avec pour modèle un oncle. De ces 45 ans de pratique, on apprendra peu de choses si ce n’est qu’il garde un excellent souvenir de sa collaboration en salle d’opération avec le Dr Haessler et ensuite les Dr Tschanz et Waridel. Son opposition viscérale à tout ce qui touche au nucléaire s’est concrétisée professionnellement par un refus de s’équiper d’un appareil radiographique à rayons X.

Au cours de cette heure d’entretien, le Dr Vautier évoquera plus longuement ses nombreuses activités annexes à caractère politique comme les 20 années passées au Conseil communal (on l’avait sollicité comme municipal, mais il dit n’avoir pas eu le temps nécessaire), et la quinzaine d’années comme député. Ses convictions l’ont ainsi amené à être à la tête d’un comité référendaire contre le nucléaire et les centrales en 1958; il se souvient aussi très précisément d’un voyage en URSS en 1960, invité en délégation par un mouvement de Paix, suivi d’une réception à Orbe de délégués russes, pas toujours bienvenus dans les visites des entreprises locales, hormis aux Grands Moulins. Ceci lui valut bien sûr d’être fiché à Berne comme personnage dangereux. Il n’hésita pas pour autant, lors d’un voyage à Cuba, de critiquer vertement l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques.

Parmi les multiples autres engagements, il faut mettre en avant sa présence au comité de soutien au peuple Sahraoui au Maroc pour lequel non seulement il a fait de fréquents voyages et des rencontres avec des personnalités du plus haut niveau, mais il continue à se battre pour tenter de trouver une solution à ce conflit que les régimes en place cherchent à étouffer.

On ne saurait oublier encore son engagement dans l’Association pour le développement des énergies renouvelables (ADER) en compagnie d’un ancien municipal urbigène, Ernest Badertscher, ainsi que son dévouement pour Pro Urba.

Jean-Claude Vautier dit n’avoir jamais été un sportif, ni avoir fumé, et boire avec modération, mais que son physiothérapeute c’est son jardin. L’écriture et la lecture sont ses principaux moteurs de tous les jours, soit au café pour le 24 Heures et à la maison pour Libération et le Courrier de Genève. Nous avons enfin pu admirer le petit bureau et le fauteuil dans lequel on peut voir quasi tous les soirs en passant sur le trottoir de l’avenue de Thienne, dépasser la tête du docteur Vautier occupé à lire ou écrire.

Manifestement il aurait fallu plusieurs heures pour évoquer d’autres étapes de la vie très remplie du Dr Vautier, mais ce sera certainement possible lors de la visite municipale pour les 100 ans du Dr tant il déborde de santé et d’activité et qu’en plus il croit en une certaine hérédité (son père est décédé à 99 ans !). Alors Docteur, nous vous faisons volontiers une ordonnance pour encore 10 ans de santé et de bonheur parmi votre famille et au milieu de vos livres et de vos convictions.

Photo Serafina Tumminello

Dr. Christian Dante.

Vallorbe: le Dr Danthe prend sa retraite

Dr. Christian Dante.

Dr. Christian Dante.

Il avait ouvert son cabinet à Vallorbe en 1977, et c’est le 31 mars 2012 que le Docteur Christian Danthe va cesser d’exercer sa profession. Originaire de Prilly, le Docteur Danthe est issu d’une famille modeste.

«Mon père était employé communal, en plus par temps de crise »précise-t-il. Ayant suivi toute sa scolarité à Lausanne, il a obtenu à l’Université de cette ville son diplôme de médecin en 1971. Puis durant quelques années, il a complété sa formation en obstétrique, gynécologie, chirurgie, psychiatrie, pédiatrie. A l’époque, un peu comme actuellement d’ailleurs, l’offre en médecins généralistes était un peu faible à Vallorbe. Et comme il aimait le Jura pour y avoir passé des vacances enfant et qu’il devait aussi faire vivre sa famille, il s’est installé dans la cité du fer, qu’il n’a plus quittée depuis 35 ans.

Un art et une pratique qui ont complètement changé

«Les patients ne mesurent pas toujours l’immense privilège qu’ils ont quand on compare les progrès effectués par la médecine depuis l’époque où j’ai commencé, notamment au point de vue imagerie ou radiographie, avec la médecine d’aujourd’hui » explique Christian Danthe. Certes les factures enflent, mais la pratique a complètement changé. Dans les années 1970, on pratiquait le diagnostic pas à pas, c’est-à-dire en observant l’évolution d’un malade et de sa pathologie sur une période relativement longue. C’était alors un véritable travail clinique.

Actuellement, le diagnostic doit être quasi immédiat et exhaustif, au travers des batteries d’examens que l’on peut mettre en œuvre. Cette nouvelle façon d’aborder le diagnostic colle avec la façon de vivre en 2012: tout immédiatement, mais avec les angoisses qui vont avec. «Mon travail a été très fatigant» précise le Docteur Danthe: à l’époque nous faisions des visites à domicile, des levées de corps, des urgences chirurgicales, des veilles en alternance avec des confrères, bref des semaines au nombre d’heures très élevé».

Le devenir de la médecine

Selon le futur retraité, la médecine va immanquablement vers quelque chose de plus sécurisé.» Nous sommes guidés par le fameux principe de précaution que personnellement je considère comme une impasse totale. A mon sens, ajoute le médecin, nous devrions plutôt obéir au principe du risque éclairé et contractuel: une sorte de pesée faite avec l’accord du médecin entre risques et avantages dans une situation de fait donnée. On reviendra un jour du principe omnipotent de précaution, c’est un peu comme le mouvement du balancier, précise-t-il.

Le principe de précaution maximise les insatisfactions à tous les niveaux, et donc les coûts et rend même une partie de la population réellement revendicatrice. Mais sans doute est-ce là plutôt une question philosophique que médicale.

La santé publique et l’avenir

A ce point de vue, le praticien relève qu’il ne serait pas étonné que une ou des grandes épidémies frappent la population. Avec le développement irréversible des transports, la survenance d’un tel événement est selon lui possible dans les trente ans à venir. Simultanément la manie du tout hygiénique et du lavage de mains dix fois par jour relève du TOC au plan individuel et même social. Le Docteur Danthe voit dans les années à venir un immense progrès possible dans l’optimisation de la gestion de l’information.

Avec à la clé la disparition pure et simple du secret médical, pour les médecins scientifiques, et son transfert vers des praticiens en médecines ou thérapies douces, qui eux ne sont pas tenus à une obligation de résultat. «Chacun fabrique son chaman» précise-t-il. Peut-être le psychiatre conservera-t-il une partie de ce secret, son art étant par essence très difficile à organiser en informations réutilisables.

S’il devait souhaiter une organisation médicale plus adaptée aux défis d’aujourd’hui, le Docteur Danthe verrait se créer des groupes d’échanges entre médecins installés, échangeant, entre anciens et modernes ou entre praticiens d’une même tranche d’âge, expériences et interrogations. Avec ce genre d’organisation, on pourrait peut-être chercher à rendre plus objectivables des comportements, qui se trouvent être plus à risque chez certains patients que chez d’autres.

«En plus, ceci ressemblerait à un retour vers Hippocrate, les cercles de médecins autour d’un patient, cherchant au travers d’un échange à mobiliser le meilleur de leur science commune au profit du patient».

Photo Olivier Gfeller