Rencontre aux grottes de Vallorbe : un site naturel qui fascine

Lors d’une journée de printemps plutôt torride, je suis allée profiter de la fraicheur naturelle de la roche aux grottes de Vallorbe. J’y ai rencontré Jules et Damien, deux jeunes employés travaillant ici depuis quelques années. J’ai été ravie d’apprendre tant de choses concernant leur expérience et d’en savoir davantage sur ce site touristique naturel qui émerveille les visiteurs. 

L’Omnibus: Présentez-vous et expliquez-nous comment vous en êtes arrivés à travailler aux grottes de Vallorbe. 

Damien: Damien de Froment, j’ai 21 ans. A côté des grottes, je fais de l’équitation, je suis pompier et je suis à l’université en Droit à Neuchâtel. Quand j’avais 16 ans, il me fallait un job pas trop loin de chez moi car je n’avais pas encore le permis. Comme je parle allemand, mon père m’a dit de chercher quelque chose dans le tourisme. J’ai pensé aux grottes ! J’ai été embauché quand je venais d’avoir 17 ans. Je n’avais pas d’attirance particulière pour les grottes, je suis claustrophobe (rires), et je me retrouve maintenant guide à l’intérieur…

Jules: Je m’appelle Jules Rochat, j’ai 20 ans. A côté des grottes, je suis à l’université de Lausanne en Lettres. Moi, c’est grâce à Damien que je suis ici. Il m’a conseillé de venir, alors j’ai postulé avec recommandation.

Quelles compétences pensez-vous importantes pour faire ce job, et que pensez-vous que cette expérience vous apporte? 

Jules : Un bon contact avec les clients. Il faut aussi savoir gérer le stress, parce que parfois on a beaucoup de gens d’un coup. Je pense que ce job est une bonne expérience pour entrer dans le monde du travail.

Damien: Les langues : anglais, allemand, au minimum. Il faut aussi une certaine envie d’être là: il y a des jours où ce n’est pas forcément très drôle mais quand on se retrouve avec les collègues, ça devient tout de suite sympa. Oui, ça nous plonge dans le monde du travail mais sans être trop contraignant. Quand tu arrives à 16-17 ans, tu comprends ce qu’est le travail: quand tu fais une bêtise, tu sais que tu dois aller le dire à la cheffe.

Êtes-vous toujours impressionnés par la beauté des grottes?

Jules: Non, à force de faire le tour… il n’y a plus l’émerveillement du début. Pour moi, c’est comme rentrer dans ma chambre (rires).

Damien: Mais si tu t’arrêtes un peu, tu te dis que si tu ne les voyais pas chaque jour, elles t’impressionneraient. Il faut essayer de prendre du recul parfois et tu te rends compte que c’est vraiment magnifique. 

Pensez-vous continuer à travailler ici ?

Jules: Oui je pense que je vais continuer. Le seul désavantage est que c’est loin de chez moi. Sinon, on a une bonne équipe, on sait travailler ensemble, c’est chouette. Et ça fait longtemps qu’on travaille ici, donc c’est sympa. 

Damien  Moi aussi, pour le moment, je vais rester. Si je dois trouver des emplois dans le monde du droit pour entrer dans ce cercle, je le ferai, mais toujours avec une petite nostalgie des grottes. 

Comment sont les retours des visiteurs? Comment décrivent-ils le lieu?

Damien: Dans 99% des retours, les visiteurs sont absolument estomaqués. Surtout les personnes qui viennent de France, qui ont l’habitude des grottes, et qui retrouvent ici un tel espace dans la cathédrale. Et aussi les personnes âgées, elles sont vraiment bouche bée, on sent qu’elles sont vraiment touchées. Il n’y a pas beaucoup de commentaires négatifs sur le tour.

Jules: Oui, même parfois au point de venir nous le dire, à la caisse, que c’était vraiment super.

Qu’est-ce qui vous plaît dans le contact avec les visiteurs ?

Jules: Quand ils font de l’humour!Damien: Dans les grottes, certains posent des questions marrantes, surtout les enfants, par exemple… «Pourquoi il y a un tuyau là?». C’est pour faire passer l’électricité… «Pourquoi il y a de la peinture sur le meuble?». C’est pour camoufler le meuble… Sinon, une chose que je trouve touchante: il y a une personne en situation de handicap qui vient régulièrement avec son accompagnante pour se ressourcer. Cela lui fait beaucoup de bien. 

Comment pourriez-vous rendre ce lieu plus attractif pour les plus jeunes? 

Jules: En faisant des stories sur Instagram. C’est ce qu’on essaie de faire avec la nouvelle cheffe: être davantage sur les réseaux, parce que l’information passe par là maintenant. Pour les enfants, on a pas mal de choses.

Damien: Oui, pour les plus petits, on fait des chasses aux œufs à Pâques par exemple. Mais on a aussi des étudiants de l’université qui viennent en visite. 

Quelle importance ont les grottes pour le tourisme dans la région? 

Damien: Une importance énorme. L’été, on a 1 000 – 1 200 personnes par jour. On essaie de mettre en avant les quatre sites de Vallorbe: le Musée du fer et du chemin de fer, le Fort de Pré-Giroud et le Juraparc. On est un ensemble assez solidaire. 

Est-ce important de préserver ce patrimoine naturel? 

Damien: Le but est de préserver l’intérieur de la grotte, parce qu’il y a beaucoup de gens qui touchent la roche et ça l’abîme. On le voit aux couleurs : ça devient brun-noir, alors que c’est jaune-transparent à la base. C’est un manque de respect de l’environnement. L’installation intérieure a été faite de manière à ce que l’on adîme le moins possible grottes. 

Jules: Il y a aussi la forêt à côté. C’est un tout, on est dans un site naturel. Il y a beaucoup de poubelles le long du chemin pour éviter la pollution du lieu. 

Comment concilier l’accueil des visiteurs et la protection du site? 

Damien: Quand on est guide, on montre les endroits  salis par les mains. Et en fait, c’est juste de la pierre. Si tu vas dehors et que tu touches un caillou, c’est la même chose qu’à l’intérieur, même si ça ressemble à de la glace. 

Jules: En général, les gens sont assez respectueux, les groupes nous demandent souvent les indications: ce qu’ils peuvent faire ou ne pas faire à l’intérieur, en particulier s’ils ont des enfants. Mais sur la terrasse, on a des gens qui laissent leurs déchets…

Y a-t-il autre chose que vous voudriez partager?

Damien: On a ce nouveau bâtiment de 600 mètres carrés depuis septembre 2024, qu’on a inauguré avec quelques personnalités, parmis lesquelles se trouvait Guy Parmelin. On est passés au stade supérieur: l’ancien chalet de 30 mètres carrés ne suffisait plus pour les 90 000 personnes par an. L’architecte a voulu faire quelque chose de très impressionnant: rendre le bâtiment le moins visible possible. Les murs extérieurs sont faits pour que les microorganismes s’y accrochent, et se transforment, au fur et à mesure des années en murs végétaux. Il y a eu une grosse réflexion pour que ce lieu ressemble à un caillou, qu’il soit vraiment intégré, et nous pensons tous que c’est bien réussi. 

Jules: La boucle d’un kilomètre qu’on parcourt en visite, c’est seulement 1/5 de la grotte totale. Il y a un panneau qui le montre à la fin de la visite. Les grottes en entier sont beaucoup plus grandes. Au-delà, c’est pour les spéléologues. Ils doivent passer par le «siphon du désespoir»: ils y vont en plongée, 60 mètres de descente, et au milieu, c’est tellement étroit qu’ils doivent enlever la bouteille d’oxygène dans le dos pour la pousser en avant et remonter avec…

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