Séverine Allimann est marraine d’une personne migrante. Avec cette rencontre, sa famille recomposée s’est agrandie d’un lien qui s’est imposé comme une évidence. Elle revient avec émotion sur ce qui a motivé cette démarche.
Séverine nous explique: «J’ai toujours eu envie de faire quelque chose pour les enfants migrants et je suis tombée par hasard sur une annonce qui présentait le jubilé des dix ans d’amitié interculturelle d’Action-Parrainages et de PAIRES, deux projets qui mettent en lien des personnes réfugiées et des habitants de la région. Je me suis ensuite renseignée sur ce qu’il était possible de faire. C’était une décision collective avant tout: je ne suis pas la seule à être sa marraine. Nous sommes une vraie famille qui l’accueille. Nous avions envie de tenter cette aventure tous ensemble.»
Une situation géopolitique inquiétante
Séverine poursuit: «Depuis trois ans, je suis archiviste responsable du soutien au domaine parapublic aux archives cantonales vaudoises. Je travaille avec différents organismes tels que l’EVAM (Établissement vaudois d’accueil des migrants) ou les institutions membres de l’Association vaudoise des organisations privées pour personnes en difficulté (AVOP), actives notamment dans la protection de l’enfance. J’ai donc une connaissance assez claire de ces établissements submergés par des situations liées à la précarité. Actuellement, on vit un backlash antiféministe et raciste. C’est-à-dire une remise en cause des droits des femmes et un rejet de l’inclusion et de la diversité culturelle. La montée de l’extrême droite me révolte.»
La rencontre avec Mamadou
Séverine ne peut retenir un sourire ému et nous livre: «On l’a rencontré pour la première fois le 3 juin, avant les vacances. Après trois mois, il fait déjà partie de notre famille. Il compte beaucoup pour nous. Mamadou vient de Guinée et est très en recherche de lien. Les vacances, ça peut être long dans un foyer. Nous avons donc informé Mamadou des activités prévues, il pouvait nous accompagner s’il le souhaitait. Pour cela, nous avons créé un groupe WhatsApp appelé «La belle vie». Nous pouvons ainsi tous échanger. Il est chaleureux, serviable et toujours prêt à donner un coup de main. Les échanges et la diversité culturelle sont toujours enrichissants. Il nous apporte autant que nous lui apportons. Nous ne passons pas plus de deux jours sans nous donner de nouvelles. Tout récemment, il m’a offert un dessin qui illustre les pays qu’il a traversés pendant trois ans pour enfin arriver en Suisse. J’ai été très touchée.»

Processus et rôle du parrainage
Au fil des échanges, l’expérience personnelle de Séverine permet aussi de mieux comprendre le fonctionnement concret de ces parrainages, pensés comme des rencontres progressives et réciproques.
Il est possible de parrainer des personnes réfugiées majeures et mineures. Une personne seule peut également parrainer; les conditions préalables sont de présenter un casier judiciaire vierge et d’être majeure. Action-Parrainages propose le parrainage de personnes adultes, de familles et de mineurs non accompagnés. PAIRES se concentre sur la création de tandems avec des personnes adultes.
Dans un premier temps, les candidats et candidates au parrainage se présentent en décrivant leurs intérêts, leur lieu de vie, leurs enfants ou encore leurs animaux. Une fois les dossiers terminés, les membres des associations d’aide aux réfugiés, les responsables et les éducateurs des foyers consultent ensemble les profils et discutent des «affinités» possibles entre les personnes migrantes et les familles. À ce sujet, Séverine met l’accent sur le fait que les candidats et candidates au parrainage ne choisissent pas les personnes qu’ils accompagneront. Des profils sont présentés aux personnes réfugiées, qui décident si elles souhaitent rencontrer la famille. Après une première rencontre, chacune et chacun décide s’il souhaite poursuivre ou non.
Le but du parrainage est d’offrir un soutien affectif, de développer des compétences sociales, de créer du lien, de faire découvrir la culture suisse et de pratiquer le français. Il y a également quelques règles à suivre: il est par exemple interdit de quitter le territoire suisse avec la personne parrainée.
Le conseil de Séverine
«Ce qui importe dans ma vie à travers les années, ce sont les liens humains. S’il faut aussi apprendre à s’accorder du temps, à mon sens, il faudrait toujours rester ouvert à de nouvelles possibilités de rencontres. On peut toujours rencontrer quelqu’un de nouveau qui nous amène un nouvel éclairage sur nous-mêmes.» Séverine marque une courte pause, semble chercher ses mots et termine: «En trois mois, grâce à Mamadou, je me sens un peu meilleure.» Sourire.
Dix ans d’amitié interculturelle
Action-Parrainages et PAIRES fêtent leurs dix ans d’amitié interculturelle et organisent différentes activités ouvertes à toutes et tous : spectacles, repas et ateliers créatifs. N’hésitez pas à venir les découvrir !
Pour toute information sur le parrainage d’une personne mineure non accompagnée ou la création d’un tandem avec une personne adulte: www.action-parrainages.ch www.paires.ch
Pour toute information sur le parrainage des personnes réfugiées de 18 à 25 ans: www.association-nela.ch






