Portrait : Entre chocolat et piano, la résilience a éclos

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Portrait : Entre chocolat et piano, la résilience a éclos

Portrait : Entre chocolat et piano, la résilience a éclos

Instituteur retraité, fondateur de l’association Z et zèbre musicien, Patrick Staeger a consacré une grande partie de sa vie à l’accompagnement des personnes neuroatypiques.
Retour sur un riche parcours.

Né à Montreux, domicilié aujourd’hui à Vallorbe, Patrick Staeger a passé une enfance très heureuse. Son père, pâtissier-confiseur, était responsable de la production des chocolats Séchaud: tous les dimanches, avant le repas de midi, il l’emmenait goûter le chocolat chaud et liquide dans les conches. «Il m’a en quelque sorte formé au goût et à la connaissance du chocolat», précise-t-il. Quant à sa vocation de chef de chœur et d’ensembles instrumentaux, elle lui a été transmise par sa sœur: «Je m’endormais tous les soirs en l’écoutant répéter les grands classiques du piano», ajoute-t-il tendrement. Patrick a dirigé son premier chœur à seulement 13 ans et demi, et la créativité musicale est restée un pan très important de sa vie. 

Une vocation née d’un défi 

Qu’en fut-il de sa scolarité? Il raconte: «Quand j’avais 5-6 ans, j’avais des problèmes d’élocution, je bégayais. Lors du bilan de fin d’année scolaire, ma maîtresse d’école parlait avec ma mère et je l’ai entendue prononcer cette phrase à mon sujet: «Ouais, Patrick à l’école, pfff… qu’est-ce qu’il va devenir?» Ses mots n’ont fait qu’un tour dans mon cerveau et immédiatement, je me suis dit: «Ah? C’est ce que tu penses! Tu verras qu’un jour je serai ton collègue!» Toute ma scolarité a été motivée par l’objectif de lui démontrer son erreur.» 

A 19 ans, fraîchement breveté, Patrick est allé retrouver son ancienne maîtresse d’école pour lui dire ce qu’il était devenu…

Pour chacun

En tant qu’enseignant, dès les années 70, Patrick a rapidement réalisé qu’il y avait des élèves très intelligents qui étaient pourtant en échec scolaire. Il faisait le constat d’un décalage entre leur manifestement haut potentiel et leurs résultats. Il explique: «Le système scolaire n’était pas adapté à eux. Ces élèves fonctionnaient différemment et il fallait leur offrir un accompagnement individualisé, sans forcément leur coller une étiquette. Ma hiérarchie m’a autorisé à mettre en place des aménagements scolaires, des programmes individualisés, tout en me précisant que j’étais le seul responsable de cette initiative et de ses éventuelles conséquences. J’ai donc pris la liberté d’adapter les horaires en fonction des profils de mes élèves: on commençait parfois plus tôt et on terminait la journée par des activités sportives ou récréatives, sans devoirs à domicile. Ces élèves ont pu s’épanouir et avoir par la suite une existence digne de leur potentiel.»

Naissance de Z

Patrick est aussi à l’origine de l’association Z. Un «z» qui fait référence au zèbre, seul équidé indomptable, mais aussi capable de se confondre dans la masse grâce à ses rayures. C’est la psychologue française Jeanne Siaud-Facchin qui a choisi ce terme pour désigner les personnes à haut potentiel intellectuel.

«L’association a été créée en novembre 2019, suite à une discussion entre amis lors de laquelle nous avions constaté qu’il y avait un réel besoin d’accompagner  ces personnes, qui se retrouvaient souvent démunies et devant un «vide institutionnel». Le but est de regrouper des personnes – enfants, ados, adultes – autour de la problématique du fonctionnement du haut potentiel avec ou sans troubles associés (TSA, TDAH). J’accompagne aussi des parents et leurs enfants scolarisés à domicile, ce qui est souvent la meilleure option pour eux. Notre association est ouverte à toute personne intéressée par nos activités.» 

Il poursuit: «Très souvent, les personnes HP s’isolent et restent en retrait, jusqu’au jour où la tension intérieure devient trop forte et là, tout explose. J’entends très souvent dire: «Je n’ai jamais été moi-même et maintenant je veux être moi-même!» Être soi-même, c’est se libérer des pressions familiales et/ou personnelles et vivre ce que l’on veut vraiment».

Aller jusqu’au bout

La devise de Patrick pourrait être «Aller au bout de ses projets et y croire».

Il précise : «Il ne faut pas se laisser parasiter par des limitations souvent illusoires. Votre projet mis en place, vous verrez, c’est comme un puzzle : les choses s’imbriquent.»

Et de terminer en souriant :«Concernant mon parcours, si c’était à refaire, je suivrais exactement la même voie.»

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