Alyssia Girard, jeune rugbywoman originaire d’Orny, s’implique à plusieurs niveaux pour défendre sa passion.
Si le rugby féminin gagne en visibilité et en professionnalisme dans le monde, cela reste un sport de niche en Suisse. Lors de son tout premier forum, l’association Grassroots to Global Switzerland a rassemblé des joueuses de tout le pays pour discuter de la promotion et de l’amélioration des conditions du rugby féminin en Suisse. On retrouve parmi celles-ci Alyssia Girard, qui s’est lancée dans le rugby à l’âge de 21 ans et joue désormais en ligue A avec les Switzers Geneva Rugby club, triples championnes suisses de rugby à 7 ces trois dernières années. Interview.
L’Omnibus : Quel parcours avez-vous suivi ?
Alyssia Girard: Professionnellement, j’ai d’abord eu envie de faire l’EHL, mais j’ai changé d’avis après un stage en hôtellerie qui ne m’a pas du tout plu. J’ai alors décidé de partir dans l’agriculture. Après quelques stages, je me suis lancée dans un bachelor en agronomie à l’HEPIA. Je travaille maintenant pour l’État de Vaud, à l’inspectorat phytosanitaire de Morges, qui s’occupe des organismes de quarantaine.
À quel moment le rugby est-il entré dans votre vie ?
Pendant mes études à Genève. J’ai commencé très tard, à 21 ans. J’avais envie de commencer un sport d’équipe, de me faire des copines, et ça faisait un moment que je «zieutais» le rugby. J’en avais entendu parler par des proches qui en jouaient à Lausanne, et avant ça, par mon papa qui regardait toujours les grands matchs et tournois à la télé. Ce sport me faisait de l’œil parce qu’il défendait de belles valeurs : de la combativité et beaucoup de respect, et ça m’attirait énormément. Je me suis dit que j’allais tenter, j’ai adoré et je n’ai plus arrêté.
Qu’avez-vous découvert dans ce sport qui vous a autant accrochée ?
Beaucoup de choses. Déjà, l’aspect combatif : chaque match, c’est un peu comme partir en guerre aux côtés de ses copines. C’est génial d’avoir ce côté sport collectif, de se battre pour soi mais aussi pour les autres. Je trouve ça trop beau. Et il y a beaucoup de respect en fait, parce que sur le moment on a envie de faire mal aux autres, mais en dehors on se respecte énormément. Chaque contact est très cadré, on ne peut pas faire mal pour faire mal – on peut faire mal seulement dans les règles (rires).
À ce propos, vous êtes-vous déjà fait très mal ?
Oui. Je me suis fracturé le plateau tibial du genou, et puis je me suis rompu les ligaments de la cheville. Les genoux et chevilles ramassent souvent. Et les épaules aussi, puisqu’on plaque avec, beaucoup de filles se les déboîtent.
Dans quelles formations jouez-vous ?
Il y a deux formes de rugby : le rugby à 15 est celui que l’on connaît le mieux, et que l’on voit principalement à la télé. Sur le terrain, ce sont 15 joueuses qui jouent deux mi-temps de 40 minutes. Elles ne jouent pas plus d’un match par jour, parce qu’elles prennent de gros chocs. Ce format-là ne serait donc pas possible aux JO: pour respecter la santé des joueuses, il faudrait espacer et jouer sur des semaines et des semaines. Le format olympique c’est donc le rugby à 7 joueuses, avec deux mi-temps de 7 minutes, ce qui permet de faire plusieurs matchs sur une journée, donc un tournoi peut se tenir sur un weekend.
Les règles sont plus ou moins les mêmes, mais la dynamique est différente: vu que dans le rugby à 7 les mêlées se font avec moins de joueuses, c’est plus un sport qui va aller chercher les espaces. Tu cours beaucoup, c’est un sport plus athlétique. Les profils des joueuses diffèrent donc aussi: à 15, ils sont plus hétérogènes. Moi, je joue dans les deux formats. J’aime particulièrement le 7 parce qu’il m’évoque l’été. Et en équipe suisse je joue seulement à 7, pas à 15.
Quel impact la coupe du monde 2025 féminine a-t-elle eu sur la visibilité de ce sport ?
Je pense que cela fait quelques années que le rugby féminin prend en visibilité et en professionnalisme; avant, dans les équipes nationales, il n’y avait quasi que des amatrices – elles travaillaient à 100% à côté, en plus du sport. Maintenant, ça se professionnalise: beaucoup de matchs ont été relayés à la télévision, et elles ont rempli des stades comme jamais auparavant. Ça présage du bon. Le public commence à s’y intéresser.
Vous faites partie du comité d’une jeune association qui soutient le rugby féminin.
Que mettez-vous en place à cette fin ?
Grassroots to Global vise la promotion du rugby féminin en général. C’est une association mondiale mais chaque pays a la sienne et, grâce à des copines du club, c’est désormais le cas en Suisse. Nous avons organisé un premier forum, en janvier, afin de discuter de thématiques autour des changements à faire si l’on souhaite redynamiser ce sport, lui donner plus de visibilité et accueillir les nouvelles joueuses dans de bonnes conditions. Nous n’étions pas très nombreuses, mais il y avait des filles de partout en Suisse. Les deux pôles principaux sont promouvoir le rugby et améliorer la qualité du rugby actuel: tout ce qui concerne la sécurité des joueuses, la visibilité, la dynamique d’arbitrage, etc. Sur notre compte Instagram, notre but est de relayer les matchs et les scores, ce qui n’est actuellement pas fait par la Fédération suisse de rugby. Cet espace permet donc d’être au courant de ce que font les équipes.
Que souhaitez-vous que les gens sachent sur ce sport ?
Je pense que c’est un sport de niche en Suisse, encore plus dans sa version féminine, où il ne compte que 370 licences, ce qui est vraiment peu. Dans les autres pays, en France et en Angleterre par exemple, c’est énorme, c’est une activité à part entière, et il y a des écoles de formation au rugby. Ici, malgré ses belles valeurs et son côté «challengeant», il a trop peu de visibilité, surtout dans notre région. À Genève encore, les écolières ont des initiations au rugby, alors qu’ici à la campagne ce n’est pas le cas.
Aussi, une idée qu’il faudrait déconstruire, c’est que le rugby féminin se jouerait différemment du masculin: beaucoup de gens ne veulent pas regarder du rugby féminin parce qu’ils pensent qu’il n’y a pas de contacts, qu’elles n’y vont pas à fond, qu’elles «courent comme des filles» ou se «battent comme des filles»… Clairement pas. Quand on regarde du rugby féminin, il y a autant de combativité que chez les hommes. C’est tout aussi fort.J’espère que ce sport gagnera en visibilité, que les gens s’y intéresseront davantage. Autant pour les proches des joueuses, c’est très important de venir voir et d’être présents, autant pour les gens à l’extérieur, venez voir, soyez curieux ! Et pour les gens qui ont envie d’essayer : venez essayer, peut-être que vous pouvez découvrir un sport qui va vous plaire.
L’interview d’Alyssia est disponible en images, sur le compte Instagram de L’Omnibus, ainsi que sur les comptes Instagram et TikTok de @chek.media.






