Portrait : Alain, facteur au grand coeur

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Portrait : Alain, facteur au grand coeur

Portrait : Alain, facteur au grand coeur

Facteur retraité, Alain Michaud a consacré sa vie aux autres, livrant le courrier et luttant pour les droits des travailleurs. Il nous confie avec beaucoup d’émotion ses rencontres, ses aventures et ses inquiétudes pour le monde à venir.  

Né à Saint-Loup, Alain Michaud confie avec un sourire: «Je suis originaire de La Sarraz, j’ai travaillé à Orbe et j’habite à Montcherand. Toute ma vie s’est déroulée dans un rayon de vingt kilomètres à peine.»

«Mon père était président des Amis de la Nature d’Yverdon, donc on allait au chalet des Cluds. Le Suchet, c’était nos vacances en Thaïlande! précise-t-il en riant. Nous n’avions pas les moyens. Malgré cette simplicité, nous avons quand même eu du plaisir dans notre jeunesse!»

La vraie vie d’Alain commence avec sa nomination en tant que facteur à Orbe, en 1965 – «et j’y suis resté pendant plus de quarante ans!» ajoute-t-il, des étoiles dans les yeux. «Sur place, j’étais toujours à pied. J’avais une sacoche dans le dos. Au départ nous avions un système de dépôts où on rechargeait; ensuite, nous avons eu des caddies pour le transport des courriers.»

Le temps de tisser des liens

On lui demande quelles relations le facteur entretenait avec ses clients: «C’était la belle facette du métier, j’avais des contacts extraordinaires. Il n’y avait pas de boîtes aux lettres à l’époque. Nous avions des petits box pour les immeubles mais pour les maisons individuelles (jusqu’à trois locataires), nous devions sonner à la porte. Si la personne était absente, je connaissais des endroits spéciaux où glisser le courrier : derrière un volet, dans un carton ou directement sur la table de la cuisine. Je partageais un fort lien avec mes clients. Nous avions le temps de faire notre travail. Nous avions même le temps de boire un verre, il faut le dire ! Et si nous devions monter cinq étages pour un colis, nous montions! On ne laissait pas les colis sur le terrain comme maintenant. C’est nous qui apportions l’argent de l’AVS: on nous attendait souvent sur le pas de porte.» Emu, Alain sort son mouchoir avant de poursuivre: «Nous avions parfois jusqu’à 13 000 francs dans notre sacoche ou dans nos poches. Je n’ai jamais eu de problème ! Nous avions aussi les commandements de payer. Nous étions parfois les oiseaux de mauvais augure. C’était le mauvais côté du métier.»

Un rôle social important

Notre facteur nous raconte l’histoire de la doyenne veuve qui logeait dans une petite maison du Ruz d’Agiez sans chauffage central. «Quand je passais le matin, elle me disait: «M’sieur Michaud, j’ai plus de bois!» Je lui répondais: «Quelle emmerdée on en a!» Alain se tait quelques secondes, plongé dans ses souvenirs. Il poursuit: «Alors à la fin de mon service, je passais à la scierie et les employés me donnaient toutes les chutes qu’ils avaient. C’était cent sous le sac; j’en prenais quatre et je les livrais à cette dame. Maintenant, les facteurs n’ont plus le temps de faire des trucs comme ça. C’est dommage.» 

Alain marque une pause pleine d’émotion et poursuit: «On était aussi inquiet si une personne âgée ne relevait pas son courrier. Lorsque cela arrivait, je sonnais et je rentrais. Parfois je trouvais une cliente malade encore au lit. Je lui faisais signer le mandat au plumard ! (il rit) Elle me disait ensuite d’aller mettre ses sous dans la boîte à café à la cuisine. La boîte était bourrée de pognon: à l’époque, ils ne mettaient rien à la banque par manque de confiance. Ils avaient drôlement confiance en moi, quand j’y pense!» Emu, notre facteur s’essuie les yeux. «On recevait aussi de la bonne-main et des cadeaux de Noël. C’était des moments forts.»

Un des passe-temps favoris du facteur: les cartes. (Photos Maïrane Graber)

Multi-casquettes

Représentant syndical au niveau central à Berne, Alain Michaud a également participé au projet de l’installation des boîtes aux lettres au bord de la route et de la tournée unique. «A l’époque on était encore écouté, car il y avait un grand taux de syndicalisation, 90% des postiers étaient syndiqués. Cette fonction a été très importante dans ma vie. J’ai beaucoup donné, mais également beaucoup reçu.» 

Et ce n’est pas tout: «J’ai été 15 ans président du club de pétanque de Montcherand, 10 ans président de l’AVIVO (association qui organise des loisirs pour les retraités). Je suis aussi correspond local pour le journal L’Omnibus, dont je crée les grilles de mots croisés: je suis un verbicruciste. Toutes ces casquettes m’ont permis de garder beaucoup de liens sociaux après ma retraite.»

Quant à l’avenir de notre monde, a-t-il un conseil à nous donner? Sa réponse est un peu mitigée: «Nous sommes dans une époque «déboussolée» maintenant. Tout change très vite. Je suis resté de la vieille école. J’utilise mon téléphone pour appeler et être joignable. Je n’ai pas ce cheni de WhatsApp, qui m’horripile. Je suis inquiet au sujet de l’IA: on pourra faire dire ce qu’on veut à n’importe qui. Il n’y aura plus de vérité. Le monde est fou. De mon époque, quand je prenais le train par exemple, on échangeait ensemble. Maintenant, les gens ne regardent même plus les vaches à travers la vitre, chacun est rivé sur son écran. Ça me fait vraiment peur.»

Notre facteur termine avec un conseil: «L’important est de trouver un emploi où on se sent bien dans sa peau et pour lequel on se réjouit d’aller travailler. Je souhaite aussi que tout ce bas monde puisse vivre avec sagesse et le plus tranquillement possible. Chacun choisit et façonne sa vie. Il ne faut pas oublier ce point.»

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