Nature : Retour au lac pour l’heureuse maman truite

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Nature : Retour au lac pour l’heureuse maman truite

Quand les jours se font courts, les truites lacustres remontent l’Orbe pour frayer (L’Omnibus du 28 novembre). Quand ils rallongent, devoir parental accompli,  elles repartent direction Yverdon…

Après le frai, exténuées et amaigries, les truites lacustres ont rejoint les profondeurs du lac artificiel de Montcherand pour se refaire une santé à l’abri des prédateurs. Pendant ce temps leurs œufs, déposés dans les graviers au fond de la rivière, sont en incubation. Certains sont tragiquement emportés par les crues, d’autres, moins soumis aux forts courants, ont plus de chance: fin février – début mars, ils éclosent. 

L’Orbe ou le lac

Les petits alevins passent les premières semaines de leur vie dans le substrat qui leur sert de pouponnière, s’y enfonçant pour se protéger de la lumière. Après leur naissance, ils continuent d’être nourris grâce à leur sac vitellin, sorte de poche contenant une réserve alimentaire. Une fois celle-ci résorbée, les truitelles sortent de leurs graviers et commencent à chercher leur nourriture: plancton, larves, insectes, etc. Peu à peu, elles s’aventurent à la découverte de nouveaux territoires, qu’elles défendent farouchement! C’est que la lutte est grande pour la survie: la mortalité est très importante dans les premiers mois. 

Un alevin de truite avec sa poche vitelline (en dessous). (Photo Christian Lambercy)

Pour leur bon développement, il est nécessaire que les jeunes poissons puissent trouver des zones plus profondes dans l’Orbe. Parmi eux, certains prendront courageusement le chemin du lac, dans une année ou deux,  comme leur génitrice, tandis que leurs frères et sœurs resteront ad aeternam dans la rivière. Ce phénomène n’est pas encore bien expliqué; on suppose qu’il résulte d’une interaction entre les caractéristiques génétiques reçues de chaque parent, d’une part, et d’autre part par les conditions environnementales.

Bientôt un toboggan ?

Les jours s’allongent, le parfum de l’ail des ours embaume les rives de l’Orbe. Νotre maman truite le sent-elle? Elle a repris des forces, éprouve le besoin de nourriture plus abondante, et comme une soudaine envie de grands espaces: la voilà prête au départ !

Première étape, et pas des moindres: franchir le barrage du Chalet pour rejoindre le Puisoir ! Actuellement, aucun dispositif pour faciliter la dévalaison des poissons n’existe. Des études sont en cours, dans le cadre de l’assainissement de la force hydro-électrique (AFH), pour créer un système leur permettant de descendre le barrage par une sorte de toboggan ainsi qu’une nouvelle échelle à poissons, mieux adaptée, pour leur remontée; les mesures d’assainissement sont financées par un fond alimenté par le dixième de centime que nous payons pour chaque kWh d’électricité consommé. Mais pour l’heure, notre salmonidé doit tout d’abord parvenir à dénicher la peu pratique échelle à poissons, dont l’entrée très étroite est cachée à l’extrême gauche du barrage.

Améliorations souhaitables

Notre valeureuse truite parvient tant bien que mal à dévaler les innombrables marches et à rejoindre, épuisée, le bien nommé Puisoir, pour y puiser quelques forces. Elle contemple les grands arbres encore nus et s’effraie des voix des promeneurs. Elle doit se méfier des cormorans… et des pêcheurs qui, depuis le premier mars, animent leurs appâts si tentants! Elle observe, amusée, la danse des ombres gracieux, avec leur belle nageoire dorsale aux reflets couleur corail: ils fraient joyeusement aux abords de l’ancienne piscine. Ces beaux poissons, très menacés, bénéficient d’une protection totale de pêche depuis l’an dernier.

Puis notre héroïne repart, à l’assaut du barrage des Moulins. Ici un toboggan a été installé pour rejoindre le pied de l’ouvrage. Malheureusement, son utilisation n’est pas optimale, comme l’ont démontré les études réalisées dans le cadre des AFH: des solutions devraient être trouvées pour faciliter la migration à cet endroit aussi. Par bonheur, notre brave salmonidé a de l’expérience en glissade et s’en sort haut la nageoire !

Des hauts et des bas

Les usines électriques provoquent de subites et considérables variations de débit, liées à la consommation de courant électrique. Ces variations rythment la vie dans la rivière; lorsque le niveau de l’eau baisse, les poissons ainsi que toute la faune aquatique doivent rapidement trouver des endroits plus profonds pour survivre; puis, quand le débit augmente, tous les habitants de l’Orbe se déplacent, et notre truite en profite pour continuer sa descente. 

Des études, également réalisées dans le cadre des AFH depuis des années,  devraient permettre d’apporter des solutions à ces trop puissantes éclusées.

Belle saison lacustre

Entre le barrage et l’usine Nestlé, notre cannibale avale quelques alevins croisés près des berges. Elle passe ensuite, sans demander son reste, devant les établissements pénitenciers; heureusement, un jour, la rivière sera renaturalisée aussi à cet endroit… Dans l’Orbe devenue Thièle, notre héroïne profite en revanche d’une halte près de l’aérodrome, là où la rivière a retrouvé un lit naturel. Ragaillardie, elle repart en direction d’Yverdon et de son agitation citadine.

Quelques semaines après son départ de Montcherand, ayant surmonté tous les obstacles au péril de sa vie, notre mère truite peut enfin sentir les eaux lacustres: la voilà arrivée dans les flots bleus et merveilleux du lac de Neuchâtel, où elle passera un bel été. 

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