Le 24 décembre dernier, Émile Sécheret donnait son ultime concert en tant qu’organiste co-titulaire de la paroisse de Vaulion-Romainmôtier. Interview.
Heureux de finir en beauté, Émile Sécheret a accompli son dernier service comme organiste co-titulaire à l’abbatiale de Romainmôtier lors de la très belle cérémonie de la veillée de Noël, le 24 décembre. Tout en nous emmenant faire un tour du grand orgue de l’abbatiale, le jeune musicien de vingt-six ans nous a raconté son parcours et son métier d’organiste, qu’il exerce désormais au temple de Morges exclusivement.
L’Omnibus : Quel a été votre parcours musical ?
Émile Sécheret: J’ai commencé à jouer du violoncelle et du piano vers l’âge de sept ans, et je me suis spécialisé dans le violoncelle jusqu’à mes dix-neuf ans, avant d’opérer un grand virage professionnel et de changer d’instrument principal. J’ai donc quitté mes études supérieures de violoncelle en France pour entamer celles d’orgue en Suisse, en réalisant un bachelor puis un master à la Haute école de musique de Lausanne. Grâce au piano, j’avais des bases sérieuses pour commencer, mais la route était longue et j’ai beaucoup travaillé pour en arriver où je suis maintenant. Mon violoncelle? Il est chez moi, il me regarde amoureusement, et je n’hésite pas à en rejouer de temps en temps, même si j’ai peu de temps à lui consacrer.
En quoi a consisté votre métier d’organiste à Romainmôtier ?
À accompagner les services liturgiques, soit le culte du dimanche, les services funèbres et les mariages dans l’abbatiale, ainsi qu’à veiller au bon entretien du grand orgue. Avec ma collègue, nous accompagnons aussi les services dans les autres lieux de culte de la paroisse, qui regroupe plusieurs villages. Enfin, je travaille parallèlement comme organiste pour la paroisse de Corsier-sur-Vevey, sur la Riviera – très belle petite église, non loin du lac, qui a un très bel orgue avec lequel j’enseigne, en outre.
Sur quels instruments vous exercez-vous ?
Sur les orgues des paroisses qui m’emploient, et parmi eux j’ai donc eu la chance énorme de pouvoir travailler sur le grand orgue de l’abbatiale de Romainmôtier, qui est splendide. Il a été construit en 1972 par la manufacture d’orgue de Saint-Martin, au–dessus de Neuchâtel, à une époque où l’on se mettait à nouveau à construire des orgues inspirés par la facture d’orgue ancienne, avec une traction totalement mécanique, et non électrique, entre la touche et le tuyau.
Il se trouve qu’il y a deux autres orgues sur lesquels j’ai pu m’exercer, au village : un très joli dans la chapelle Saint-Michel, à l’entrée de l’abbatiale, au-dessus du Narthex, et l’autre dans la Grange de la Dîme. Ce dernier est un instrument extrêmement intéressant et assez fameux puisqu’il a été construit par Albert Alain, organiste et facteur d’orgue, père de Jehan Alain, organiste français du 20e siècle très renommé. Donc je ne suis pas à plaindre.
Quels orgues vous ont marqué ?
J’ai eu la chance d’aller à Lübeck, tout au nord de l’Allemagne. Il y a là un orgue historique du 17e siècle dont le titulaire était Dietrich Buxtehude, un des maîtres de Jean-Sébastien Bach. Cet orgue a survécu aux divers bombardements, il est extraordinaire. Je pense que c’est une des plus belles expériences que j’ai vécue. Il y a également à Payerne deux orgues remarquables du facteur Jürgen Ahrend, dans l’abbatiale et dans l’église paroissiale en face, sur lesquels j’ai eu la chance de jouer.
Comment fonctionne un orgue ?
Son fonctionnement est comparable dans l’idée à celui d’une flûte de pan: un assemblage de plusieurs tuyaux qui donne l’illusion qu’il n’y en a qu’un seul, variant en hauteur de son. Ce qui est extraordinaire avec l’orgue, c’est que l’on peut combiner les sonorités, grâce à des mix entre plusieurs tirants de registre, et réaliser des nuances extrêmes, allant de la sonorité la plus douce à d’autres plus claironnantes et extrêmement puissantes. La quantité des tuyaux, toutefois, ne fait pas forcément la qualité de l‘orgue, et il existe des orgues splendides avec très peu de registres, donc de tuyaux. Fondamentalement, sa qualité repose sur l’harmonisation du tuyau – un art extrêmement raffiné qui consiste à sculpter chaque partie du tuyau de façon à ce que le timbre soit le plus noble et le plus beau possible.
C’est comment, de jouer dans l’abbatiale ?
C’est une sensation d’émerveillement toujours renouvelé, on ne s’en lasse jamais. La liturgie qui s’y déroule le dimanche est une très belle liturgie réformée, cela a été un plaisir pour moi de l’accompagner, spécifiquement dans ces lieux propices à la spiritualité. Y jouer de la musique nous relie aux gens d’aujourd’hui, qui chantent avec nous, mais aussi à des générations de prière et de vie spirituelle ici-même, ainsi qu’à ceux qui ont construit cette église, il y a mille ans. C’est un lien extraordinaire avec le passé.
Quels sont vos plans pour la suite ?
J’espère me plaire à Morges, ce devrait être facile parce que l’orgue est exceptionnel, la ville très belle. Musicalement, j’aimerais continuer à me perfectionner à l’orgue mais également au piano et au clavecin, peut-être entamer des études dans un de ces instruments. La composition, également. Et de pouvoir vivre de cette musique qui m’entoure.
Espérer jouer sans fautes… C’est un idéal que l’on cherche à atteindre, mais que l’on n’atteint jamais. Dans un concert, il faut accepter que ce ne sera jamais parfait – mais ce qui va toucher le public, c’est bien autre chose. C’est le cœur et l’âme que l’on met dans la musique que l’on joue, et l’intention. On peut parler d’un sans-faute technique, mais on pourrait aussi parler d’un sans-faute émotionnel. C’est très important d’avoir ça à l’esprit, je pense.
Pour découvrir l’interview d’Émile et le grand orgue de Romainmôtier en images, rendez-vous sur le compte Instagram de L’Omnibus, ou sur celui de
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