La projection du film Les Cycloptimistes, vendredi dernier au Casino de Vallorbe, signait le début d’une année de célébration d’un anniversaire important: les 100 ans du Club alpin de Vallorbe. Aventures, anecdotes et rencontre avec les sportifs ont marqué l’événement.
Randonnée en moyenne montagne et alpinisme, bien sûr, mais aussi ski de fond, vélo tout terrain (VTT) et sorties familiales: le menu proposé par le Club alpin de Vallorbe est riche. Créée en 1926, cette sous-section du Club alpin des Diablerets fête cette année son centenaire. Pour marquer le coup, divers événements seront organisés tout au long de l’année, souligne son président Frédéric Nicod. Et certains de ces événements seront tout public, à l’image de la projection du film Les Cycloptimistes, réalisé par Hugo Béguin et Fulvio Mariani, proposée vendredi dernier au Casino de Vallorbe.
Quatre copains et un film
Des quatre jeunes sportifs présents dans le film – Vincent Morisetti, Niklas Konrad, Hugo Béguin et Valérian Terraneo – trois étaient présents au Casino ce 30 novembre.
Leur périple débute le 1er juin 2024 au départ de Charmey. Objectif: le Caucase russe, soit 4500 km à vélo, matériel (dont deux parapentes) sur le dos. L’idée: grimper l’Elbrouz, plus haut sommet d’Europe avec ses 5642 m (ndlr le Mont Blanc étant, lui, le plus haut sommet des Alpes) et le redescendre en parapente. «On a eu beaucoup de chance, car c’est un sommet où il y a beaucoup de vent. On a tout fait en moins d’un mois, on a mis 24 jours pour arriver, soit quelque 220 km par jour, plus l’ascension. Tout a bien fonctionné», explique calmement Hugo.
Le film est une oeuvre collective: Valérian a fait la voix off, Hugo des images pour le film. «C’est un film qui ne parle pas du tout de la performance, mais de l’amitié et de l’aventure entre la Suisse et l’Elbrouz. Notre message: on peut sortir de la maison, prendre son vélo et vivre une belle aventure».
Mais qui sont-ils ?
L’idée de tirer un film de l’aventure était née avant le départ: «Ça demande du matériel, ça crée des contraintes: on avait des appareils photos, des caméras, beaucoup de batteries», dit Vincent.
Un producteur tessinois, Fulvio Mariani, en a ensuite fait le montage et la post-production pour SottoSopra, une émission de RSI.
C’est que le ciné, ce n’est pas forcément leur métier. Ainsi, Valérian est infirmier. C’est le philosophe, montagnard, mais aussi artiste et écrivain, qui fait découvrir ce qu’il y a autour, le «papa» du groupe. Vincent est géomètre, c’est le super copain, sportif, bon dans tous les sports.
Niklas, en fin d’études en sciences du sport et du mouvement, est le plus sportif, très positif et toujours satisfait. Le plus efficace, aussi: il a coupé toutes les étiquettes de ses vêtements pour économiser quelques grammes…
Enfin, Hugo est guide de montagne et caméraman. Hugo, c’est la logistique, le GPS man. Et aussi celui qui sait où manger. «Il a été cuisinier, donc de ce côté, on n’était jamais perdus. On a vraiment beaucoup mangé, c’était très bon mais on n’a pas pris de poids», rigole Niklas.
Le vélo pour la rencontre
Pour ces jeunes gens, se déplacer en vélo plutôt qu’en voiture ou moto est normal, car ils sont sensibilisés à l’écologie. C’est aussi une façon de rencontrer les gens, les cultures: circuler en vélo facilite l’échange. «Les gens veulent savoir d’où on vient, où on va, on se faisait offrir un plat ou un dessert, parfois le gîte», raconte Niklas. «On arrivait tard et on partait tôt car on avait un temps limité. Les arrêts étaient prévus en termes de kilomètres, pas dans des lieux précis. On s’arrêtait parfois à minuit ou une heure du matin et il n’y avait plus personne dans la ville, donc on trouvait un point d’eau, on mangeait, on se lavait et on bivouaquait à la belle étoile», raconte Hugo.
«On ne passe jamais pour quelqu’un de méchant à vélo, donc on a eu de super contacts. Et si on roule toute une journée, un repas partagé a une toute autre valeur», confie encore Niklas.
Oser partir
L’Elbrouz? C’était un prétexte pour partir, selon Vincent. «Il ne faut pas avoir peur de partir. Tout le monde a été très avenant, on n’a eu aucun souci aux frontières. On a découvert une autre image que celle véhiculée par les médias. Et tout s’est très bien passé, malgré les conflits en Géorgie et en Russie. C’est oser partir qui est le plus dur, car certains nous créaient des peurs avant; en route, on se fait une idée par soi-même. On est partis sans savoir ce qui nous attendait le jour d’après, et chaque jour était une surprise, une découverte. Même chose pour le sommet: on a eu une mer de nuages et tout s’est ouvert ensuite, on a pu descendre en parapente. Sauf Niklas qui est descendu à pied, car il n’avait pas de brevet à l’époque; il a fait le volcan d’à côté à la place».
Ils ne se connaissaient pas tous au début: «On ne «performe» pas pareil, on a des manières de fonctionner différentes: Niklas dort beaucoup et ne fait pas de pause, moi je dors peu et fais des pauses; je suis plus performant le soir que le matin. C’est dur de s’accorder, de trouver des compromis pour que l’équipe fonctionne et résiste à la force d’inertie. Le groupe, c’est une force et une difficulté à gérer», dit humblement Hugo.
Discipline
Selon Niklas, les premiers coups de fatigue sont dus à un problème de nutrition, il faut beaucoup boire et bien se nourrir. Hugo poursuit: «On avait des crampons, des habits chauds, des chaussures adaptées, bien qu’on ait réduit au maximum pour être léger. Il faut réfléchir sur ce qu’on emporte, on a eu beaucoup de doutes. Finalement on a pris les bonnes décisions». Leur temps, très calculé, ne leur permettait jamais de s’arrêter longtemps,. Pour avancer chaque jour de 220 km, il faut se lever tôt, se coucher tard, limiter les pauses à 15 minutes. Leur devise? Il n’y a pas d’échec, seulement des essais. Pour le retour, ils ont tenté le bus, mais cela s’est avéré trop fatiguant et complexe au niveau logistique. «Alors on a pris l’avion pour être à l’heure au travail».
Le film est disponible sur RTS Play.






