Histoire : Quand les nouvelles infrastructures éclairent le passé

D’Orbe à Chavornay, le passé pré-romain d’un territoire-clé : tel était le thème de la double conférence proposée le 28 mars dernier au caveau du musée. L’occasion de passer en revue les découvertes faites sur la ligne du futur RER. 

Samedi 28 mars, au caveau du musée d’Orbe, il n’y avait plus une chaise disponible pour qui souhaitait s’informer des récentes découvertes archéologiques sur la ligne du futur RER entre Orbe et Chavornay, lors de la conférence proposée par l’association des Amis de Pro Urba. Aline Andrey et Benoît Lannaz, tous deux archéologues responsables d’opération chez Archeodunum Investigations Archéologiques, y ont présenté les plus récentes découvertes faites respectivement à Orbe-Gruvatiez, pour la première conférencière, et dans la future boucle ferroviaire de Chavornay, pour le second.

Une des surfaces fouillées à Chavornay.

Les fouilles ont permis la mise à jour d’objets et de restes d’édifices s’étendant du Néolithique (ici dès 4500 avant J.-C.) à l’époque romaine.

Des pièces de puzzle

Le travail d’archéologue, a illustré un des orateurs, «consiste à assembler des pièces de puzzle» avec une compréhension croissante de l’image.

On retrouve – sans surprise – sur les deux pôles examinés des traces de vie qui paradoxalement touchent passablement aux rites funéraires (sépultures), à l’alimentation (avec des restes de fosses de chasse et de grenier pour stocker la nourriture), des outils (par exemple une meule), des foyers domestiques, des fragments de récipients, d’autres élément de vaisselle et des objets décoratifs tels qu’épingles et ceinture damasquinée.

Des résultats enthousiasmants

Cette conférence faisait suite à deux présentations précédemment consacrées au site de Gruvatiez, en 2019 et 2022. Six hectares ont été fouillés dans ce secteur géographiquement stratégique – proche des lacs et des cols du Jura – fréquenté depuis le Néolithique; 600 vestiges  y auront été mis à jour – on citera entre autres une sépulture collective à crémation, un enclos circulaire possiblement avec une fonction funéraire, des fosses-silos pour la conservation des semences, des fosses profondes…

Sépulture du Néolithique (fin du 3e millénaire av. J.-C.)

Aline Andrey a relevé qu’il n’avait pas été identifié d’habitat et d’espace funéraire au même endroit, et noté «une continuité funéraire» avec des tombes pour chaque grande période. L’oratrice a conclu que le développement démographique et économique d’Orbe avait intégré des fouilles archéologiques dont «les résultats dépassent nos espérances».

Situation stratégique

Un peu plus loin sur la plaine, la future boucle ferroviaire de Chavornay a rendu possible la fouille d’un hectare et demi, sur deux espaces distincts. Benoît Lannaz a d’abord résumé la géographie et la géologie de l’endroit, parlant «d’un coteau molassique avec éperon» qui se présente comme une « zone très resserrée avec un point de passage». Observation confirmée par une première occupation humaine à l’époque du bronze ancien (vers 2000 avant J.-C.). Les travaux d’investigation furent compliqués, au vu des surfaces marécageuses de l’endroit. Un puits de faible profondeur a été mis à jour, avec de la vaisselle à l’intérieur ainsi qu’une épingle.

Dans l’état actuel des connaissances, et sans en tirer de vérité scientifique, les fouilles de Chavornay ont ainsi révélé plutôt des traces d’habitat, tandis qu’Orbe a dévoilé de nombreux témoignages funéraires. Dans sa conclusion, l’archéologue a noté «une succession d’occupation du Néolithique jusqu’au Haut-Empire» et relevé pour le lieu «une situation topographique stratégique» à travers la plaine de l’Orbe.

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