Elle demeure, mais la conférence de Michel Fuchs, professeur émérite à l’Université de Lausanne, apporte des pistes de réflexion. Samedi dernier, l’archéologue a partagé le fruit de ses recherches avec un public particulièrement intéressé.
De nombreux Sherlock Holmes ont braqué leur loupe sur les remarquables fresques, cherchant des indices sur leur origine. En son temps, Me Pierre Ramelet a consacré de nombreuses heures à tenter de trouver des réponses à ses interrogations.
A l’occasion des 25 ans de l’Association pour l’église de Montcherand, le comité avait mandaté l’historienne Karina Queijo afin de se pencher sur l’histoire des peintures murales, qui remontent vraisemblablement à la fin du XIe ou au début du XIIe siècle. Mais qui était l’auteur de cette mise en scène picturale? «Vu la qualité de l’exécution, il s’agissait d’un peintre expérimenté», avance l’orateur.
Qui en était le commanditaire? Un seigneur local, sans doute. En considérant l’ornamento sous la mandorle, le professeur propose l’hypothèse suivante: «Des glands ponctuent l’espace du rinceau – une frise végétale –, c’est en quelque sorte une marque de famille. Un Bourcard de Goumoens possédait des zones forestières en 1097. Était-il le mécène? Il y a un «Bois de chênes» à Montcherand.»
Les peintures ont été badigeonnées de blanc à l’époque de la Réforme, au XVIe siècle, et n’ont été retrouvées qu’en 1902. Au centre du cortège des apôtres, il y avait une fenêtre romane. Là est le clou du mystère: quelle partie du décor cette fenêtre a-t-elle fait disparaître? Marie? Comme à Baouit en Égypte ou à Rovio, au Tessin? Ou alors un second Christ? Ou alors Marie-Madeleine? Certaines personnes ont émis cette hypothèse.
En 1902, Albert Naef est archéologue cantonal; il confie la restauration de l’église à Otto Schmid et celle des fresques à son frère August. La fenêtre rebouchée livre un espace vide au milieu des apôtres. Après moult discussions, il est décidé d’y peindre une Vierge, ce qui ne plaît guère au pasteur d’Orbe. «Une représentation mariale dans un temple protestant?» Le Conseil de paroisse ne voit aucune incompatibilité avec le culte réformé.
La deuxième restauration des fresques, en 1970, ne plaît pas aux paroissiens. C’est en 1989 qu’une troisième est confiée à Thérèse Mauris. Elle avait travaillé avec Hermanès en 1970-1971. Elle collabore avec le lithographe Jacques Perrenoud, de Baulmes. Les personnages des apôtres sont recréés au trait. Quant aux vêtements, la restauratrice a opté pour les ocres, les bleus et les rouges foncés. Le Christ en gloire dans la mandorle ne sera pas peint. Mais qui mettre dans l’espace vide qui abritait la silhouette de Marie? Ce sera le Christ terrestre.

Pour Michel Fuchs, le fait de présenter deux Christs dans une même fresque ne pose pas de problème. Il a trouvé dans d’autres églises de pareilles représentations. L’archéologue s’est appuyé sur des photos d’églises présentant des analogies avec les fresques de Montcherand pour étayer ses propos.
Quid de l’énigme des peintures murales de Saint-Etienne? Elles continueront sans doute de titiller la curiosité et l’intérêt d’autres chercheurs. Le professeur a apporté sa pierre à l’édifice grâce à ses compétences et à ses connaissances.
En attendant une hypothétique résolution du mystère des fresques, la restauration de Thérèse Mauris suscite l’admiration.






