Magnifique ! l’abbatiale est comble en ce 12 juillet. De quoi réjouir les organisateurs des Concerts de Romainmôtier. C’est sur l’initiative de Barbara Bonvin – artiste du lieu – que Les Itinérantes ont fait halte dans le vénérable édifice.
Y a-t-il plus belle célébration de la Terra Mater que celle portée par le trio a cappella créé en 2017 à Paris? A dessein, il n’y a pas de détails sur le programme afin que l’auditeur s’immerge dans la musique, yeux fermés parfois mais cœur grand ouvert.
Les voix viennent du fond de l’église, pures, intemporelles. Les murs de l’église se font cocon, comme la matrice originelle. Dans la travée droite, une jeune femme s’avance avec lenteur et chante. Elle est revêtue d’une robe bleue, référence à Marie? Elle porte une lanterne. Ses deux compagnes la rejoignent dans le chœur.
Dans son rapport à la terre, à la naissance, à la transmission, le féminin occupe une place centrale dans les traditions sacrées. C’est à travers des chants traditionnels et des compositions originales que les chanteuses prêtent leur voix à ces figures de la Mère.
Il y a comme une sorte d’envoûtement qui met les deux cents auditeurs dans un état de bien-être. Cela réveille en chacun quelque chose d’infiniment profond, une joie et une paix souvent enfouies et que la magie des voix sublimes met en lumière.
Il souffle comme un vent de renouveau
C’est une longue incantation venue du fonds des âges avec juste quelques respirations. Parfois, il y a des cris presque rauques et qui s’apaisent et puis une plainte. Une prière adressée au ciel? Avec le tambour qui martèle le rythme l’on dirait un chant chamanique.
Sur quelques visages, on peut lire de l’émerveillement, sur d’autres du recueillement mais toujours une intense émotion. On assiste à un rituel qui induit des émotions intenses. Il faut dire que les voix, si subtilement modulées, ont ce pouvoir magique de plonger le public dans le ravissement.
Devant moi, une fillette à la robe de tulle rose. Elle se blottit dans les bras de sa maman, cheveux mêlés. La voilà qui s’endort. C’est l’image parfaite de ce féminin sacré que chantent Les Itinérantes. Séraphine, ce petit ange de six ans, a fait un long voyage depuis l’Ain jusqu’à Romainmôtier. «Elle voulait absolument les entendre!» confie sa maman. Ils sont nombreux à avoir fait un grand bout de chemin.
«Nous sommes heureuses d’avoir pu chanter dans cette abbatiale. D’ailleurs, elle chante toute seule!» souligne Pauline dans un sourire.Sitôt envolées les dernières notes, le silence règne. Puis toute l’assemblée est debout et manifeste son enthousiasme par d’immenses applaudissements.






