Chronique – l’oeil du psy : L’appel de la sieste

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Chronique – l’oeil du psy : L’appel de la sieste

Petit éloge du juste-là – Petit tour d’horizon des étés qu’on se prépare — et de ce qu’ils disent, sans le dire.

Depuis mai, j’entends, sous différentes formes, les programmes d’été se raconter en consultation. Personne ne prévoit vraiment de ne rien faire. Même les vacances dites «tranquilles» finissent souvent par se remplir.

Je suis frappée, depuis longtemps, par l’immense créativité qu’on déploie à remplir nos vies. À croire qu’on a désappris le sens du juste-là. Dans nos vies saturées, il devient difficile à reconnaître – et plus difficile encore à légitimer. «Alors qu’il y a tant à faire.»

Ce que je remarque, c’est aussi ce que ces programmes viennent parfois protéger: la peur de ce qui pourrait surgir lorsque tout s’arrête. La peur du vide. D’être seul avec soi-même – et parfois de se retrouver face à sa vie telle qu’elle est.

L’été est le stage intensif de rattrapage de nos vies – où l’on déverse tout ce qu’on n’a pas eu le temps de vivre le reste de l’année. Avec en prime, la fatigue accumulée, la canicule qui plombe, et l’espérance résignée qu’on va tout rattraper en huit semaines.

Et pourtant. N’avez-vous jamais été saisi par l’appel irrémédiable d’une sieste qui, elle, ne demande rien de plus? Comme si, à cet instant précis, seul ce moment comblerait vraiment votre existence ?

Ce que la sieste nous rappelle, c’est ce qu’on fuit en la refusant. Pourtant, le flottement a une fonction essentielle : il laisse à nos expériences le temps de se déposer, de s’organiser et de prendre sens.

Souvenez-vous – ces petits riens de votre enfance sont devenus vos madeleines de Proust d’aujourd’hui. Ce sont souvent eux qui adoucissent nos vies. Nos vraies ressources. Pour les enfants, c’est pareil: le même coin de jardin, le même goûter, les mêmes cousins. C’est là que se pose la trame intérieure qui les portera plus tard.

L’été révèle ce dont on a vraiment besoin – souvent des choses bien plus simples qu’on imagine. C’est parfois déstabilisant. Et c’est aussi une chance – celle de ralentir pour atterrir dans sa vie. 

Même dans les étés les plus remplis, il reste toujours quelques minutes qu’on peut s’offrir pour desserrer l’emprise du «faire». Une respiration prise pour de vrai. Un instant soustrait à la course.

C’est la qualité de présence qui compte – à soi, aux autres, à celui qu’on croise en silence. Le temps long, quand on peut se l’offrir, lui donne sa profondeur.

Et à vous, qui lisez ces lignes: si vous avez peur du rien, du peu, de l’insuffisant, respirez. Vous êtes exactement là où il faut – restez-y encore un peu.

Un été qui ne se raconte pas, c’est souvent celui qui nous portera tout l’hiver.Et si, aujourd’hui, vous laissiez une sieste déprogrammer le reste ?

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