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Mme Bula, Chef du Service pénitentiaire vaudois.

Bochuz: mille détenus en 2025 !

L’État de Vaud a pris la décision d’investir 100 millions de francs pour agrandir ses prisons et pour faire face aux problèmes d’une délinquance croissante. Il faut admettre que le manque de prisons pose problème. Trop souvent l’on entend que les petits malfrats sont relâchés dans la nature, faute de place. D’autre part, plusieurs bâtiments sont devenus obsolètes avec le temps puisque construits, il y a plus de 100 ans ou presque.

C’est pourquoi le Canton, par l’intermédiaire des Conseillers d’Etat Béatrice Métraux et Pascal Broulis, a convoqué la presse pour faire part de sa décision de remédier aux soucis actuels. Des crédits d’étude (5 fois 400’000 frs) seront soumis au Grand Conseil de manière à envisager des opportunités pour les prochaines années. Quatre d’entre eux concernent les Établissements de la Plaine de l’Orbe, soit:

1. Construction d’un troisième bâtiment à la Colonie (en 2017-18) pour la section ouverte (80 détenus qui travailleront sur le domaine agricole) et transformation de la nouvelle Colonie (qui sera disponible dès cet automne) qui sera reliée à la prison actuelle et qui n’accueillera que des prisonniers qui travailleront dans le secteur déjà clôturé de cette Colonie, en régime fermé.
2. Sécurisation périmétrique et poste avancé de contrôle sur l’ensemble de Bochuz pour 2019, avec notamment un grillage de 2 mètres sur l’ensemble du territoire avec une seule entrée sécurisée qui interdira l’accès du site aux personnes non concernées par l’activité du lieu.
3. Agrandissement du pénitencier pour 17 nouvelles places pour les régimes spéciaux (individus en évaluation précoce des risques) et 25 pour les régimes ordinaires (longue peine). Avec des locaux médicalisés pour accueillir aussi les détenus souffrant de problèmes psychiatriques.
4. Déplacement de la prison du Bois-Mermet de Lausanne dont les prévenus pourraient être placés dans la Plaine de l’Orbe à partir de 2025
5. Centre de mesures et de prise en charge des troubles psychiques à la Tuilière (Lonay).

Si bien qu’à terme, les Établissements de la Plaine de l’Orbe pourraient accueillir un millier de prisonniers, devenant ainsi la plus grande infrastructure pénitentiaire de Suisse ! Il s’agit surtout d’ouvrir des places de détention malgré le fait que 250 cellules ont été créées ces derniers mois entre la Colonie, la Croisée et la prison pour jeunes de Palézieux. Lors de cette conférence de presse, le responsable des finances cantonales, Pascal Broulis, a précisé que la somme de cent millions servira aux points 1,2, 3 et 5 auxquels il faut ajouter des frais liés à des travaux immédiats d’aménagement du pénitencier de Bochuz (chauffage à bois, réseaux d’eau, etc.), mais que la construction d’une prison de substitution au Bois-Mermet fera l’objet d’un autre crédit.

Échanges Orbe - État

La commune d’Orbe a été informée du projet. Elle devrait participer aux travaux d’aménagement, du territoire en particulier, comme elle devra se profiler par rapport à l’initiative cantonale. Si on peut comprendre la stratégie vaudoise qui doit faire face à un manque notoire de places d’enfermement, les Autorités locales devront mesurer les effets d’une telle concentration.

Certes actuellement, les EPO ne posent pas de problème majeur à la population régionale. N’empêche que la présence aussi massive de condamnés nécessite une sécurité policière accrue, ce dont les deux Conseillers d’État présents ont conscience. De toute manière, les discussions feront l’objet d’échanges entre la Commune et l’État qui a remercié les Autorités d’Orbe de bien vouloir entrer en matière.

Mmes Béatrice Métraux et Sylvie Bula, et M. Philippe Jaton (porte-parole de la Gendarmerie) répondaient à la presse.

Orbe: la Croisée, prison passoire

Mmes Béatrice Métraux et Sylvie Bula,  et M. Philippe Jaton  (porte-parole de la Gendarmerie)  répondaient à la presse.

Mmes Béatrice Métraux et Sylvie Bula,
et M. Philippe Jaton
(porte-parole
de la Gendarmerie)
répondaient à la presse.

Cinq évadés en juillet, six en octobre, la sécurité de la prison préventive de la Plaine de l’Orbe laisse à désirer. La Conseillère d’Etat Béatrice Métraux et la cheffe du service pénitentiaire Sylvie Bula ont convoqué la presse pour évoquer ces deux événements et le résultat d’une première analyse des défaillances constatées. Il a été dit d’abord que les manières de procéder des évadés ont été différentes. Si en juillet les prisonniers ont pris la poudre d’escampette par les toits, ceux du week-end dernier ont passé par les couloirs et le service socio-culturel pour s’en aller.

A propos de cette dernière fuite, les six individus ont pu ouvrir les portes des trois cellules dans lesquelles ils se trouvaient par paire, grâce aux ustensiles dont ils disposent pour manger (cuillères et couteaux à bout rond). Ensuite ils ont recouvert les caméras intérieures avec des vêtements afin de ne pas être repérés. Précisons que de nuit, le personnel de service a davantage l’œil sur les caméras donnant sur l’extérieur du bâtiment. Arrivés sur le parking qui se trouve dans l’enceinte de La Croisée, en brisant des vitres sans barreaux, ils ont pu sortir en profitant du couvert de la déchetterie qui se trouve adossé au grillage de sécurité !
Portes à revoir

Cette accumulation de faits a mis en lumière les défaillances du système de contrôle. A commencer par les portes qui ne répondent plus aux critères actuels quand bien même cet établissement a été rénové en 2003. Ensuite, les caméras intérieures ne servent qu’à surveiller sans déclencher l’alerte. Ce système infrarouge ne couvrait pas non plus certains angles morts. Autant dire que de nombreuses remises en question sont devenues impératives car les malfrats sont toujours plus habiles et comme ils cohabitent souvent dans la même cellule, ils ont tout le temps d’ébaucher leur évasion en observant leur environnement.

En plus de l’audit qui s’impose, des contacts seront pris avec des cantons alémaniques qui viennent de construire de nouvelles prisons, quant aux mesures à prendre. Il faudra aussi revoir l’étanchéité du mur d’enceinte ce d’autant plus que le Canton va augmenter la capacité de la Croisée avec 80 nouvelles places. Des dispositions qui seront prises par le Conseil d’Etat et le Grand Conseil, et dont on espère que tous auront conscience de la nécessité d’investir pour garantir la sécurité intérieure et celle de la région.

Gardien limogé

Même si les intervenants ne se sont pas véritablement exprimés sur le problème du personnel, du moins sur celui qui était présent au moment de ces évasions, il est patent que les gardiens ne sont pas assez nombreux. Il faut savoir, par exemple, que 250 personnes sont détenues alors que la prison est prévue pour 180 résidents. On sait aussi que cette surcharge de travail stresse les surveillants qui accumulent les burn-out dans une situation interne très tendue, selon nos informations. L’enquête sur la première évasion a démontré aussi le laxisme d’un membre du personnel qui déclenchait régulièrement le système de surveillance extérieure pour éviter qu’il ne soit dérangé par des animaux de passage à proximité de l’enceinte.

Ce surveillant a été limogé, car soupçonné de complicité. Il est donc temps que des mesures soient prises rapidement afin que la prison de La Croisée ne permette plus des évasions aussi nombreuses comme c’était le cas dans les années 80 à Bochuz. On notera que si quatre évadés ont été repris à Suchy grâce à l’intervention rapide d’une dizaine de patrouilles dont deux de la Police du Nord Vaudois, les autres sont toujours en fuite. Seuls deux des cinq évadés de la première fugue ont été repris.

Photo Pierre Mercier