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Jean-Yves Blanc contrôle encore l’entrée dans le carrousel de traite

Corcelles-sur-Chavornay. naissance d’une ferme laitière

Une nécessité économique

Pour permettre à deux personnes de travailler avec un salaire décent dans le monde de la production laitière, Jean-Yves Blanc, qui exploite le domaine hérité de ses parents à Vuarrens et celui de son beau-père à Corcelles, a opté avec son fils Valentin, pour la création d’une ferme destinée à la production de lait de fromagerie. Mise en exploitation il y a peu, elle est située dans les hauts de Corcelles. On y trouve un carrousel de traite et une halle pour le séchage et stockage du fourrage. Elle pourra accueillir jusqu’à 95 bovidés.

Automatisation et informatique au service de l’agriculture

Le bétail composé de vaches des races Montbéliarde et Brown Swiss, une vache d’origine américaine, bénéficie de places individuelles avec un sol amortissant synthétique recouvert de paille broyée. Les fumiers sont évacués par un robot qui les pousse sur toute la longueur de la halle. Dans le respect des règles imposées, les bêtes ont la possibilité d’accéder à une zone de plein air. La traite se fait sur un carrousel qui peut simultanément accueillir 24 bêtes et permet de traire 100 têtes en une heure. Munie d’une puce à l’oreille, chaque vache bénéficie d’un apport alimentaire correspondant précisément à ses besoins. L’alimentation du bétail provient entièrement des cultures de la ferme. Grâce à la récupération de chaleur en toiture le fourrage récolté est séché en grange. Il est possible d’en stocker 2500 m3.

La famille Blanc s’est dotée d’un outil de travail à la pointe du progrès. Il est actuellement en pleine phase de test, mais pour sûr, c’est un pari audacieux qui devrait être couronné de succès.

Quel avenir pour l’agriculture régionale ?

Région: Agriculteur, un entrepreneur à l’avant-garde

Il faut faire toujours plus en moins de temps. L’agriculture doit toujours être en avance sur l’évolution. Comme l’a si bien dit Gregory Devaud, président du Grand Conseil, les agriculteurs ne sont pas en rade. Dans les innovations, la société se targue d’avoir inventé des nouveaux badges pour calculer la présence des collaborateurs ou pour ouvrir des portes. Depuis quelques années, les vaches ont un collier qui leur permet de passer au travers des robots de traite ou de contrôler l’aliment qui leur est distribué. Fitness et sports sont à la mode ainsi que planification de l’alimentation. L’agriculture s’est dotée de plans d’affouragement très performants pour garantir un rendement optimal au niveau laitier ou de la viande. On prépare des drones pour une distribution performante, l’agriculteur l’utilise déjà pour la distribution de trichogrammes ou pour repérer les faons avant de faucher un champ. La paysannerie a toujours fait preuve d’innovation.

Prométerre est l’association qui réunit tous les agriculteurs vaudois pour défendre leurs intérêts. Une assemblée des délégués s’est tenue le 18 mai à Ballaigues. Cette association n’a pu que constater que produire n’est pas rentable en Suisse face à une concurrence européenne débridée. Le producteur de lait est sous-rémunéré et des entreprises de transformation florissantes engrangent des bénéfices en constante augmentation. On exige de l’agriculteur suisse une production de qualité. Lors de l’assemblée, David Zimmermann a été élu en remplacement de Michel Richardet à la commission de gestion. Les forums seront dès l’an prochain remplacés par des assemblées thématiques.

Un grand brouillard

L’association a des difficultés à se faire entendre par les politiques. Prométerre est l’une des rares entités qui est montée au créneau, pour lutter contre la décision du TF sur la fiscalité des immeubles agricoles. Elle tente dès à présent de réduire les répercussions de cette nouvelle situation. L’agriculture a de la chance de compter sur le soutien du Grand Conseil et du Conseil d’Etat et des réflexions sont en cours pour diminuer l’impact de cette jurisprudence. Pour l’impôt fédéral direct et l’AVS, les agriculteurs passeront à la caisse, cependant, les dossiers en attente seront repris individuellement au niveau cantonal. Philippe Leuba a saisi le Conseil d’Etat de la décision prise à Berne; il en est déçu et continuera à se battre pour l’agriculture. Concernant la Politique Agricole 2022+ (PA 22+), le conseiller a déjà participé à des séminaires afin de mieux préparer l’avenir des jeunes et de l’agriculture.

Cependant, il est essentiel, pour l’avenir de l’agriculture, que les paysans se tiennent les coudes et discutent ensemble.

Le revenu agricole a régressé en 2012…

Quel prix pour le lait?

Quel prix pour le lait?

PA 2014-2017, lait, revenu agricole et main-d’oeuvre étaient au programme de l’assemblée des délégués le 23 mai à Echichens.
Le président, Yves Pellaux, dans ses propos, a rappelé que Prométerre se bat sur plusieurs tableaux pour les agriculteurs, mais le seul où il ne peut rien, c’est la météo qui n’a pas été avec les agriculteurs en 2012 et c’est encore pire cette année…

PA 2014-17

Le résultat de la loi n’est pas à la hauteur des attentes de l’association vaudoise de promotion des métiers de la terre, mais il faut accepter ce compromis et aller de l’avant, tout en gardant pour but de maintenir la compétitivité de la production agricole. Les agriculteurs doivent dorénavant chercher les moyens qui leur conviennent afin de toucher malgré tout des paiements directs acceptables pour continuer leur exploitation. Contrairement aux simplifications que souhaitait le Conseil fédéral, on assiste à une recrudescence de contraintes administratives nouvelles.

À quel prix

La valeur de la production agricole a accusé une nouvelle baisse de 1.9% en 2012. La publicité offre des côtelettes de porc à Fr. 12.90 le kg, une salade pommée à Fr. 0.99 ou 6 bouteilles de vin pour Fr. 3.99 la bouteille. La seule qualité de ces produits est leur prix très avantageux. Le seul critère d’achat est-il le prix? Ne devrait-on pas plutôt chercher la qualité, la valeur nutritive, la durabilité ou l’éthique de la production? Heureusement une partie de la clientèle prend le temps de lire les étiquettes ou de faire ses achats dans des ventes directes.

Marché laitier

La crise perdure depuis des années et l’interprofession du lait n’arrive pas à l’endiguer. Une poignée d’acheteurs domine le marché et les quelque 15 000 producteurs sont dans une situation cauchemardesque. La gestion stricte des quantités, pour assurer l’adéquation entre l’offre et la demande est une condition nécessaire à la bonne gestion des ventes. C’est à ces seules conditions que les producteurs bénéficieront d’une réelle plus-value.

Revenu agricole

Selon Jacques-Henri Addor, «En 2012, vivre de l’agriculture tient autant du sacerdoce que de la quadrature du cercle. Une mission âpre, sur le plan économique, dont les exploitants s’accommodent tant bien que mal. Par ses actions, Prométerre se bat pour maintenir les acquis et empêcher l’érosion du revenu.»

L’Office fédéral de la statistique a annoncé que le revenu agricole, en 2012, a régressé de 3.7%. Voici les trois raisons principales:
- Les récoltes ont été de moindre qualité et de moindres volumes.
- La valeur de la production porcine a reculé de 7.3 %
- Le marché laitier a poursuivi sa descente aux enfers. La surproduction (en hausse de 3 %) précipite la chute des prix (- 4.5% en moyenne).

Salaire le plus bas

Le revenu agricole, inchangé depuis deux décennies, est en moyenne de Fr. 3500.- par mois pour un temps de travail proche des 60 heures hebdomadaires. À titre de comparaison, les salaires les plus bas en Suisse sont de Fr. 3560.- dans l’hôtellerie.

Le revenu agricole est par ailleurs de 41 % inférieur au salaire moyen suisse. Les exploitants du sol sont dans une situation de précarité (à quelques exceptions près) et sont dans l’obligation, pour nourrir les leurs, de trouver des sources de revenus complémentaires. Ou alors ils changent de métier, entraînant la disparition des fermes (4 par jour environ), phénomène auquel on assiste depuis trente ans.

En fin d’assemblée, le Dr Giovanni Peduto, vétérinaire cantonal, a signalé qu’un foyer de tuberculose bovine a été découvert en mars sur Fribourg. Le troupeau a été euthanasié et incinéré. Aucun cas humain n’a été détecté à ce jour parmi le personnel des exploitations touchées. Neuf foyers ont été détectés en Suisse, dont deux sur Vaud. Toutes les mesures nécessaires sont prises afin que la Suisse reste un pays indemne de tuberculose. Les produits laitiers soumis à des processus de traitement, soit thermiques (pasteurisation, UHT), soit de maturation (fromage à pâte dure ou mi-dure), peuvent être considérés comme sûrs.

Photo Marianne Kurth

Paisible

Juriens : forum Prométerre

 

Paisible

Paisible

La grande salle de Juriens était bien remplie, malgré la neige, ce 24 février 2011.

Paysannes et paysans s’y sont retrouvés, à l’instigation de Prométerre, afin de discuter des points chauds du moment.

Nouvelle loi

Déjà ébauchée dans un précédent article, cette nouvelle loi apporte bien des soucis au monde paysan. Cependant Prométerre tente d’apporter du soutien, afin que les agricultrices et agriculteurs puissent s’adapter à PA 2011, notamment dans le projet “Paysage”.

NH3

C’est le symbole chimique de l’ammoniac dont le monde paysan doit tenter de réduire les nuisances, de 13 %, selon les accords européens de Göteborg. En 1900, les rejets d’ammoniac de l’agriculture étaient de 42’000 tonnes et en 2010 de 52’000 tonnes pour la Suisse.

Des mesures sont prises actuellement pour couvrir les fosses et pour épandre ces substances avec une quantité infime de perte. Un nouveau système d’épandage avec «pendillards» existe, mais coûte cher, doit être fixé sur une citerne à pression et demande plus de puissance au tracteur. Les subventions arriveront-elles à couvrir les frais engendrés ?

Ce cher lait

La quantité de lait, livrée en 2010, a malheureusement encore augmenté et le stock de beurre excédentaire arrive, à fin 2010, à 10’000 tonnes. La motion Aeby a passé au Conseil national, mais pas encore au Conseil des Etats. Le gruyère se vend toujours bien à l’étranger et le projet de la fabrication de la tomme vaudoise va être relancé. Il faut que les paysans se tiennent les coudes et évitent de vendre leur production de lait à n’importe quel prix.

Valorisation des produits

Prométerre encourage la production artisanale de bons produits. Cette association a mis sur pied, avec Pro Terroir, des «paniers du terroir» ainsi qu’un service traiteur et prépare un magasin à Ouchy pour cette année. Les questions dans la salle ont mis en évidence le problème de reconnaissance du travail de transformation qui devrait pouvoir se compter également en UMOS (Unités de Main d’Oeuvre Standard) et celui du Cassis de Dijon qui, si les producteurs ne font pas attention va faire baisser la qualité des produits.

Il reste encore beaucoup de problèmes à discuter et à résoudre, mais on a pu voir jeudi passé que ce genre de réunion pouvait faire avancer les choses.

 

Photo Marianne Kurth

Journée du lait : la vache va s’inviter à l’école

Dans la cave de la fromagerie de Ballaigues

Dans la cave de la fromagerie de Ballaigues

Le 5 novembre prochain, près de 330 000 enfants de 2800 écoles se verront offrir un gobelet de lait lors de la «Journée du lait» à la pause. Cet événement d’ampleur nationale, dont ce sera la 9e édition, est organisé par la Fondation du Lait à la Pause en collaboration avec l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales.

L’occasion de se pencher sans préjugé sur les difficultés actuelles  de la branche et de tenter d’en expliquer les raisons et leurs répercussions régionales.

Quelques données de base

A relever que le prix indicatif du lait en vrac ou de transformation (yogourt, boissons à base de lait, autres produits lactés transformés, séré, crème, beurre, glaces, etc.) – la profession parle ici de ligne blanche - est de l’ordre de 62 centimes actuellement, alors que le prix du lait de fabrication nécessaire à la production de fromage – la ligne jaune- est d’environ 20 centimes plus élevé.

Cette différence s’explique surtout par le coût nettement plus élevé de la production du lait destiné au fromage, qui doit répondre à des normes particulières, en particulier au niveau de l’alimentation des vaches, pour lesquelles tout ensilage est alors proscrit.

Une crise internationale

L’onde de choc n’a pas évité la Suisse. Il y a déjà de nombreux mois et même années que certains cercles laitiers locaux ou régionaux et d’autres organisations de producteurs ont tiré la sonnette d’alarme: la politique agricole helvétique de désengagement, alliée à la très forte concentration des pouvoirs de transformation et de vente au détail (70% du marché rien que pour COOP et Migros) dans les mains d’un petit nombre de géants, allait provoquer des remous.

Et ce sont bien plus que des remous qui expliquent la position des agriculteurs producteurs aujourd’hui: pour certains, ce n’est ni plus ni moins qu’une question de survie. Pour d’autres, une question de diminution notable de revenu au prix supplémentaire d’une adaptation nécessaire à une nouvelle donne.

La situation dans la région

Pour l’essentiel, la région produit du lait destiné à la fabrication de fromage. Or, malgré l’ouverture des marchés,  les fromages AOC suisses se portent plutôt bien, sans triomphalisme.  Interrogé samedi passé pendant qu’il livrait sa première quantité du matin à la société de laiterie locale, Gérard Leresche de Ballaigues a tout d’abord tenu à «rappeler qu’il était solidaire de l’ensemble de la profession».

Mais cette dernière doit, selon lui,  «s’autoréguler et adapter impérativement ses quantités produites. Il n’y  a pas d’océan de lait en Suisse actuellement, mais sans doute une surproduction qui a des origines historiques. La revendication du litre de lait à un franc semble très élevée, car il faut aussi tenir compte du prix que le consommateur est prêt à payer.

Et contrairement à d’autres produits, le lait en Suisse est nettement moins cher pour le consommateur qu’en France ou en Italie par exemple, et même qu’en Allemagne ou en Autriche pour rester dans les pays limitrophes. Si les producteurs de Ballaigues ne souffrent pas trop,  et c’est valable pour la région, c’est qu’ils se sont organisés en Société de laiterie et ont donc investi des sommes importantes pour être parties prenantes à la transformation en fromage.

Une façon comme une autre d’éviter un passage obligé par un transformateur géant monopolistique». Un avis partagé par Jean-Pierre Chuard, le fromager de Ballaigues qui achète les 1,6 million de litres de lait par année produits localement par cinq agriculteurs sociétaires, pour transformer cette matière première en Gruyère AOC ou en Vacherin Mont d’Or en saison.

Et il semble bien que dans l’ancien district d’Orbe, les situations soient pour l’essentiel comparables, sauf pour quelques producteurs isolés obligés de passer par le canal de la grande transformation.

Photo Olivier Gfeller