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Camille Krafft au coeur de Romainmôtier

Romainmôtier: Médias, distinction prestigieuse

Chaque année depuis 1987, le Prix Jean-Dumur récompense un(e) journaliste pour la qualité de son travail, pour son talent et son courage. Il a été attribué la semaine passée à Camille Krafft, journaliste au Matin Dimanche. La lauréate de 41 ans demeure à Romainmôtier avec son compagnon et leurs deux enfants. Elle a débuté dans le métier par un stage à 24 Heures, précédé d’une période de piges pour le compte du même quotidien, au sein de la rubrique lausannoise. Elle avait préalablement étudié le russe, l’espagnol et l’histoire à l’Université de Lausanne.

Depuis plus de 10 ans, elle œuvre pour le Matin Dimanche. Camille Krafft a accepté de rencontrer l’Omnibus à qui elle a confié que l’attribution de ce prix avait été une surprise totale. Au point d’avoir même cru que celui qui lui a annoncé la nouvelle s’était trompé de numéro. Elle est honorée et encouragée par cette distinction qui vient de ses pairs.

Un hommage pour un genre journalistique qui lui correspond particulièrement et dans lequel elle excelle: le reportage «long format» dont deux enquêtes parues, l’une sur l’accueil d’une famille de réfugiés irakiens en Pays de Vaud pour lequel elle a commencé par s’investir personnellement, avant de raconter ce parcours sinueux et marqué par le drame humain. La deuxième enquête a porté sur la déconfiture de la start-up vaudoise Swiss Space System – un sujet «mettant en avant nos petits complexes de Suisse et des failles à tous niveaux» selon son auteur. A la question de l’influence de maîtres dans son travail, elle relève celui de son maître de stage Alain Walther, qui couvrait pour 24 Heures la vie quotidienne d’un seul quartier de Lausanne, celui du Maupas comme hyper-localier.

En forme de conseils à ses jeunes collègues, Camille Krafft croit avant tout à la présence sur le terrain, toujours avec le recul nécessaire à un traitement indépendant des sujets. Mais avec l’empathie nécessaire à saisir l’humain et le temps indispensable pour le comprendre. Elle compte dans sa besace nombre d’autres projets de reportages «long format», un format qu’elle apprécie par exemple dans la Revue «XXI» et qu’elle a utilisé en sa qualité de cofondatrice de la revue «Ithaque». Elle pense, lucide, que l’avenir de la presse en Suisse passe en priorité par celui du métier de journaliste plutôt que par celui du support sur lequel le message est délivré.

Cameraman en Afghanistan

Journalisme

Cameraman en Afghanistan

Cameraman en Afghanistan

La chasse au scoop est devenue la source essentielle des grands quotidiens. Même si les journaux vont mieux financièrement, ce vœu de détenir l’information qui fera vendre est toujours bien présente.

C’était du moins le créneau du journal londonien «News of the World» dont le rédacteur en chef n’avait rien trouvé de mieux que de mettre sous écoute certains personnages de l’empire britannique pour dénicher des scoops. Mal lui en a pris car le scandale a été découvert et le journal a dû mettre la clef sous le paillasson dimanche dernier quand bien même il existait depuis 168 ans.

Dans un tout autre domaine, certains médias créent des événements qui n’en sont pas. Prenez l’exemple de l’affaire DSK à New York. Il y a dix jours les chaînes françaises de télévision ont ouvert leurs journaux sur la réunion entre le procureur américain et les avocats de l’ancien directeur du FMI. Il ne s’est rien dit d’important durant cette séance comme l’ont confirmé les gens du barreau à l’issue de la réunion, mais on a tout de même consacré cinq bonnes minutes à ce non-événement qui aurait pu être résumé en trente secondes.

Ces différentes façons d’aborder l’actualité démontrent que l’on n’a plus la possibilité de consacrer du temps à l’enquête qui nécessite investissement et patience. Certes, il y a encore dans notre pays quelques quotidiens qui font le travail sérieusement. Mais ils sont rares et leur tâche n’est pas facile. Il suffit d’observer Anne Sinclair, ancienne présentatrice de France 2, qui n’a pas encore dit un mot dans l’affaire qui concerne son mari alors que du temps où elle était à l’antenne, elle aurait déploré ce mutisme.

Mais lorsque l’on est concerné à titre privé, il est bien normal de ne pas s’épancher sur une affaire qui doit la faire souffrir.

C’est dire finalement que la tâche des médias n’est pas facile mais, de grâce, qu’ils demeurent sérieux dans leur manière d’informer et qu’ils ne fassent pas monter la mayonnaise pour rien !