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Pierre et Janine Römer devant la lithographie offerte en remerciements par la commune d’Orbe.

Orbe: une générosité sans pareille

C’est déjà la troisième fois que l’Omnibus vous parle des Römer, Janine et Pierre, ce charmant couple qui habite à Orbe depuis une dizaine d’années. Nous vous avions conté leur histoire, leur rencontre, leur épicerie et librairie à Montricher et Romainmôtier.

C’est leur parcours depuis leur arrivée à Orbe qui va plus nous intéresser aujourd’hui. Trouvant qu’Orbe était idéal pour couler de vieux jours tranquilles et de manière autonome, ils se sont installés à la rue des Terreaux. Tranquille, façon de parler, car Pierre Römer est resté longtemps très actif, en continuant d’aller régulièrement à Vallorbe pour s’occuper de requérants dans le cadre de l’ARAVOH (Association auprès des Requérants d’Asile à Vallorbe, Oecuménique et Humanitaire). Pendant cette période, il a réussi à réorganiser les dossiers de manière à ce que tous les intervenants s’y retrouvent. Il dit y avoir énormément appris grâce aux contacts. Janine, de son côté, s’occupait surtout du vestiaire, elle veillait à la bonne marche des distributions.

Le «papa» du GAMO

Ensuite, à Orbe, il a naturellement participé aux activités du GAMO (Groupe d’Accueil des Migrants d’Orbe). Il a donné beaucoup de son temps, y allant tous les jours. Comme il y avait déjà des cours de français (très, voire trop formels pour lui), il a développé sa propre méthode, essentiellement basée sur les centres d’intérêts de chacun. Dans un premier temps, il discutait puis cherchait des images et a ainsi constitué un excellent matériel didactique; du vocabulaire, mais aussi des phrases utiles dans leur quotidien et des informations sur la région. En 2012, sa santé ne le lui permettant plus, il a dû abandonner ces activités. Ce fut un coup dur pour tous les requérants, qui s’étaient beaucoup attachés à leur «papa», comme ils le surnommaient. De son côté, il parle de toutes ses expériences comme d’un enrichissement perpétuel. Il a donné tout son matériel en partant. La commune d’Orbe pour le remercier, lui a remis une lithographie de Jacques Perrenoud.

Contacts nécessaires

Ils se sont abonnés aux repas à domicile, et le soir Janine cuisine encore un peu. Ils sont très soucieux l’un de l’autre et on sent une énorme tendresse. Janine aimerait qu’il apprenne à faire le café pour quand elle ne sera plus là ou ne pourra plus. Janine et Pierre Römer essaient de sortir tous les jours, histoire de bouger un peu, mais aussi pour garder le contact; Pierre aborde très facilement n’importe quel passant ou surtout passante avec humour et gentillesse. Les Urbigènes qui passent à la Grand-Rue l’ont sûrement déjà rencontré et fait sa connaissance… Ils sont toujours contents de leur sort et reconnaissants pour tout ce que la vie leur a apporté. C’est peut-être ça le secret de la longévité.

Une femme de coeur: Leila Gilabert

Elle est la prêtresse du réveillon du 31 décembre. Depuis 19 ans, elle organise la fête de la Saint-Sylvestre pour les personnes seules ou cherchant de la compagnie pour le passage de la fin de l’année. Cette convivialité nous la lui devons puisque Leila Gilabert a su s’entourer d’une équipe de fidèles bénévoles qui se met à disposition pour cuisiner, servir ou animer la soirée.

Le labeur toujours

Née à Venise en 1935, c’est à Trévise qu’on découvre Elide Spigariol en train de donner des coups de main à des paysans. Elle fera un apprentissage de couturière à 14 ans, sans terminer son cursus scolaire. Puis à 17 ans, elle vient à Montcherand et Arnex avec une trentaine de jeunes filles de sa région pour attacher la vigne. Elle restera à Orbe où travaille son père Giuseppe. D’abord à la boulangerie Grobéty où elle fera la connaissance de son premier mari. Puis elle oeuvrera dans différentes entreprises de la localité comme chez Alvazzi pour nettoyer les bureaux dès 5 heures du matin avant de préparer ses enfants Eric et Doris pour l’école. Après son divorce, elle ira en plus servir dans les banquets et les restaurants pour glaner quelques petits sous.

Des jambons de trop

Passionnée de lotos, elle gagnera sept jambons lors de l’automne 1995. Elle ne sait qu’en faire. Avec son amie Margrit Gaillard, elle décide d’organiser un repas du Nouvel An à la cure catholique pour les gens dans le besoin, avec l’accord du curé Arnold. Elle se souvient que l’on avait servi du jambon et du gratin et qu’elles avaient acheté trois litres de Goron et quelques bouteilles d’eau minérale et confectionné du gâteau aux pommes pour le dessert. De 14 convives pour cette première, le chiffre double rapidement et quatre ans plus tard, la salle devient trop petite et le financement n’est plus garanti. Elle cherche des appuis pour l’aider. Pierre-André Pasteur lui propose ses services en cuisine et Pierre Mercier trouve des solutions financières. La belle aventure se poursuit avec le succès que l’on connaît depuis 19 ans. A 78 ans, elle souhaite désormais trouver la personne qui pourrait lui succéder afin que cette belle tradition demeure.
Samia de Créteil
Cette générosité de cœur mérite d’être soulignée car Leila ne roule pas sur l’or. En dehors de sa passion des lotos, elle passe une partie de son été dans un cabanon sur le haut du chemin des Vignes où elle cultive un petit potager et reçoit ses amis et sa famille. Et si l’on sait qu’à une période de sa vie, elle a pris en charge pendant quatre ans une petite Samia de Créteil qui avait passé quelques étés chez elle dans le cadre de l’action Feu et Joie, on mesure à quel point cette femme est solidaire. C’est dire qu’elle mérite sans aucun doute toute notre admiration et nos remerciements.

Photo Serafina Tumminello

Du cœur svp


Il faut bien constater que les nouvelles des médias ne donnent pas souvent à sourire. Avec Fukushima, la Libye, la Syrie, la Côte d’Ivoire ou les boat people tunisiens, rien n’inspire à la rigolade. Si l’on ajoute la prolifération des sectes, des hold-up ainsi que les crimes mafieux voire les suicides familiaux, on se demande où va notre terre.

De quoi s’inquiéter dans ce monde où le pouvoir et l’argent sont devenus les moteurs de beaucoup d’entre nous. A croire que les gens n’ont plus de cœur. Pourvu que l’on soit confortable. Tant pis si le voisin passe par des moments difficiles. L’essentiel, c’est nous, égoïstement. Sommes-nous devenus à ce point indifférents pour ne plus s’inquiéter de ceux qui souffrent ou qui subissent ?

Cette évolution inquiète. Certains politiciens en prennent vaguement conscience en essayant de mettre en place des mesures, qu’à l’approche d’une élection malheureusement. De peur de perdre leur place. Notre société se divise.

Avec le sentiment que l’on n’empoigne pas ou que l’on ignore les vrais problèmes. On crée le conflit aujourd’hui et on se demande si l’on ira jusqu’à la fracture. Chez nous comme ailleurs. On s’inquiète de savoir si les gens que nous déléguerons prochainement au Conseil National ou des Etats perçoivent cette dérive.

On n’entend rien dans leur discours pour nous persuader de leur volonté d’un changement.

Pourtant, il y a encore des gens à l’action généreuse. Ils sont trop rares et n’agissent qu’en marge des méfaits d’une société qui n’a plus de cœur et qui abandonne les plus faibles sur le bord de la route.

Car seul le profit compte et rien ne nous permet d’être optimistes au sujet de l’avenir qui semble vouloir être parsemé de chômage, de misère, de guerres et de lutte pour le pouvoir.