Articles

Sylvie Bula, cheffe du service pénitentiaire, et Béatrice Métraux, Conseillère d’Etat.

Orbe: un agrandissement aux Grands Marais

C’est sur une parcelle qui se situe entre le magasin des EPO et le bâtiment de Bochuz que l’Etat de Vaud construira, en deux temps, une nouvelle prison. Si le projet passe sans encombre les différents caps de procédure, avec notamment l’accord de la Commune d’Orbe, sa construction commencera en 2021 pour se terminer quatre ans plus tard. Ce bâtiment aura la forme d’un peigne, avec un corps principal qui accueillera des ateliers, une cuisine et notamment des lieux de rencontre et qui sera relié à trois «dents» où se trouveront les cellules. En précisant qu’il n’y aura pas de jonction avec le quartier sécuritaire de Bochuz.

Objectif N° 1 : la réinsertion

Au terme de cette première phase, le bâtiment accueillera 210 détenus dont un tiers sera en attente de jugement. Les 140 autres pensionnaires seront en anticipation de peine avant jugement ou en exécution, puisqu’actuellement bon nombre de prisonniers de courte durée purgent leur privation de liberté dans des établissements régionaux. Un accent sera mis sur la réinsertion afin de permettre à ces gens de sortir avec une sorte de bagage professionnel pour mieux se réinsérer dans la vie, notamment les étrangers qui devront retourner dans leur patrie d’origine. D’autre part, on désire que les détenus gardent un bon contact avec leur famille. Ils pourront l’accueillir sur place ou auront la possibilité de communiquer par vidéo-conférence. Il en va de même pour la justice qui pourra aussi utiliser ce moyen pour les contacter, évitant des déplacements inutiles.

950 détenus en 2030  !

Dans la deuxième phase, on hébergera 200 détenus supplémentaires pour un total de 410 dans ce nouvel établissement qui est censé remplacer la prison des hauts de Lausanne (Bois-Mermet) à l’horizon 2030. Ce qui montera les effectifs incarcérés dans la Plaine de l’Orbe à près de 950 personnes, puisque 540 y résident déjà (Bochuz, Colonie et Croisée) ! Il est entendu qu’il sera nécessaire d’engager passablement de personnel pour garantir la sécurité et la formation de ces hommes. Selon Mme Bula, cheffe du service péniten-tiaire, il n’y aura heureusement pas de quartier pour les cas psychiatriques dans le nouvel établissement.

Enfin, cette décision de principe concrétise la volonté du Conseil d’Etat vaudois de se munir de structures pénitentiaires suffisantes sur le canton qui est sous-doté. A titre d’exemple, Bois-Mermet dénombre 170 détenus, alors qu’elle ne devrait pas en compter plus de 120.

Mme Bula, Chef du Service pénitentiaire vaudois.

Bochuz: mille détenus en 2025 !

L’État de Vaud a pris la décision d’investir 100 millions de francs pour agrandir ses prisons et pour faire face aux problèmes d’une délinquance croissante. Il faut admettre que le manque de prisons pose problème. Trop souvent l’on entend que les petits malfrats sont relâchés dans la nature, faute de place. D’autre part, plusieurs bâtiments sont devenus obsolètes avec le temps puisque construits, il y a plus de 100 ans ou presque.

C’est pourquoi le Canton, par l’intermédiaire des Conseillers d’Etat Béatrice Métraux et Pascal Broulis, a convoqué la presse pour faire part de sa décision de remédier aux soucis actuels. Des crédits d’étude (5 fois 400’000 frs) seront soumis au Grand Conseil de manière à envisager des opportunités pour les prochaines années. Quatre d’entre eux concernent les Établissements de la Plaine de l’Orbe, soit:

1. Construction d’un troisième bâtiment à la Colonie (en 2017-18) pour la section ouverte (80 détenus qui travailleront sur le domaine agricole) et transformation de la nouvelle Colonie (qui sera disponible dès cet automne) qui sera reliée à la prison actuelle et qui n’accueillera que des prisonniers qui travailleront dans le secteur déjà clôturé de cette Colonie, en régime fermé.
2. Sécurisation périmétrique et poste avancé de contrôle sur l’ensemble de Bochuz pour 2019, avec notamment un grillage de 2 mètres sur l’ensemble du territoire avec une seule entrée sécurisée qui interdira l’accès du site aux personnes non concernées par l’activité du lieu.
3. Agrandissement du pénitencier pour 17 nouvelles places pour les régimes spéciaux (individus en évaluation précoce des risques) et 25 pour les régimes ordinaires (longue peine). Avec des locaux médicalisés pour accueillir aussi les détenus souffrant de problèmes psychiatriques.
4. Déplacement de la prison du Bois-Mermet de Lausanne dont les prévenus pourraient être placés dans la Plaine de l’Orbe à partir de 2025
5. Centre de mesures et de prise en charge des troubles psychiques à la Tuilière (Lonay).

Si bien qu’à terme, les Établissements de la Plaine de l’Orbe pourraient accueillir un millier de prisonniers, devenant ainsi la plus grande infrastructure pénitentiaire de Suisse ! Il s’agit surtout d’ouvrir des places de détention malgré le fait que 250 cellules ont été créées ces derniers mois entre la Colonie, la Croisée et la prison pour jeunes de Palézieux. Lors de cette conférence de presse, le responsable des finances cantonales, Pascal Broulis, a précisé que la somme de cent millions servira aux points 1,2, 3 et 5 auxquels il faut ajouter des frais liés à des travaux immédiats d’aménagement du pénitencier de Bochuz (chauffage à bois, réseaux d’eau, etc.), mais que la construction d’une prison de substitution au Bois-Mermet fera l’objet d’un autre crédit.

Échanges Orbe - État

La commune d’Orbe a été informée du projet. Elle devrait participer aux travaux d’aménagement, du territoire en particulier, comme elle devra se profiler par rapport à l’initiative cantonale. Si on peut comprendre la stratégie vaudoise qui doit faire face à un manque notoire de places d’enfermement, les Autorités locales devront mesurer les effets d’une telle concentration.

Certes actuellement, les EPO ne posent pas de problème majeur à la population régionale. N’empêche que la présence aussi massive de condamnés nécessite une sécurité policière accrue, ce dont les deux Conseillers d’État présents ont conscience. De toute manière, les discussions feront l’objet d’échanges entre la Commune et l’État qui a remercié les Autorités d’Orbe de bien vouloir entrer en matière.

Immanuel de Souza en «chef d’orchestre»

Orbe-EPO: la musique qui fait oublier les murs

Immanuel de Souza en «chef d’orchestre»

Immanuel de Souza en «chef d’orchestre»

Un concert original s’est tenu aux EPO (Etablissements de la Plaine de l’Orbe) la semaine passée. Les participants de l’atelier de musique ont pu se produire devant un public, en compagnie d’une partie de l’IMO (Insubordination Méta Orchestra) et étaient écoutés à Lausanne au théâtre 2.21 en direct grâce à l’informatique. L’autre partie de la formation jouait à Lausanne et a été écoutée à Orbe.

Sous l’égide de Prélude, qui se définit comme un pôle de coordination d’actions culturelles en prison, un atelier de musique libre a lieu depuis une année à la colonie.Les musiciens, Immanuel de Souza (d’Orbe) et Benoît Moreau l’animent; le principe est une approche très libre de la musique ou plutôt du son. Tous les instruments ou «objets à possibilités sonores» sont acceptés.

Au départ, cinq détenus prenaient part à l’atelier, mais pour diverses raisons dont deux libérations, deux détenus ont pu participer au concert. Il faut relever qu’un des détenus libérés il y a quelques mois a rejoint la formation à Lausanne.

Développer l’écoute

Comme l’a souligné Charles Galley, le directeur-adjoint des EPO, dans un message d’introduction, cette musique improvisée développe des facultés d’écoute qui sont importantes dans le processus de reconstruction des détenus, mais il a aussi averti le public que ce n’est pas une musique qu’on a l’habitude d’entendre, il y a peu de choses structurées.

À Orbe il y avait 18 musiciens et à Lausanne 19. Les deux détenus, Sébastien à la guitare électrique et Fabrice au chant, ont eu la vedette car les musiciens leur ont laissé une grande place. Le public était composé de la famille ou de proches des détenus, de personnel de la prison, de membres de Prélude. Le concert s’est déroulé en quatre sets de 20 minutes joués alternativement à Orbe et à Lausanne.

Une première partie où Sébastien et Fabrice, accompagnés par Immanuel de Souza, ont débuté seuls le concert, rejoints petit à petit par les autres musiciens. Lors du deuxième set, les musiciens étaient «librement» dirigés par deux chefs d’orchestre en alternance.

Beaucoup d’émotions

On peut dire que c’est surtout une musique très vivante qui apporte beaucoup à celui qui la joue. Les musiciens explorent des voies ensemble et de temps en temps un langage commun ressort. On sentait une grande connivence entre tous les musiciens et ils ont réussi à faire passer des émotions. Cependant, quand on ne voit pas les musiciens, la musique était plus difficile à vraiment apprécier. Pour plus d’informations : www.Prelude.ch

Image aimablement fournie par le Service Pénitentiaire Vaudois

Edit du 6 janvier 2012: écouter intégralement le concert en suivant ce lien

Les EPO à Orbe

Mort à Bochuz

Les EPO à Orbe

Les EPO à Orbe

Comme vous avez pu le lire, le détenu qui s’était illustré en 2008 en grimpant sur le toit du pénitencier a mis fin à ses jours. Peu importent les circonstances et les responsabilités dans cette mort.

Ce jeune homme de 30 ans était derrière les barreaux depuis près de dix ans et n’était pas prêt d’en sortir. Il n’en était pas à sa première tentative de suicide. Il était reconnu pour être dangereux et les experts psychiatriques craignaient la récidive de cet individu, abandonné par ses parents, souffrant de carences affectives, et aux prises avec la drogue.

Ce cas extrême inspire tout de même la réflexion. Privé de ses parents très vite et rapidement placé en institution, un enfant peut-il bénéficier des repères qu’une famille traditionnelle inculque habituellement ? S’il n’y a en plus personne, ni amour, pour le ramener sur le bon chemin, il entame un véritable chemin de croix.

En plus, lorsque le jeune n’a pas la chance de suivre une formation professionnelle, la difficulté de s’insérer dans la société devient presque impossible de nos jours. On finit par fréquenter un monde de paumés où la drogue et l’alcool sont des compagnons malveillants.

A partir de là, on ne doit plus vivre dans le même monde et la loi n’existe plus, la raison pas davantage.

La dérive de ce détenu nous rappelle qu’une vie peut basculer vite du mauvais côté, surtout lorsque la famille est déchirée car ce sont souvent ces rejetons-là qui finissent par plonger, malheureusement.

Photo Olivier Gfeller