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Jacques nostalgique avec l’une de ses dernières vaches taries.

Jacques Ravey a fait le choix douloureux de stopper l’élevage

Jacques nostalgique avec l’une de ses dernières vaches taries.

Jacques nostalgique avec l’une de ses dernières vaches taries.

Les médias en ont déjà beaucoup parlé, le cas de Jacques a touché, lui-même ne s’attendait pas à une telle ampleur médiatique. Certes, si cela peut avoir une quelconque retombée positive sur la politique agricole, il se prête au jeu. Sinon, l’agriculteur de Valeyres-sous-Rances ne désire rien moins que se plaindre.

Les Ravey, des éleveurs de père en fils depuis des générations

Cette famille, originaire de Valeyres-sous-Rances, a toujours eu des bêtes. «Un paysan sans vaches n’est pas un vrai paysan», affirmait la grand-mère de Jacques. Grâce à une génétique sans cesse améliorée, c’est un très beau cheptel de 41 tachetées-rouge, toutes nées à la ferme qui est parti le 15 mars à la vente de Moudon. Comme dans les familles humaines, chaque lignée a son propre caractère. Jacques connaissait chacune de ses bêtes, il les aimait. Acculé à s’en séparer, il a la pénible impression d’interrompre une tradition. Il se sent tiraillé, déchiré, mais quel autre choix avait-il?

Un prix du lait au plancher depuis plusieurs années

Comme l’explique Jacques «Il n’y avait pas de sens à les garder dans ces conditions. Une entreprise qui n’est pas viable n’a pas de raison d’être conservée » et pourtant… des solutions il en avait cherché et expérimenté. Les vaches partaient à la montagne l’été, lui permettant ainsi d’avoir davantage de temps pour s’occuper de ses 35 hectares de cultures et de ses 5 hectares de vignes.

Il avait également placé ses génisses en hivernage à Baulmes jusqu’à ce que le fermier cesse.

A cela s’ajoutait une ancienne installation ne répondant plus aux normes légales, située au coeur du village. Une surcharge de travail. Il aurait fallu ne pas être seul. Une solution aurait été de s’associer et d’ investir dans un projet avec une écurie en dehors du village. Un tel projet avait été imaginé mais la chute du prix du lait et son maintien en dessous de Fr. 0.60 le litre ne permettait ni d’investir ni d’amortir; le projet fut alors abandonné.
«Nous étions 6 mois trop tard, le lait avait dégringolé pour ne plus remonter» regrette Jacques.

Et pourtant, elles semblaient indéboulonnables!

Quand on connaît un tant soit peu Jacques Ravey, on sait qu’il a le sens des valeurs. Authentique et persévérant, il désirait conserver ses vaches pour perpétuer une tradition et aussi afin d’avoir du travail pour deux. Il pensait à son fils cadet encore trop jeune. Le «cataclysme» provoqué par sa décision tient essentiellement au fait de sa personnalité. Ce qui n’aurait été que soulagement chez certains n’est que doute et émotion chez lui. Le 15 mars dernier, il a vendu 41 bêtes. Actuellement, il ne reste transitoirement que 9 vaches taries sur le point de partir. D’ici peu, l’étable sera définitivement vide «alors que les bestiaux semblaient indéboulonnables». Une nouvelle ère s’amorce donc chez les Ravey, comme chez d’autres agriculteurs dans toute l’Europe.

Photo Catherine fiaux

Olivier Chambaz, président de la FVSE.

Coup de gueule des éleveurs à Ballaigues

Olivier Chambaz, président de la FVSE.

Olivier Chambaz, président de la FVSE.

Mercredi s’est tenue à Ballaigues, au centre villageois, l’assemblée générale annuelle de la Fédération Vaudoise des Syndicats d’Elevage (FVSE). Organe majeur de l’organisation paysanne en Pays de Vaud, cette fédération est placée sous l’autorité du président Olivier Chambaz, de Duillier. Un président qui n’a pas mâché ses mots lors de son discours introductif, critiquant à souhait la politique agricole 2014-2017 (PA 14-17) imaginée par Berne et l’OFAG (Office fédéral de l’agriculture).

Au niveau laitier, Olivier Chambaz a estimé que «tout le système de l’IP lait est un fiasco: ça ne fonctionne pas et ça ne rapporte pas ce que ça devrait. On continue d’importer des produits notamment de pays émergents, ne respectant aucune norme de protection sociale ou salariale. On veut bien rester solidaires, mais pas devenir solitaires» a ajouté un président visiblement peu amène face aux décisions fédérales.

«Avec la PA 14-17, le Conseil fédéral propose des mesures de mise en œuvre de sa stratégie à long terme visant une production sûre, compétitive et durable de denrées alimentaires. Ce sont du moins les termes employés dans le message déposé le 1er février 2012 et surtout dans les discours du Conseiller fédéral Johann Schneider-Amman» précisera encore Olivier Chambaz, «sauf qu’en l’état actuel des tracasseries administratives en tous genres, on va droit vers le démantèlement pur et simple des filières lait et céréales. Nous n’avons pas besoin de grands discours, mais de véritables actes» a poursuivi le président, devant une salle comble et partageant visiblement l’avis de son président.

Madelon, Trinity, Niagara et leurs congénères

Dans son rapport annuel, le gérant Claude-André Fardel, de Novalles est revenu sur l’activité de l’année, les contrôles techniques laitiers, les expositions auxquelles les membres de la Fédération ont participé et sur nombre de détails techniques allant du taux de protéine au taux de graisse dans le lait et les contrôles A4 et AT4 qui restent en l’état un peu mystérieux pour le rédacteur novice. A relever que la vache vaudoise de race se situe légèrement au-dessus de la moyenne suisse en matière de production.

Ce qui ne veut pas dire qu’en Pays de Vaud on ne trouve pas de championnes. Au contraire, puisque Madelon, Trinity, Niagara et beaucoup d’autres bêtes ont été primées à divers titres, que ce soit sur le plan de la production ou en participant à des concours. Les cloches de récompense ont été distribuées aux éleveurs en deuxième partie de matinée. L’assemblée s’est ensuite poursuivie par le traditionnel repas en commun, après que le syndic Raphaël Darbellay ait rejoint l’assemblée pour la saluer et présenter la commune hôte de cette manifestation aux deux cents participants présents.

Photo Olivier Gfeller