Femmes en burqa en France

Interdiction de la burqa, un problème mal posé

Femmes en burqa en France

Femmes en burqa en France

Après la Belgique et la France, la Suisse se pose également la question de l’interdiction de la burqa, par le biais du Grand Conseil argovien. S’il est évident que le port de la burqa n’est pas souhaitable dans notre société, ni dans les autres d’ailleurs, il n’en reste pas moins que les raisons invoquées me semblent toujours sortir du cadre politique et donc civil auquel elles devraient se limiter.

Le voile, et encore moins la burqa ou le niqab, ne sont des prescriptions islamiques et les femmes du prophète autant que ses filles ne l’on jamais porté. Le port du foulard est moins lié à la tradition musulmane qu’à diverses traditions méditerranéennes bien antérieures à l’Islam.

Cette pratique vestimentaire a été par la suite «entérinée» dans la culture islamique via une interprétation peu solide du Coran et des Hadith.

Il est donc fort regrettable que des politiciens, abondamment suivis par les médias nationaux, lient cette question à celle de la religion, reproduisant un débat tronqué par les peurs et les relents d’islamophobie qui, de fait, ne font que cristalliser une xénophobie longtemps refoulée.

La vraie question est celle du vivre ensemble dans une société civile, ouverte et démocratique. Il n’est pas tolérable que quiconque évolue dans l’espace public le visage couvert, que ce soit avec une cagoule, un masque ou une burqa - bien que des exceptions soient faites pour les deux premiers - et cela non pas uniquement pour des raisons de sécurité, mais bien au nom d’une règle commune de vie en société.

Même si certains cantons comme le nôtre gardent un lien avec les Eglises, en les reconnaissant d’intérêt publique et en les finançant, Etat et Eglise sont en théorie séparés. La religion est reléguée à la sphère privée et n’intervient pas dans la sphère publique. C’est du moins ce que nous appelions la modernité, et que l’occident brandissait fièrement à la face des pays dits«en voie de développement».

Il est donc fort regrettable que des politiciens, des médias et d’autres acteurs de la société civile se fassent les vecteurs des discours, voire des idéologies religieuses dans la sphère publique, et que tous les débats éthiques ou politiques soient argumentés sur des bases culturelles, alors que notre seul souci devrait être de pouvoir vivre ensemble dans une règle commune, indépendamment des considérations religieuses ou culturelles.

Cessons de parler de religion et débattons des questions qui se posent sans négliger le caractère civil de notre société.

Frédéric Richard – Historien des religions


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