Francine Manière.

Vallorbe: vingt années au secrétariat du Conseil communal

Francine Manière.

Francine Manière.

Le 15 février 1993, il y avait très exactement 20 ans, Francine Manière fonctionnait pour la première fois comme secrétaire du Conseil communal de Vallorbe. Le poste étant vacant, c’est le président du Conseil d’alors, Jacques – André Chezeaux, qui s’est approché d’elle pour lui proposer la fonction. Comme, dans sa famille, on avait déjà largement donné en politique – son papa fut conseiller communal, puis conseiller municipal durant 16 ans – et comme elle ne souhaitait pas «entrer en politique partisane», elle accepta cette charge pour participer à la vie publique locale. Cette maman de deux garçons, tous deux tournés vers le football, qui a longtemps travaillé dans la banque et se consacre maintenant professionnellement aux questions d’état-civil dans la nouvelle organisation cantonale, considère en effet que «quand on souhaite être secrétaire d’un Conseil communal, il faut être né (e) dans la commune concernée, ou y avoir des attaches personnelles, mais surtout participer à la vie villageoise en général». Difficile en effet de comprendre les enjeux de certaines prises de position politiques sans ressentir de l’intérieur les conséquences potentielles de telle ou telle décision ou avoir une idée du sens dans lequel la population semble s’orienter.

Vingt présidents, trois syndics et autant de préfets

Au cours des 20 dernières années, Francine Manière aura «usé» 20 présidents du Conseil, 3 syndics, autant de préfètes et préfets, sans compter les très nombreux municipaux et membres du Conseil avec lesquels elle a travaillé. «On oublie souvent que la charge de secrétaire d’un Conseil communal ne consiste pas «simplement» à tenir un procès-verbal des décisions et discussions» précise Francine Manière. Et de rappeler qu’à ses débuts dans la fonction, les premiers présidents qu’elle a vus passer contrôlaient tout jusqu’aux dernières virgules. Plus récemment, certains ne contrôlent plus grand-chose et font confiance ou d’autres encore, plus forgés à l’aune de l’autonomie personnelle, estiment que la teneur du PV relève de la seule responsabilité de la secrétaire. «Au départ, on tenait des PV résumés des principales discussions. Mais certains orateurs étaient froissés de ne pas toujours y retrouver les mots prononcés, si bien que finalement on a opté pour un PV intégral, publié en plus dans le journal local. ça rend la tâche plus lourde, mais au moins le choix toujours subjectif de ce qui doit ou ne doit pas être transcrit n’est plus offert». À côté de sa fonction au Conseil, le ou la secrétaire est aussi la gestionnaire administrative du corps délibérant communal. Ainsi que l’organisatrice en chef de toutes les votations ou élections qui se déroulent durant son mandat. Francine Manière relève qu’en 20 ans, elle n’a jamais raté une séance du Conseil et a dû manquer une seule votation «pour cause de collision avec la confirmation de son fils». Tous les aspects organisationnels de la fonction sont souvent méconnus pour ceux qui s’imaginent pouvoir la remplir. «En plus, il faut ajouter au programme chaque année plusieurs week-ends ou au moins plusieurs dimanches, surtout lorsque des élections sont prévues», ajoute Francine Manière.

La politique locale change

Celle qui songe à abandonner sa fonction dans un avenir à moyen terme, «peut-être pour se consacrer cette fois à la politique de l’intérieur en se présentant à des élections», estime que la façon de faire de la politique locale a changé. «Avant, les débats étaient réels et vivants lors du Conseil lui-même. Maintenant, les débats sont rares, voire très rares, comme si toutes les décisions étaient entérinées lors des séances de groupe ou en dehors de l’hémicycle. En plus, on ne sent plus vraiment d’opposition d’idées ou de principes politiques, mais plus la sauvegarde d’intérêts précis et concrets» précise-t-elle. Elle trouve cette évolution regrettable, dans la mesure où le débat apportait quelque chose, chacun, même les opposants, finissant par se réunir autour d’un verre une fois la question votée. Il semble aussi que sur le plan formel, la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le délibérant devienne de plus en plus théorique. «Peut-être cela provient-il de la complexité croissante des questions abordées, ou du caractère plus ou moins fort du président du Conseil» estime Francine Manière, qui déplore cette tendance. Son poste n’est pas à pourvoir, mais le jour venu, celle qui aura été de l’organisation de toutes les manifestations du Conseil pendant plus de deux décennies manquera et le ou la future titulaire devra faire sans cette immense expérience pratique de la charge.

Photo Olivier Gfeller