Dr. Christian Dante.

Vallorbe: le Dr Danthe prend sa retraite

Dr. Christian Dante.

Dr. Christian Dante.

Il avait ouvert son cabinet à Vallorbe en 1977, et c’est le 31 mars 2012 que le Docteur Christian Danthe va cesser d’exercer sa profession. Originaire de Prilly, le Docteur Danthe est issu d’une famille modeste.

«Mon père était employé communal, en plus par temps de crise »précise-t-il. Ayant suivi toute sa scolarité à Lausanne, il a obtenu à l’Université de cette ville son diplôme de médecin en 1971. Puis durant quelques années, il a complété sa formation en obstétrique, gynécologie, chirurgie, psychiatrie, pédiatrie. A l’époque, un peu comme actuellement d’ailleurs, l’offre en médecins généralistes était un peu faible à Vallorbe. Et comme il aimait le Jura pour y avoir passé des vacances enfant et qu’il devait aussi faire vivre sa famille, il s’est installé dans la cité du fer, qu’il n’a plus quittée depuis 35 ans.

Un art et une pratique qui ont complètement changé

«Les patients ne mesurent pas toujours l’immense privilège qu’ils ont quand on compare les progrès effectués par la médecine depuis l’époque où j’ai commencé, notamment au point de vue imagerie ou radiographie, avec la médecine d’aujourd’hui » explique Christian Danthe. Certes les factures enflent, mais la pratique a complètement changé. Dans les années 1970, on pratiquait le diagnostic pas à pas, c’est-à-dire en observant l’évolution d’un malade et de sa pathologie sur une période relativement longue. C’était alors un véritable travail clinique.

Actuellement, le diagnostic doit être quasi immédiat et exhaustif, au travers des batteries d’examens que l’on peut mettre en œuvre. Cette nouvelle façon d’aborder le diagnostic colle avec la façon de vivre en 2012: tout immédiatement, mais avec les angoisses qui vont avec. «Mon travail a été très fatigant» précise le Docteur Danthe: à l’époque nous faisions des visites à domicile, des levées de corps, des urgences chirurgicales, des veilles en alternance avec des confrères, bref des semaines au nombre d’heures très élevé».

Le devenir de la médecine

Selon le futur retraité, la médecine va immanquablement vers quelque chose de plus sécurisé.» Nous sommes guidés par le fameux principe de précaution que personnellement je considère comme une impasse totale. A mon sens, ajoute le médecin, nous devrions plutôt obéir au principe du risque éclairé et contractuel: une sorte de pesée faite avec l’accord du médecin entre risques et avantages dans une situation de fait donnée. On reviendra un jour du principe omnipotent de précaution, c’est un peu comme le mouvement du balancier, précise-t-il.

Le principe de précaution maximise les insatisfactions à tous les niveaux, et donc les coûts et rend même une partie de la population réellement revendicatrice. Mais sans doute est-ce là plutôt une question philosophique que médicale.

La santé publique et l’avenir

A ce point de vue, le praticien relève qu’il ne serait pas étonné que une ou des grandes épidémies frappent la population. Avec le développement irréversible des transports, la survenance d’un tel événement est selon lui possible dans les trente ans à venir. Simultanément la manie du tout hygiénique et du lavage de mains dix fois par jour relève du TOC au plan individuel et même social. Le Docteur Danthe voit dans les années à venir un immense progrès possible dans l’optimisation de la gestion de l’information.

Avec à la clé la disparition pure et simple du secret médical, pour les médecins scientifiques, et son transfert vers des praticiens en médecines ou thérapies douces, qui eux ne sont pas tenus à une obligation de résultat. «Chacun fabrique son chaman» précise-t-il. Peut-être le psychiatre conservera-t-il une partie de ce secret, son art étant par essence très difficile à organiser en informations réutilisables.

S’il devait souhaiter une organisation médicale plus adaptée aux défis d’aujourd’hui, le Docteur Danthe verrait se créer des groupes d’échanges entre médecins installés, échangeant, entre anciens et modernes ou entre praticiens d’une même tranche d’âge, expériences et interrogations. Avec ce genre d’organisation, on pourrait peut-être chercher à rendre plus objectivables des comportements, qui se trouvent être plus à risque chez certains patients que chez d’autres.

«En plus, ceci ressemblerait à un retour vers Hippocrate, les cercles de médecins autour d’un patient, cherchant au travers d’un échange à mobiliser le meilleur de leur science commune au profit du patient».

Photo Olivier Gfeller