Culture conventionnelle d’orge.

Que mangerons-nous demain?

Culture conventionnelle d’orge.

Culture conventionnelle d’orge.

Politique agricole

Alors que le Conseil national souhaite soutenir spécifiquement les céréales fourragères, le Conseil des Etats, lors de sa séance du 12 décembre dernier, s’est majoritairement prononcé contre l’introduction d’une contribution spécifique pour les céréales fourragères dans le cadre de la politique agricole 2014-2017. Cette décision catastrophique présage la disparition de la culture des céréales fourragères en Suisse à moyen terme, avec pour conséquence une dépendance accrue face aux importations de matières premières fourragères.

A l’heure actuelle, les céréales fourragères indigènes (par exemple orge et avoine) sont produites dans le respect de l’environnement et font partie d’un assolement diversifié. Malheureusement pour les producteurs, la culture des céréales fourragères n’est plus rentable depuis de nombreuses années. Faute de soutien politique, les surfaces ont drastiquement diminué et les importations sont en augmentation, afin d’assurer l’alimentation des animaux élevés en Suisse” selon le dernier communiqué de la FSPC (Fédération Suisse des Producteurs de Céréales).

Importations

Entre 2002 et 2011, toujours selon la FSPC, la quantité globale de matières premières fourragères produite diminue en moyenne de 9’900 tonnes par année, dont 7 800 t. rien que pour l’orge. «Dangereux!» direz-vous? Pas forcément, puisque dans les accords du GATT sont prévues des importations de céréales fourragères, en 2011 à hauteur de 70 000 t. dont 64 942 t. de blé. Ces céréales sont importées, toujours selon les chiffres de 2011, des pays voisins. L’Allemagne, la France et l’Autriche en fournissent le 65 % et le reste vient des USA (2%), de Hongrie (3%), d’Argentine (4%), d’Italie (5%) et du Canada (21 %).

Quelle qualité entre en Suisse

Lors d’une assemblée de la FSPC, Christian Grandjean, agriculteur à Juriens et président du centre collecteur de Croy, a relevé le problème de la qualité des importations de céréales venant du Canada. Dans ce grand pays, où vivent d’ailleurs quelques paysans venus de Suisse, le temps des cultures est plus court que chez nous. Les semis ne peuvent pas se faire en automne, car les jeunes plants gèleraient en hiver. Ils sont semés au printemps, ce qui raccourcit le temps de culture et les épis ont de la peine à arriver à maturité. Pour pallier ce problème, des cultivateurs utilisent du glyphosate (désherbant puissant) juste avant la récolte afin d’accélérer le mûrissement et de stabiliser le grain pendant le stockage. Ces cultures sont gigantesques et les cultivateurs n’ont pas peur d’irriguer les champs à grande échelle afin d’avoir un plus grand rapport.

Exigences

Selon le Laboratoire cantonal de Genève, «En Suisse, les concentrations maximales de résidus de substances étrangères, comme les pesticides, sont fixées par l’ordonnance sur les substances étrangères et les composants (OSEC, RS 817.021.23). Ce sont souvent des normes reprises de la législation européenne. Ainsi, pour l’herbicide glyphosate, la valeur de tolérance est fixée à 10 mg/kg dans le blé.».

Par son interpellation, Christian Grandjean souhaite que les autorités sanitaires prennent conscience du danger des qualités d’importations qui ne correspondent pas toujours aux exigences que l’on met sur les produits suisses.

Et dans notre assiette ?

Notre petit pays peut-il se battre contre les grandes marques de produits phytosanitaires ou les grands groupes importateurs qui tentent d’influencer le gouvernement? Les mêmes qui fabriquent du pain suisse avec de la farine étrangère ou de la viande suisse d’animaux qui ont été nourris avec des céréales qui ont fait des milliers de kilomètres. Le paysan suisse ne peut se battre seul, de plus en plus il doit, pour gagner sa vie et nourrir les siens, chercher des solutions qui lui rapportent le plus, quitte à mettre ses champs en jachère, si cela rapporte… Sinon il devra vendre et chercher du travail ailleurs.

Photo Marianne Kurth