La récréation est finie

Ainsi donc, en plein psychodrame fédéral sur la Lex USA, voici que le Lituanien Algirdas Semeta, «Monsieur Fiscalité» de l’Union européenne (UE), a débarqué à Berne lundi, porteur d’un mandat de négociation avec la Suisse.

Encore un mandat, encore un rendez-vous obligatoire pour Éveline Widmer-Schlumpf, dont l’agenda semble de plus en plus encombré. Car notre visiteur n’est pas venu pour inaugurer des chrysanthèmes, mais pour exiger une nouvelle fois, au nom de l’UE, la conversion rapide de la Suisse à l’échange automatique d’informations en matière fiscale.

Cette pression en augmentation constante exercée sur la Suisse est considérée par certains politiciens comme une atteinte inadmissible à sa souveraineté. De quoi se mêlent donc ces États étrangers qui sifflent la fin de la récréation sans nous demander notre avis? De quel droit les cow-boys américains marchent-ils sur nos plates-bandes sans ménagement, eux qui en plus nous espionnent à qui mieux mieux sur nos terres? Dans la discussion de la loi d’exception qui est censée permettre aux banques de se sortir encore et une nouvelle fois d’un très mauvais pas, nombreux sont les élus qui critiquent la position d’Éveline Widmer-Schlumpf. «Elle n’a même pas été fichue de négocier un véritable accord global avec les USA pour régler ce litige», gronde-t-on à l’envi dans ces cercles.

On aura remarqué qu’une bonne partie des parlementaires qui grondent ainsi sont aussi ceux pour qui toute intervention de l’État dans les affaires bancaires ou dans toute autre affaire privée est par essence mauvaise, car relevant de la violation des lois du sacro-saint marché ou de la libre concurrence. Étrange paradoxe.

Remiser une fois pour toutes nos pratiques contestables en matière de fiscalité et capitaliser sur une ingénierie plus performante que celle du voisin semble pourtant être la seule voie raisonnable, lorsque la transparence devient règle.