Les trois cœurs sont toujours là !
207 - 220110, Vaulion 28.01.2010
Et Alberto Tejo est de retour au pays.
Vendredi, 13 h.
Intérieurement, quittant le bas de la vallée du Nozon, pris carrément dans un smog à tailler au couteau, pour rejoindre Vaulion, j’espérais rencontrer le soleil.
Au passage de Nidau, celui-ci forçait un peu le brouillard, mais juste après l’ancienne scierie, le voile s’est déchiré, et c’est sous un ciel resplendissant que je filais au rendez-vous.
Sur la façade de l’Hôtel, le soleil doublait l’enseigne des 3 Coeurs, qui fut construit en 1764! Extérieurement, rien ne paraissait avoir changé. Poussé la porte du restaurant, une surprise, ou plutôt deux, m’attendait! La première, c’est que le nouveau tenancier n’était pas un inconnu, jovial et toujours une moustache qui couronne son sourire.
Et la deuxième, c’était le choix des améliorations effectuées par la commune de Vaulion, un rafraîchissement, comme on dit, qui s’avère judicieux: les murs peints en blanc donnent de l’espace et beaucoup de lumière. Des nappes et des rideaux de couleur orange, rendent chaleureuses les salles.
Une rumeur qui monte jusqu’au Lieu
Après les présentations, c’est autour d’un verre de vin blanc, qu’Alberto Tejo me parlait de son retour aux sources et de son parcours, depuis son arrivée en Suisse en 1976, à la Vallée de Joux. Il se rapprochait de notre région et travaillait, au Chalet de la Breguettaz en dessus de Vaulion dès 1980, comme serveur pour une période de 14 ans, puis sera le tenancier pendant 6 ans.
Le chalet et les alpages de la Breguettaz seront vendus en 2001. Son contrat ne sera pas reconduit, il décidait de rentrer au Portugal. Il ouvrira son propre restaurant, et le dirigera pendant 2 ans. Mais le mal de son pays «adoptif» était trop fort !
Il reviendra vivre à la Vallée de Joux, après un passage estival en Valais et le restaurant d’une piscine, pour s’établir au Lieu où il reprendra en main l’Hôtel de Ville.
Il se fait une place, il a un excellent cuisinier et sa sœur le seconde. Les années passent. Des rumeurs montent à La Vallée, jusqu’à lui: l’hôtel des 3 Coeurs est à remettre. Et avec lui, l’exploitation estivale du chalet de la Dent de Vaulion !
Sans attendre, il postule. La municipalité retiendra sa candidature et tout s’enchaînera très vite, contrats, signatures et la date de la reprise.
Pour Alberto, c’est vite vu, ses vrais amis, ses copains de jeunesse, ils sont ici à Vaulion, pas au Portugal! Il était arrivé, au village, à l’âge de 23 ans et puis il a ses contemporains, comme il dit, avec un large sourire ! Ici, il se sent chez lui.
Ré-ouvert depuis le 11 janvier
Pour oeuvrer au restaurant et à l’hôtel, sa troupe de choc du Lieu l’a suivi dans cette nouvelle aventure: Mathilde Tejo, sa sœur, pour le service au restaurant et pour l’Hôtel avec Sonia Ribero et Roland Parals aux fourneaux; lui, il met la main à tout !
Pierre Bachelard, qui dînait une table plus loin, nous rejoignit. La conversation déviait forcément sur le chalet de la Dent. Et les souvenirs de surgir. En 1978, certains soirs, après avoir terminé leur service de nuit à la Vallée, Alberto et son frère fonçaient chez Pierre à la Dent, pour manger une fondue, et il n’était pas loin d’une heure du matin! Il les servait !
Pierre consulta l’agenda avec son successeur et lui dit : « Bon, Alberto, tu ouvriras la saison à la Dent, au début du mois de mai, pour la Fête des Mères, si le bon Dieu le permet… » Entendez, si la neige n’est plus que souvenir…
Au restaurant, la carte se veut, en premier lieu régionale, avec les plats typiques de montagne: les croûtes, fromage ou champignons, le jambon à l’os et les plats vaudois de saison, l’ardoise et ses dés de viandes que le client affine et cuit à son goût. Il ajoutera un peu d’exotisme avec les gambas à gogo!
Alberto me glissait en partant: «Je suis descendu de quelques mètres… Je ne me sens bien qu’à la montagne, la ville ce n’est pas fait pour moi!»
Son sourire en disait long !
Photo Marlène Rézenne










