Vue générale de l’écloserie de Vallorbe.

Vallorbe: discrète écloserie

Vue générale de l’écloserie de Vallorbe.

Vue générale de l’écloserie de Vallorbe.

On sait que le Casino de Vallorbe est en chantier depuis 2 ans environ, avant sa réouverture prévue en juin. On imaginait que pendant ce temps, tous les locaux seraient vidés et complètement rénovés.

Il existe pourtant un recoin caché de l’édifice, dont on taira la localisation exacte, connue des seuls initiés, et qui a continué de «fonctionner» durant les travaux. Cet endroit est l’écloserie à œufs et alevins de truites, propriété de la commune et qui est placée sous la responsabilité de Régis Mauerhofer, du service communal des eaux, mais aussi président de la Section vallorbière de la Société vaudoise des Pêcheurs en rivière SVPR. C’est grâce à lui que l’Omnibus a pu pénétrer discrètement dans la nursery et récolter à cette occasion nombre de renseignements précieux.

Une production annuelle importante

Le frai a lieu environ une dizaine de jours avant Noël. En général en deux épisodes. C’est donc à cette époque que l’on prélève les œufs nécessaires à la production vallorbière dans le bassin des mères, situé près des Grottes. Une production qui d’ailleurs se limite volontairement à la truite Fario (salmo trutta), une espèce indigène à points rouges.

Selon les années et sans que l’on puisse prévoir quoi que ce soit à l’avance, ce sont entre 100’000 et 800’000 œufs qui sont ainsi prélevés et placés «en couveuse». Les cuvettes noires que l’on peut voir sur l’illustration contiennent chacune environ 20’000 œufs. Elles sont placées dans un dispositif qui leur assure en permanence une eau fraîche renouvelée, provenant en plus d’une source destinée uniquement à cet usage, la source de la Diaz. Les eaux de cette source ont été captées pour permettre l’élevage des oeufs de truites même si les eaux de l’Orbe venaient à être souillées. L’eau est en plus appauvrie en oxygène par un dispositif naturel ingénieux purement physique et de conception maison.

Un fonctionnement sur quatre mois par an environ

La durée d’incubation des œufs se compte dans une mesure singulière qui s’appelle les degrés/jours. Une incubation normale est de 410 degrés/jours, soit 41 jours dans une eau à 10 degrés. A Vallorbe, la température de l’eau de source est plus froide et meilleure pour le développement des œufs. En général elle est de 5 degrés environ, ce qui rallonge la durée d’incubation à 82 jours environ.

Cela dit, l’écloserie délivre trois types de «produits»: des œufs juste embryonnés, des petits alevins et des alevins plus grands. On peut constater que l’oeuf est embryonné quand il présente de façon distincte les deux points noirs des futurs yeux de la truite, qui sera adulte à trois ou quatre ans. Ces différents types de produits arrivent à maturité dans des temps différenciés, les derniers alevins étant livrés en avril.

Ensuite, l’écloserie est mise en sommeil pour le reste de l’année, sous réserve des travaux d’entretien. Pendant toute la durée de fonctionnement, les soins nécessaires sont quotidiens, que ce soit pour nourrir les alevins, pour contrôler leur croissance ou pour nettoyer les caissettes dans lesquelles se trouvent des résidus d’aliments et autres débris.

Produire pour qui?

L’Orbe n’a pas besoin d’être fournie en poissons nouveaux. Elle est suffisamment peuplée «au naturel». Les clients de l’écloserie sont donc essentiellement les sections locales des pêcheurs en rivière, qui passent des commandes chaque année, ou les gardes-pêches officiels cantonaux, qui font de même pour alimenter des cours d’eau qui ont rencontré des pollutions ou sont pauvres en truites. Le régime financier est lui aussi singulier. Par définition, le poisson, et donc les œufs, appartiennent à l’Etat de Vaud.

Les installations appartenant à la commune de Vallorbe, les clients de l’écloserie ne payent donc que le travail nécessaire fourni à Vallorbe. Et pour terminer avec les petits secrets locaux, notons que dans des installations un peu similaires et situées dans d’autres locaux, la Section de Vallorbe de la SVPR effectue la même tâche, mais cette fois avec des ombres. Plus que normal donc que la cité du fer comporte une truite sur ses armoiries «D’or à la bande ondée d’azur, chargée d’une truite au naturel».

Photo Olivier Gfeller