Au centre, Michel Hostettler, comptant ses troupes.

La confusion sexuelle organisée à Valeyres

 

Au centre,  Michel Hostettler,  comptant ses troupes.

Au centre, Michel Hostettler, comptant ses troupes.

Branle-bas de combat au petit matin la semaine passée à Valeyres-sous-Rances. Dans la cour intérieure du Domaine du Manoir, le grand ordonnateur Michel Hostettler, maître des lieux, organisait la première battue 2011 contre le ver de la grappe. «J’ai l’habitude de dire que la confusion … rassemble» aime-t-il à rappeler en plaisantant et en comptant ses fidèles lieutenants qui proviennent de pratiquement toutes les exploitations viticoles situées dans la grande combe vallonnée séparant Rances de Valeyres.

Depuis une bonne quinzaine d’années, les viticulteurs de la région attendent en effet le signal pour procéder à la pose des diffuseurs, ces fameuses plaquettes en plastique brun qui vont protéger les ceps et les grappes contre les déprédations de Eudémis et Cochyllis, ces charmantes créatures larvaires aux effets dévastateurs.

Le principe

Il existe une série de vers de la grappe, mais les deux espèces en question sont parmi les plus voraces. Pour les contraindre à l’inefficacité, les scientifiques ont mis au point un système de diffusion de phéromones qui, de la période actuelle à fin août, va créer chez les mâles des deux espèces une sorte de confusion des sens qui l’empêcheront de trouver la femelle idoine qu’il pourrait avoir eu naturellement l’intention de féconder.

Ce système protège les vignes contre la première et la seconde génération de vers, qui éclosent et donnent naissance entre deux à de jolis papillons. Au printemps les chenilles de première génération perforent les boutons floraux qui sont d’abord réunis en nids par des filaments soyeux puis sont dévorés. La destruction des fleurs se traduit par de la coulure et une diminution de la quantité de la récolte. En été, les baies de raisin sont perforées et broutées plus ou moins profondément par la seconde génération de chenilles. Il y a donc un moment idéal pour mettre en œuvre la lutte.

Les phéromones sont contenus dans un liquide spécial, mis au point par une entreprise chimique allemande, lui-même installé dans de petits supports en plastique dûment perforés de façon microscopique, appelés diffuseurs, pour que le principe actif se répande régulièrement durant toute la saison.

Une affaire d’équipes

Pour que la protection soit efficace, il faut que l’ensemble des vignerons d’une zone concernée soient d’accord pour utiliser ce système de lutte. «C’est un peu plus cher que les traitements phytosanitaires usuels, mais ça en remplace plusieurs» précise Michel Hostettler, qui confirme également que «ce procédé est aussi admis dans le cadre de la culture biologique.

On pose environ 450 diffuseurs à l’hectare pour une couverture efficace», ajoute-t-il, avant de lâcher la troupe d’intervention prête à l’action. Une journée des diffuseurs désormais rentrée dans les moeurs et qui se termine par un traditionnel repas en commun, tel qu’on en rencontre souvent dans les travaux viticoles.

Photo Olivier Gfeller