Félicie Dupertuis

Romainmôtier: nonagénaire oubliée

Félicie Dupertuis

Félicie Dupertuis

Elle était la reine du poulet. Qui ne se souvient pas des annonces publicitaires qui vous incitaient à aller manger «Chez Félicie» à Morges. Elle en a reçu du beau monde dans son restaurant où 14 broches alignaient les poulets qui allaient être dévorés à la cuisson.

Mais aujourd’hui et depuis 1981, elle vit à Romainmôtier où elle avait acheté une maison dans laquelle elle avait rêvé de vivre avec toute sa famille. Malheureusement, la grande faucheuse a passé par là et Félicie se retrouve toute seule dans son habitation.

Le 21 mars dernier, elle a soufflé ses 90 bougies avec quelques amis. Elle a attendu en vain la visite des autorités de Romainmôtier. Pourtant elle n’est pas une inconnue dans le village. Elle a même rapporté beaucoup d’impôts lorsqu’elle est venue s’installer dans la bourgade après avoir vendu ses maisons de Morges.

La reine du poulet, comme elle aime à se surnommer, a été oubliée, pas le moindre mot, ni fleurs, ni bouteilles. Rien pour cette dame haute en couleurs qui espère que la coutume de fêter les nonagénaires ne se soit pas tarie dans le bourg médiéval. Elle qui dit s’être occupée des anciens du village tant qu’elle le pouvait.

Bien sûr qu’elle n’apprécie pas d’avoir été «oubliée» mais elle pense aussi à tous ceux de son âge, ou qui en approchent, et qui méritent bien une petite attention des autorités.

Aujourd’hui, Félicie Dupertuis ne peut plus sortir de chez elle. Des problèmes de santé, une colonne vertébrale qui ne la soutient plus, la rendent impotente ou presque. C’est pourquoi elle apprécie encore recevoir des visites car elle ne peut plus écrire.

Il ne lui reste plus que le téléphone pour exprimer en l’occurrence son désarroi. A l’heure de boucler le combiné, elle aura cette phrase étonnante, «Nous ne sommes plus que des numéros, qui ne sont plus gagnants».

Photo Marianne Kurth