Le président et sa Cour se penchant sur le centre tellurique du labyrinthe.

Romainmôtier: la justice tourne en rond dans le labyrinthe

«Once upon a time» ou plutôt, en français, il était une fois un labyrinthe. Le centre de ce labyrinthe dessiné il y a 8 ou 9 ans par Alison et Michael Nobile, les propriétaires du Domaine En Praël à Romainmôtier, serait tellurique. Il figure d’ailleurs au répertoire des lieux sacrés de Suisse romande et dans plusieurs répertoires internationaux de labyrinthes. Cet endroit, situé formellement en zone agricole, mais sur le terrain privé du couple et à 30 mètres de son habitation, a mis le Service du développement territorial SDT en émoi il y a quelques années déjà.

Il s’agirait, aux yeux des gardiens du temple des zones foncières en Pays de Vaud, d’une construction qui n’a pas sa place sur cette zone. Elle ne saurait subsister, «sans que les limites soient dépassées et le mauvais exemple soit ainsi donné à d’autres amateurs éventuels». Ordre a donc été donné aux époux Nobile de supprimer ce labyrinthe, à leurs frais, gourmands émoluments administratifs du SDT en sus. Ainsi qu’on peut le voir sur l’image ci-contre, la «construction» est faite essentiellement de brins d’herbe de 30 cm environ de haut (dans une clairière à la fin de l’été) et de traces de pas qui marquent des petits sentiers circulaires. La neige recouvre le tout en hiver… et l’herbe est fauchée une fois par an par un agriculteur voisin, rendant à nouveau mieux visible le dessin des cercles concentriques.

Construction ou pas construction?

Utilisant ce labyrinthe pour méditer eux-mêmes et laisser méditer librement les passants ou pèlerins de la «Via Francigena», qui jouxte le terrain, les époux Nobile ne l’ont pas entendu de cette oreille et se sont donc opposés à la décision du SDT. De fil en aiguille, ce sont les magistrats du siège de la Cour de droit administratif et public du Tribunal cantonal vaudois qui se sont «transportés sur place» jeudi passé, pour y tenir une audience pour une fois debout et à l’abri de parapluies indispensables sous les premières pluies automnales sévères. Les parties se sont exprimées, les époux Nobile par leur conseil, le SDT courageux, mais pas présent lui-même, par son avocat et le Tribunal, au travers des questions qu’il a jugé nécessaire de poser.

Après avoir parcouru la «construction», juges et président se sont rabattus sur un hall intérieur abrité mis à disposition par les propriétaires. La commune était représentée par la municipale des constructions Agata Jaxa, qui a confirmé ès qualités qu’elle ne voyait rien à redire dans cette «installation». Se retirant, la Cour a annoncé qu’elle rendrait son verdict ultérieurement. Affaire à suivre donc, en notant au passage que le SDT ne semble pas se préoccuper des labyrinthes érigés dans les champs de maïs ou d’autres céréales, vu leur «fugacité», ni des «Crop Circles» d’origine possiblement martienne.

On se réjouit donc de connaître le verdict final, en relevant que le Pays de Vaud doit être heureux et riche pour pouvoir se préoccuper de causes aussi fondamentales et essentielles en ce début de 21e siècle troublé.

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