L'artiste et ses bois

Premier: l’homme aux bois qui chantent

Hans-Martin Bader confesse au moins deux passions: la lutherie, le métier qu’il exerce depuis 45 ans, et la paysannerie à l’ancienne. Après un apprentissage en Allemagne, le maître-luthier a exercé son art à Zurich, puis à Allaman. Depuis 1982, il est installé à Premier. Entre les odeurs de vernis, de colle, d’essences de bois et les crépitements d’un fourneau métallique qui trône dans son atelier, Hans-Martin Bader a les yeux qui brillent lorsqu’il parle de son métier.

Des archets baroques (année 1700 environ) au col de cygne différent des archets classiques (100 ans plus tard) aux quatre instruments majeurs du «quatuor à cordes du luthier», le violon, l’alto, le violoncelle et la contrebasse, il pourrait évoquer son art des heures durant. Œuvrant pour des clients fidèles depuis des décennies, tant dans la fabrication que dans la réparation et l’entretien des instruments, l’artisan artiste de Premier est intarissable sur la colle ancestrale qu’il utilise – la même que celle que les Indiens «peaux rouges» utilisaient pour coller les plumes aux flèches, et qui permet de faire naître un instrument «pour mille ans».

Centaines d’heures de travail

«Nos instruments ont une durée de vie aussi longue, c’est donc raisonnable de penser qu’il faut 400 heures pour fabriquer un violoncelle et 200 pour un violon» explique l’artiste. Pour les archets, il utilise les crins de ses propres chevaux, une race à part reconnue pour cette qualité. Quant aux bois principaux des instruments, ils proviennent des forêts alentour, riches en bois de résonance, épicéas et érables en particulier. L’intérieur d’un instrument est l’extérieur d’un tronc, et l’extérieur de l’instrument est le cœur du tronc. C’est là que les veines sont les plus souples et les plus belles.

Elles ressortent d’ailleurs grâce à la coupe longitudinale et au placement symétrique des pièces taillées. Un luthier respecte des règles de l’art séculaires qui le conduisent à travailler avec une précision au dixième de millimètre. «Chaque luthier possède ses secrets, notamment sur ses vernis, explique encore l’artiste. Mon vernis a évolué au long de ma carrière, mais reste en effet un mélange personnel et qui évolue encore». Hans Martin Bader a reçu plus de 100 personnes le weekend passé, par petits groupes. Après leur visite, les yeux des visiteurs ressemblaient à ceux de l’artiste.

Un nouveau livre illustré vient de paraître au sujet de Hans-Martin Bader: «De la charrue au pain, de l’arbre au violon», poèmes de Esther Ekezie et photographies de Patrick Dutoit, 72 pages et plus de 50 photographies, ISBN N° 978-2-8399-1882-4, à commander chez lui ou sur www.poemesetimages.jimdo.com

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