Préparation d’un convoi pour un village.

Séisme au Népal: récit d’une semaine agitée

Samedi 25 avril vers midi, je suis dans la maison de mon épouse à Katmandou lorsque la terre se met à trembler. Il nous faudra plusieurs jours pour mesurer l’ampleur de la catastrophe.

Les secousses cessent. Mon épouse, sa famille et moi sortons de la maison pour nous rendre sur le terrain vague du monastère d’à côté. Plusieurs personnes s’y trouvent déjà et beaucoup vont nous rejoindre. Il y a peu de destruction autour de nous. Quelques réservoirs d’eau se sont cassés et se vident dans la rue. Des fissures sont visibles sur les façades. L’après-midi s’écoule au rythme des répliques. La connexion internet du monastère qui abrite l’institut dans lequel je travaille fonctionne toujours. J’en profite pour rassurer ma famille en Suisse. Nous apprenons alors que les centres historiques des trois principales villes de la vallée, Katmandou, Patan et Bhaktapur ont été sévèrement touchés. Nous commençons à réaliser l’ampleur de la catastrophe. L’épicentre étant à 80 km au nord-ouest de Katmandou, l’inquiétude monte concernant les villages de cette région.

Par précaution, il nous faut rester dehors durant 72 heures. Le monastère, dont la cuisine a subi d’importants dégâts, parvient à organiser la distribution d’eau et de nourriture, et installe un campement pour les personnes du quartier. Nous décidons de faire une rapide expédition dans les maisons pour prendre quelques affaires. Les répliques continuent toute la nuit et nous ne parvenons pas à dormir.
Dimanche, l’électricité et les communications ne fonctionnent plus. A midi, un nouveau séisme frappe le centre du pays. Le compteur des 72 heures est remis à zéro. Nous organisons le campement de manière plus durable et tentons d’établir le contact avec nos connaissances. Nous sommes coupés du monde et ne pouvons qu’organiser la survie autour de nous.

Katmandou fut sévèrement touchée, mais c’est dans les villages reculésque les destructions sont les plus massives et que l’urgence se fait le plus sentir.
L’électricité et les communications ne sont rétablies que mardi en fin de journée. L’approvisionnement en eau commence à être un problème et des nouvelles terribles nous arrivent des villages. 90% des maisons sont détruites. Aucune aide ne leur est parvenue. Certains villages sont inaccessibles par la route à cause des glissements de terrain. Alors qu’à Katmandou 90% des maisons ne présentent pas de danger et que l’approvisionnement en nourriture est assuré.
Beaucoup d’étrangers tentent de rentrer chez eux et le chaos s’installe à l’aéroport. De nombreux avions cargo atterrissent pour apporter de l’aide, mais l’absence d’organisation de l’Etat et le manque d’infrastructures du pays fait que cette aide reste confinée dans la capitale. Le gouvernement semble complètement débordé et va jusqu’à refuser l’aide proposée par d’autres pays. La colère gronde dans la population qui s’inquiète des conséquences que peut avoir la corruption du gouvernement sur la gestion de l’aide humanitaire. Les organisations locales, notamment les monastères bouddhistes, s’organisent pour distribuer des vivres et des tentes dans les villages.

Mercredi, quelques magasins ouvrent leurs portes à Katmandou. La situation s’améliore à l’aéroport, mais les temps d’attente sont longs et beaucoup de vols sont retardés. Nous n’avons pas eu de répliques majeures depuis 24 heures et envisageons de retourner dans nos maisons. Des hélicoptères nous survolent, signifiant que de l’aide est acheminée dans certains villages. Mais le nombre d’hélicoptères est insuffisant face au grand nombre de villages dans l’urgence.
Jeudi, la vie à Katmandou reprend son cours et nos efforts se concentrent sur les villages. Le restaurant de notre institut se transforme en poste de commandement pour organiser et préparer les convois.

Nous faisons notre possible pour acheminer de l’aide dans le village de mon épouse, mais la route est endommagée et il n’est possible d’y accéder qu’en moto. Finalement samedi, une semaine après le séisme, nous parvenons à y envoyer des vivres et des tentes, avec l’aide d’un hélicoptère de l’armée indienne. D’autres villages sont toujours sans aide et nous tentons de faire de même pour eux.

Il faudra plusieurs semaines pour cerner l’ampleur de la catastrophe dans les villages de montagne, et certainement plusieurs mois pour que la situation humanitaire redevienne tolérable et que le pays se mette sur la voie de la reconstruction. Espérons que d’ici là la solidarité internationale ne s’essouffle pas trop et que le gouvernement népalais fasse preuve d’efficacité. Sinon, il est fort probable que la crise humanitaire débouche sur une crise politique.

Vous pouvez aussi aider
Notre ami et collègue urbigène Frédéric Richard vit au Népal depuis une année, en compagnie de son épouse, qui est originaire de ce pays. Il y travaille encore pour quelques mois. Soucieux de participer activement à l’aide à la reconstruction du pays, il récolte vos dons qui serviront à aider les plus démunis et à reconstruire une école, sous sa responsabilité et celle de sa belle-famille. L’Omnibus vérifiera que les dons que vous ferez seront intégralement transmis au Népal.
L’IBAN du compte sur lequel vous pouvez effectuer des dons est le suivant: F. Richard - BCV Orbe CH96 00767 000K 0140 4129