Rue du vieux Lhassa rénovée.

Journal d’un Urbigène en Asie – 4

Après avoir traversé la Russie et la Mongolie, nous voici en escale à Pékin avant de reprendre le train pour le Tibet.
Pékin est vraiment la ville du XXIe siècle. Sa richesse et son dynamisme n’ont rien à envier à New York, son architecture non plus. Le nombre de chantiers en cours est impressionnant. Nous ne restons que deux jours. Juste le temps de visiter la grande muraille, la cité interdite et de se faire une idée de la vie nocturne, avant de reprendre le train pour Xining, la capitale de la province du Qinghai.

Positionnée sur l’ancienne route de la soie, au nord-est du plateau tibétain et à 2275 mètres d’altitude, la ville est à un carrefour ethnique. Chinois d’ethnies Han, Hui (qui sont des Han musulmans), Mongols et Tibétains y habitent. Un peu à l’écart de la ville se trouve le monastère de Kumbum, haut lieu du bouddhisme tibétain puisqu’il fut construit sur le site où naquit le réformateur Tsongkhapa (1357-1419), fondateur de l’école Gelugpa dont les Dalaï-lamas sont issus.

Arrivés le matin, nous ne restons que la journée pour visiter ce monastère ainsi que le musée de la médecine tibétaine. Nous rejoignons ensuite la gare pour notre dernier trajet ferroviaire. Nous traversons le plateau tibétain et roulons pendant plusieurs heures à 5000 mètres d’altitude. Le paysage ressemble à un désert gelé qui n’a rien de très accueillant, mais reste néanmoins fascinant. Certains passagers sont malades. Chaque compartiment du train possède des bornes à oxygène. Il est toutefois préférable de ne pas les utiliser et de tenter de s’habituer à l’altitude.

Nous arrivons enfin à Lhassa après avoir parcouru 15 000 kilomètres sur les rails. Nous y resterons trois jours avant de prendre une jeep pour la frontière népalaise. C’est la deuxième fois que je me rends à Lhassa. Ma première visite, en 2006, avait déjà fait l’objet d’un article dans ce journal. La ville s’est développée. Le vieux Lhassa a été complètement rénové. D’un quartier populaire, il est devenu un quartier chic, aux loyers peu accessibles. Les Tibétains reconnaissent toutefois que le développement économique est positif, même si ce sont les Chinois venus s’installer au Tibet qui en profitent le plus. Ils regrettent toutefois que la situation politique n’évolue pas, mais font néanmoins confiance à l’avenir.

Notre premier jour à Lhassa coïncide avec le jour anniversaire de la naissance du Bouddha. Plusieurs pèlerins font le tour de la vieille ville, en se prosternant tous les trois pas. Cela perturbe le trafic, mais personne ne leur en tient rigueur, car leur dévotion inspire le plus grand respect.

Notre jeep nous emmène dans les hauts lieux du Tibet central. Nous arrêtons au bord du lac Yamdrok pour admirer la clarté de son eau, puis continuons jusqu’au camp de base de l’Everest. Le temps est magnifique et la vue à couper le souffle. Nous admirons le coucher et le lever de soleil sur l’Everest avant de reprendre la route et traverser l’Himalaya. La météo est toujours aussi idéale et nous pouvons voir des aigles voler dans le ciel bleu, avec les sommets enneigés en arrière-plan.

Le plus haut col que nous traversons culmine à 5280 mètres. La route descend ensuite le versant sud de l’Himalaya jusqu’au poste-frontière avec le Népal. Après quelques tracasseries administratives, nous roulons sur les routes cabossées du Népal et arrivons à Katmandou.
35 jours de voyage et un tiers de la circonférence du globe parcouru sans décoller du sol. Certainement un de mes plus beaux voyages. Le rail se développe en Asie et je ne peux que conseiller aux amateurs d’aventure de tenter ce genre d’expérience.

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