Aspmad: une matinée avec le CMS d’Orbe

Qui connaît ce que veut dire cette appellation pour le moins bizarre? (ASPMAD). A moins d’être âgé et encore. Il s’agit de l’Association pour les Soins, la Prévention et le Maintien à Domicile qui entend préserver l’autonomie et l’indépendance de nos aînés. L’Aspmad compte huit centres médico-sociaux dans le district Jura-Nord Vaudois dont des antennes à Orbe et à Vallorbe. Dans l’ancien chef-lieu, 80 collaborateurs dont septante travaillent sur le terrain. L’Omnibus a eu la chance d’en suivre quelques-uns dans leur quotidien grâce à l’invitation du responsable du CMS d’Orbe, Pedro Morales.

Le plaisir de faire des tartes

Il est 8 heures du matin et c’est déjà l’effervescence quotidienne. Il y a là des infirmières et des auxiliaires ainsi que du personnel de bureau pour un service qui fonctionne sept jours sur sept. J’accompagne Véronique Lachaume, infirmière, pour une partie de son programme quotidien. On se rend d’abord à La Rochette où une cliente est suivie car à 92 ans, elle ne peut pas vaquer à tout, même si elle confectionne encore des tartes. Notre infirmière va lui préparer ses médicaments pour la semaine. Elle s’inquiète aussi de savoir comment la dame se porte, lui prenant notamment la pression. Avant elle, une auxiliaire était passée pour enfiler les bas de contention qui démangent un peu notre patiente lorsqu’il fait chaud.

Par bonheur, la résidente peut encore compter sur sa famille pour son ménage, pour ses courses et pour la douche hebdomadaire car à cet âge, ce soin corporel représente un certain danger. Elle prend ses repas au Verger (Hôpital d’Orbe) mais le fait de devoir rester jusqu’à 16 heures (pour des raisons de convivialité et dans le but de briser l’isolement) la contrarie visiblement. Au terme de sa visite, l’infirmière remplira le cahier de santé bleu qui permet de suivre l’évolution de la cliente. Elle fera aussi fonctionner son «barman» mais il ne s’agit pas d’un spécialiste des cocktails mais bien d’un appareil électronique qui détermine le temps passé chez le client, pour des raisons administratives.

Rester à la maison

A l’autre bout de la ville, c’est un couple de futurs nonagénaires qui attend la visite de Véronique que Monsieur apprécie tout particulièrement. Comme lors de la visite précédente, les ainés ont un discours cohérent. Pourtant, l’infirmière me confiera que Madame est perdue lorsqu’elle sort de sa maison ou dans l’urgence. Un récent incident de santé de son mari ne lui a pas permis d’alerter les secours au point que Monsieur est resté une journée entière au sol. Pour sa part, cet ancien banquier, qui ne manque pas d’humour, est atteint de cécité. Si bien qu’il ne regarde plus la télévision et que le bruit le dérange. Son dernier plaisir est de rester dans sa maison et la perspective de terminer sa vie dans un EMS l’effraie. Là aussi, la famille est présente pour remédier aux quelques soucis hebdomadaires. Enfin, Mme Lachaume terminera sa tournée au centre des migrants du Puisoir où un jeune Marocain a été récemment victime d’un traumatisme crânien sévère. Il faut lui faire prendre des médicaments car il a de la peine à le faire dans son contexte et son état.

Livrer et converser

A 10 h. 30, cinq livreurs de repas ont rendez-vous à l’hôpital de Saint-loup pour prendre en charge la livraison qu’ils distribueront aux quatre coins du secteur (Chavornay, Vallon du Nozon et Orbe). Il faut entasser les cartons de repas en fonction de leur distribution pour perdre le moins de temps possible. Un jeune Français, Florian, conduit de manière active. Il est vrai qu’il a une heure pour distribuer le repas car les clients entendent bien être servis avant midi. Le menu comprend une soupe, un plat principal avec légumes (filets de perche, pommes de terre et courgettes ce jour-là) et un dessert. Les plaintes sont rares à propos de la nourriture qui est assez copieuse puisque certaines personnes en font leur dîner et leur souper. Si le livreur ne voit pas toujours tous les clients (livraison devant la porte), il entre en toute confiance chez d’autres qui profitent de l’occasion pour converser un peu avec le jeune homme qui se montre très affable.
Il faut ajouter que le personnel du CMS prodigue aussi des soins de toutes sortes.

Par exemple les auxiliaires viennent en soutien dans le ménage ou à l’heure de la toilette lorsque le client n’est plus en mesure de le faire pour différentes raisons, quel que soit son âge. Il est aussi l’un des répondants au Sécutel, cette espèce de montre qui sert à déclencher l’alerte lorsqu’une personne est en difficultés de santé (chute, accident cardiaque, etc). Un service différent du CSR (Centre Social Régional) auprès duquel on recourt dans la difficulté financière alors que le CMS se préoccupe du bien-être de sa clientèle. Ainsi désormais vous saurez quelles sont les activités des personnes qui sillonnent la région dans leur petite voiture bleue au nom du CMS.

Photo Pierre Mercier