La nouvelle directrice

Une «Chinoise» à la tête de VO Energies

La nouvelle directrice

La nouvelle directrice

Genevoise d’origine, la nouvelle directrice de la compagnie d’électricité régionale a suivi une trajectoire peu ordinaire. Au sortir de ses études à l’EPFL, Martine Favre est l’une des trois filles d’une volée de 70 étudiants. Sa curiosité de savoir ce qui se cache derrière le mot électricité l’a poussée dans cette voie qui lui fera connaître aussi le monde des télécommunications.

Pour son premier job, elle travaille dans un bureau d’ingénieurs dans le domaine de la microtechnique. En 1991, la ville de Lausanne l’engage pour son programme Energie 2000 (économie et énergies renouvelables). Cinq ans plus tard, elle s’occupe du téléréseau de la capitale vaudoise jusqu’en 2010, avec une parenthèse d’un an dans le secteur commercial, puisqu’elle connaît tous les domaines de l’électricité. Elle participe finalement à l’instauration de Citycable (fournisseur d’accès internet de la commune).

Bonne réputation de la Suisse

En 2010, son mari prend le pari d’aller tenter l’aventure de la Chine. Martine l’encourage à saisir cette opportunité même s’ils ne parlent pas le chinois. A Shanghai, la famille découvre un monde inhabituel. D’abord, il s’agit de s’acclimater à une cité de 23 millions d’habitants dans laquelle il faut trouver ses repères et apprendre à vivre dans un milieu si différent de l’Helvétie.

« Leur culture repose sur une longue histoire qui fait que les Chinois ont une expérience de plusieurs centaines d’années. Si bien qu’ils sont sereins et il est reposant de les côtoyer. J’ai appris à les connaître en travaillant pour une entreprise suisse dans le secteur de la géologie. Notre pays est très apprécié puisqu’il a été l’un des premiers à reconnaître le République populaire. J’ai noté aussi que nos diplomates possèdent une certaine aura dans la plus grande nation du monde, ce qui explique les bonnes relations entre les deux pays.

Des intermédiaires nécessaires

Dans leur société, il est important de ne jamais perdre la face. Si bien qu’à l’heure de traiter avec un client, on doit passer par des intermédiaires et ce sont eux qui vont accepter ou pas d’entrer en matière. Ce qui exige une certaine patience, mais il est inutile de vouloir les bousculer, afin de ne pas les atteindre dans leur dignité. Si bien qu’à l’heure de signer un contrat, plus rien ne se négocie, tout est entendu. Les étrangers sont toujours bien accueillis, car on leur reconnaît le mérite de s’être déplacés jusque chez eux.

Nous vivions dans un quartier chinois et nous n’avons jamais eu de difficultés. En plus, nous avions choisi d’inscrire nos enfants (5 et 7 ans et demi aujourd’hui) dans une école du cru où ils ont appris la langue. Par contre, l’écriture ne se maîtrise pas aussi facilement. Pour se nourrir, il y a pléthore de marchés couverts ou de grandes surfaces dans lesquels nous trouvions de tout. Durant ces trois années, nous avons vécu une expérience fantastique qui m’a notamment démontré que les Suisses étaient bien plus frileux à l’égard des étrangers que nos hôtes».

Bientôt Urbigène

Depuis Shanghai, je doutais de pouvoir trouver un emploi lors du retour en Suisse. Par chance et par le biais d’internet, j’ai vu que V.O. Energies cherchait un successeur à M. Madoerin. Comme le cahier des charges réunissait l’essentiel de mes connaissances, j’ai postulé, car cela me paraissait le poste idéal dans une entreprise à taille humaine. Je suis donc revenue en Suisse pour me présenter et pour me voir attribuer cette direction que j’ai reprise au début de ce mois ».

A 49 ans, Martine Favre se réjouit de relever un beau défi dans un contexte très différent de celui de Shanghai. Une dame que vous allez rencontrer prochainement dans nos rues, puisque sa famille a choisi de venir s’établir à Orbe.

Photo Sylvie Troyon

Famille Licini: l’heure de la retraite

C’est lors de la coupe Haldi de twirling-bâton, fin mars dernier, que Rina et Antonio Licini ont tenu leur dernier stand de saucisses. Connus dans toute la région voire au-delà, ils ont nourri des milliers de noctambules lors des bals, fêtes de jeunesse ou manifestations diverses. Cinquante ans à vendre des saucisses ou autres mets au grill. Il n’était pas une fête sans qu’ils ne soient présents quel que soit le temps ou la température. Ils y ont même passé des Nouvel-An à calmer l’appétit de fêtards.

La période Schwarzenbach

« Cela n’a pas toujours été facile. Pendant la période de l’initiative Schwarzenbach (fin des années 60), on nous insultait et nous traitait de «voleurs d’Italiens, de sales magutes». On nous invitait à retourner dans notre pays car «nous mangions le pain des Suisses». Mon mari s’est parfois énervé mais je lui demandais de rester calme. Nous avons assisté à moult bagarres sans jamais être pris à partie comme nous avons vu des scènes rocambolesques.

Je me souviens du dernier carnaval d’Orbe où un jeune a ingurgité sept saucisses de suite. Je lui ai refusé la huitième de crainte qu’il ne soit malade. Plus d’une fois, nous avons manqué de marchandise. En particulier lors des portes ouvertes des Moulins de Cossonay ou lors d’une exposition de vieilles voitures à Etoy. Nous avons été présents pendant vingt ans à la fête des vendanges de Morges et nous avons participé à des mises de matériel d’agriculteurs qui avaient décidé de s’expatrier au Canada», nous dit Mme Licini.

Autant de saucisses de veau que de schüblings

C’est en 1957 qu’Antonio fait connaissance avec ce job. Il donne un coup de main à son frère qui est ouvrier à la boucherie Ogiz à Yverdon. Six ans plus tard, alors qu’il est jeune marié, il décide de tenter l’aventure avec son épouse. Pendant toutes ces années, il offrira non seulement des saucisses mais aussi des côtelettes, des sandwiches, des petites pizzas, des merguez dont les Espagnols étaient friands, ou des hot-dogs, un en-cas qui est toujours très apprécié des jeunes.

Il s’est servi à la boucherie Maire à Chavornay puis chez Bühlmann à Orbe pour la viande. Pour le pain, il a tenté de se fournir à plusieurs endroits pour ne léser personne. Il a vendu autant de saucisses de veau que de schüblings qu’il fallait servir généralement bien grillés mais pas trop chauds. Il n’a jamais été question de cuire autrement qu’avec du charbon de bois car le gaz ne rend pas la saucisse aussi goûteuse.

Avec l’aide de la police

Il a toujours été bien accueilli par les organisateurs de manifestations, en particulier par les sociétés de jeunesse. Il n’a pas rencontré beaucoup de gens malhonnêtes. Il se souvient toutefois d’un client urbigène qui n’avait plus de sous et qui lui avait commandé et pris 10 saucisses qu’il devait payer par le biais d’une enveloppe qu’il glisserait dans sa boîte aux lettres; il attend encore l’argent. Durant les premières années, Madame couchait les gosses à neuf heures et ne revenait que le lendemain matin. Il arrivait qu’Antonio revienne de temps en temps pour contrôler si tout se passait bien. Il n’était toutefois pas seul puisque les policiers urbigènes de l’époque, MM. Mottaz et Steiner, avaient la clef de leur appartement lorsque les parents sévissaient loin de leur base.

Grazie a tutti

«Ce fut une belle aventure même si nous n’avons pas pris de vacances pendant vingt ans car il fallait nourrir nos trois enfants ainsi qu’un fils de ma sœur qui est décédée trop tôt. En ces temps-là, il y avait jusqu’à 30 bals par année à Mathod, presque autant à Bavois». Alors, à l’heure de dire au revoir, les Licini aimeraient remercier tous ceux qui furent leurs clients. Comme nous pouvons leur dire le plaisir que nous avons eu à manger une saucisse sur le coin de leur stand: «Ciao Antonio et Rina, et grazie pour vos 50 ans de service!

Photo Pierre Mercier

Gérald Lenoir.

Gérald Lenoir: «Je m’arrête»

Gérald Lenoir.

Gérald Lenoir.

Gérald est une figure de ce coin du Pays de Vaud, mais pas seulement, car il n’a pas oublié ses racines ormonanes. Un Pays-d’Enhaut dans lequel il retourne de temps en temps pour voir les cousins ou les connaissances puisqu’il a le don d’aborder quiconque pour s’en faire un «pote». Car qui ne connaît pas l’assureur de la Vaudoise. Sa bonhommie comme ses frasques l’ont rendu célèbre. Malgré cette vie débridée et très active, cela ne l’a pas empêché d’être un conseiller en assurances hors pair. «A peine avait-il commencé de travailler pour notre compagnie (1969) qu’il figurait en tête des meilleurs agents sur le plan national, deux ans plus tard. Un classement dans lequel il a souvent figuré au Top-10 au point d’être un ténor de notre société. Ses clients s’assuraient plus auprès de Gérald que de la Vaudoise», nous dit son ancien patron Bernard Randin. En effet à 74 ans, le citoyen de Chavornay a décidé de mettre définitivement un terme à son activité professionnelle.

44 ans de service

«Je n’avais jamais imaginé m’épanouir dans ce métier. J’étais monteur aux Câbleries de Cossonay et oeuvrais souvent sur les barrages valaisans avant de bifurquer complètement. Il est vrai que mon vaste réseau de copains m’a donné une certaine aisance dans le contact. A 65 ans, j’ai eu un peu peur de l’inactivité. C’est pourquoi j’ai proposé de poursuivre mon travail. Pourtant, la modernisation des méthodes de travail ont eu raison de mon enthousiasme, moi qui n’ai jamais utilisé un ordinateur de ma vie!», ajoute Gérald. Les souvenirs de ces quarante-quatre années demeurent très vivaces. Notamment lorsqu’il se rappelle qu’il était resté parmi les meilleurs vendeurs alors qu’il faisait ses visites en vélomoteur car privé de son «bleu» pendant huit mois!

Virée en solitaire

Désormais, il se contentera de petites tournées matinales jurassiennes, entre Nyon et La Chaux-de-Fonds, en faisant un crochet en France voisine jusqu’à Besançon. Seul au volant de sa voiture, il se balade tout en rencontrant quelques amis, à gauche ou à droite. La télévision lui prend une partie de son temps. Cela va du documentaire aux reportages sportifs. Lui qui fut un excellent footballeur ne va plus voir de match car il estime que le niveau de jeu a nettement baissé et déplore l’attitude de certains spectateurs sur le bord des terrains.

Merci Monique

Il n’aimerait pas terminer ce chapitre sans remercier sa femme Monique qui a fait preuve de beaucoup de patience et d’indulgence à son égard. Pour illustrer le propos, il s’est souvenu d’une des anecdotes qui peuplent en nombre sa vie de bon vivant. « Une fin d’après-midi alors que je venais de faire signer un contrat juteux, un ami m’a rejoint par hasard à la Croix d’Or à Orbe. Lui racontant mon affaire, il me suggère d’aller fêter cela à Paris. Il était 17 heures, 6 heures plus tard nous étions à Paname par TGV. Avec une nuit de folie à la clef. A 6 heures du matin alors que Paris s’éveillait, nous sommes retournés chez nous en train. Arrivé à Chavornay, mon épouse m’accueillit fraîchement. «D’où viens-tu? me dit-elle. «De Paris» lui répondis-je! «Vas te coucher, grand menteur», ajouta-t-elle. Et croyez-moi je ne me suis pas fait prier pour aller me refaire une santé!».

Photo Pierre Mercier

Au centre, Pierre Marendaz décrit les membres de la Municipalité dans les années 1950 à Eliane Piguet, municipale à gauche et Roger Augsburger, syndic à droite.

Mathod: Pierre Marendaz a fêté ses 90 ans

Au centre, Pierre Marendaz décrit les membres de la Municipalité dans les années 1950 à Eliane Piguet, municipale à gauche et Roger Augsburger, syndic à droite.

Au centre, Pierre Marendaz décrit les membres de la Municipalité dans les années 1950 à Eliane Piguet, municipale à gauche et Roger Augsburger, syndic à droite.

Son grand-père avait exercé la charge de syndic de Mathod. Son père aussi. Pierre Marendaz fêtait le 11 mars ses 90 ans, lui qui fut durant 20 ans municipal de sa commune, de 1949 à 1969, puis syndic de 1969 à 1985. Un très alerte nouveau nonagénaire qui a vécu toute sa vie à Mathod, un village pour lequel il s’est beaucoup dépensé et investi. Pierre Marendaz devrait écrire ses anecdotes, car il en a à revendre. Sur la commune tout d’abord: tout jeune, dans les années 1930, il se souvient d’être allé à la pêche avec son grand-père, lui muni d’un bâton et son grand-père d’une hotte.

À la pêche certes, mais pas n’importe comment ni n’importe où puisque c’était dans les marais qui recouvraient alors la Plaine de l’Orbe. Et pour parvenir à ses fins, le grand-père couchait sa hotte dans l’eau, demandant à son petit-fils de remonter un peu le courant en tapant avec son bâton dans l’eau, ce qui provoquait l’arrivée automatique des perchettes dans la hotte. Il se souvient aussi de l’assainissement des marais justement, débuté ou plutôt repris complètement après des années sans succès au début de son activité à la Municipalité et qui se termina en 1990. Un travail gigantesque qui apporte encore à la commune un atout supplémentaire. Au niveau professionnel, il se souvient très bien d’avoir dû arracher toutes ses vignes en 1956. Non seulement elles avaient gelé, mais il y avait alors trop de vin en Suisse et la Confédération encourageait cet arrachage par des subventions.

On replante en vignes

Repassant de la vigne aux betteraves, c’est en 1983 seulement qu’après de multiples péripéties administratives et humaines le domaine pourra être replanté en vignes. La description des fonctionnaires fédéraux débarquant pour inspecter les terres en compagnie d’un chef de service cantonal légèrement apeuré et qui reste dans la voiture mériterait à elle seule un récit complet. Il faut dire que ce chef avait dit non, alors que la compétence était exclusivement fédérale et… qu’il venait lui-même de la Côte vaudoise… riche en vignes.

«Si on se tenait un peu plus dans les carnotzets pour discuter plutôt que de multiplier les règlements, on avancerait sans doute mieux», déclare le jubilaire, pas très convaincu de la toute-puissance de l’administration actuelle et qui continue à voir ses amis tous les mardis à 11 heures à Yverdon-les-Bains, perpétuant un rituel qui date de très longtemps. C’est en compagnie du syndic Roger Augsburger accompagné de la municipale Éliane Piguet, ainsi que de son fils Daniel Marendaz, que le jubilaire a fêté son anniversaire. Ou plutôt refêté, puisqu’il avoue que sous différentes formes, la fête a duré trois jours. Relevant ses qualités et son engagement pour la commune, Roger Augsburger l’a remercié et lui a souhaité une bonne nouvelle dizaine d’années pleines de santé et de joies.

Photo Olivier Gfeller

Francine Manière.

Vallorbe: vingt années au secrétariat du Conseil communal

Francine Manière.

Francine Manière.

Le 15 février 1993, il y avait très exactement 20 ans, Francine Manière fonctionnait pour la première fois comme secrétaire du Conseil communal de Vallorbe. Le poste étant vacant, c’est le président du Conseil d’alors, Jacques – André Chezeaux, qui s’est approché d’elle pour lui proposer la fonction. Comme, dans sa famille, on avait déjà largement donné en politique – son papa fut conseiller communal, puis conseiller municipal durant 16 ans – et comme elle ne souhaitait pas «entrer en politique partisane», elle accepta cette charge pour participer à la vie publique locale. Cette maman de deux garçons, tous deux tournés vers le football, qui a longtemps travaillé dans la banque et se consacre maintenant professionnellement aux questions d’état-civil dans la nouvelle organisation cantonale, considère en effet que «quand on souhaite être secrétaire d’un Conseil communal, il faut être né (e) dans la commune concernée, ou y avoir des attaches personnelles, mais surtout participer à la vie villageoise en général». Difficile en effet de comprendre les enjeux de certaines prises de position politiques sans ressentir de l’intérieur les conséquences potentielles de telle ou telle décision ou avoir une idée du sens dans lequel la population semble s’orienter.

Vingt présidents, trois syndics et autant de préfets

Au cours des 20 dernières années, Francine Manière aura «usé» 20 présidents du Conseil, 3 syndics, autant de préfètes et préfets, sans compter les très nombreux municipaux et membres du Conseil avec lesquels elle a travaillé. «On oublie souvent que la charge de secrétaire d’un Conseil communal ne consiste pas «simplement» à tenir un procès-verbal des décisions et discussions» précise Francine Manière. Et de rappeler qu’à ses débuts dans la fonction, les premiers présidents qu’elle a vus passer contrôlaient tout jusqu’aux dernières virgules. Plus récemment, certains ne contrôlent plus grand-chose et font confiance ou d’autres encore, plus forgés à l’aune de l’autonomie personnelle, estiment que la teneur du PV relève de la seule responsabilité de la secrétaire. «Au départ, on tenait des PV résumés des principales discussions. Mais certains orateurs étaient froissés de ne pas toujours y retrouver les mots prononcés, si bien que finalement on a opté pour un PV intégral, publié en plus dans le journal local. ça rend la tâche plus lourde, mais au moins le choix toujours subjectif de ce qui doit ou ne doit pas être transcrit n’est plus offert». À côté de sa fonction au Conseil, le ou la secrétaire est aussi la gestionnaire administrative du corps délibérant communal. Ainsi que l’organisatrice en chef de toutes les votations ou élections qui se déroulent durant son mandat. Francine Manière relève qu’en 20 ans, elle n’a jamais raté une séance du Conseil et a dû manquer une seule votation «pour cause de collision avec la confirmation de son fils». Tous les aspects organisationnels de la fonction sont souvent méconnus pour ceux qui s’imaginent pouvoir la remplir. «En plus, il faut ajouter au programme chaque année plusieurs week-ends ou au moins plusieurs dimanches, surtout lorsque des élections sont prévues», ajoute Francine Manière.

La politique locale change

Celle qui songe à abandonner sa fonction dans un avenir à moyen terme, «peut-être pour se consacrer cette fois à la politique de l’intérieur en se présentant à des élections», estime que la façon de faire de la politique locale a changé. «Avant, les débats étaient réels et vivants lors du Conseil lui-même. Maintenant, les débats sont rares, voire très rares, comme si toutes les décisions étaient entérinées lors des séances de groupe ou en dehors de l’hémicycle. En plus, on ne sent plus vraiment d’opposition d’idées ou de principes politiques, mais plus la sauvegarde d’intérêts précis et concrets» précise-t-elle. Elle trouve cette évolution regrettable, dans la mesure où le débat apportait quelque chose, chacun, même les opposants, finissant par se réunir autour d’un verre une fois la question votée. Il semble aussi que sur le plan formel, la séparation des pouvoirs entre l’exécutif et le délibérant devienne de plus en plus théorique. «Peut-être cela provient-il de la complexité croissante des questions abordées, ou du caractère plus ou moins fort du président du Conseil» estime Francine Manière, qui déplore cette tendance. Son poste n’est pas à pourvoir, mais le jour venu, celle qui aura été de l’organisation de toutes les manifestations du Conseil pendant plus de deux décennies manquera et le ou la future titulaire devra faire sans cette immense expérience pratique de la charge.

Photo Olivier Gfeller

Janine et Pierre Roemer.

Orbe: des libraires-épiciers passionnés

Janine et Pierre Roemer.

Janine et Pierre Roemer.

Ils se sont tellement bien intégrés à Orbe, qu’on penserait qu’ils y habitent depuis toujours, pourtant ils n’y résident que depuis 2007.

Pierre et Janine Roemer, de Romainmôtier, en voyant la construction des immeubles de la rue des Terreaux ont tout de suite pensé que ce serait idéal pour leurs vieux jours. Ils y adorent surtout la vue sur le Jura, de Premier à Mauborget.

Leur vie a été très remplie, comme le témoignent les multiples albums de photographies et les nombreux objets confectionnés par Janine Roemer au gré de ses passions; elle a fait de la peinture, du macramé, des montages photographiques. Lui a plutôt collectionné les livres et a écrit sur des périodes de sa vie qui lui tenaient à coeur ou le tourmentaient.

Nés dans les années trente, Pierre est né à Genève mais a passé la plus grande partie de son enfance à Neuchâtel et Janine est de Lausanne. Sa passion des livres est venue de son apprentissage de libraire. Ce n’était pas son premier choix mais à l’époque une jeune fille ne pouvait pas faire tout ce qui lui plaisait. Elle aurait aimé faire céramiste, horticultrice ou fleuriste, mais soit cela ne se faisait pas ou sa maman trouvait que ce n’était pas pour elle.

Longue histoire d’amour

Elle s’est mariée très jeune, a eu deux enfants , mais a assez vite divorcé et travaillait chez Payot pendant les heures scolaires. C’est là qu’elle a rencontré Pierre. Il était marié et père de deux enfants également. Il avait passé un diplôme commercial et aurait aimé faire des études, mais était pressé de quitter sa famille. A la librairie Payot, il faut noter qu’il a été le premier et le plus jeune, non issu de la famille Payot, a être nommé comme chef du service de diffusion. Ils se sont mariés en 1971 et ne se sont plus quittés, il est rare de les rencontrer l’un sans l’autre.

Ils ont d’abord acheté une maison de vacances en France voisine, Janine rêvait d’habiter à la campagne. Ils se souviennent qu’au début il n’y avait pas d’eau ni de sanitaires. On allait à tour de rôle chercher l’eau à la fontaine, les enfants râlaient mais en gardent de bons souvenirs. Ils ont décidé ensuite d’habiter d’une manière permanente à la campagne et ont trouvé une maison à Montricher. Janine était heureuse, elle pouvait s’occuper de son jardin et ainsi retrouver sa passion de jeunesse. En plus, dans le corridor, ils avaient installé une petite librairie.

Première épicerie

Pierre Roemer n’était pas carriériste, et quand l’occasion s’est présentée, il a quitté son travail pour ouvrir une première épicerie à Montricher. Il aime les défis, car il a donné sa démission avant même d’être sûr qu’ils obtiendraient les crédits nécessaires et les locaux convoités.

Seconde épicerie

Six mois plus tard, une épicerie est à remettre à Romainmôtier et ils n’hésitent presque pas... Madame s’occupe de celle de Romainmôtier et monsieur de celle de Montricher. Quelques années plus tard, elle crée au premier étage une librairie, «le Pied-du-Jura». Toujours intéressée par le métiers de la terre, elle se spécialise dans ce domaine. Elle organise des expositions thématiques, crée elle-même son catalogue (sans ordinateur) et obtient une certaine réputation. Elle a arrêté à 70 ans, en 2001, car elle ne voulait pas se mettre à l’informatique. Ils travaillaient six jours sur sept et le dimanche Pierre s’occupait de la comptabilité et de la gestion des stocks.

Actifs également dans des associations, ils ont fait partie de l’ARAVOH, Pierre Roemer a été président de l’AVIVO et actuellement, il passe encore cinq fois par semaine dans le locaux de l’Evam (Etablissement vaudois d’accueil des migrants) à la rue Sainte-Claire. Ils ont onze petits-enfants et deux arrière-petits-enfants, «pour le moment» précisent-ils.

Photo Natacha Mahaim

Julia Maillefer

Ballaigues: soigner le trac du musicien

Julia Maillefer

Julia Maillefer

Julia Maillefer vient de Ballaigues, son patronyme l’indique. Elle a effectué toutes ses classes à Vallorbe, puis au gymnase d’Yverdon-les-Bains, avant de se diriger vers l’Université de Lausanne où elle a suivi le cursus pour obtenir un Master en psychologie. Un domaine qui lui a toujours paru important, elle qui s’intéresse aussi bien au fonctionnement psychologique de l’être humain qu’à son pendant physiologique.

Au sortir de sa formation académique, elle a effectué quelques années de recherche, au cours desquelles la question du «trac du musicien» a occupé une place centrale. Une question qui la préoccupait aussi à titre personnel, puisqu’elle pratique la musique depuis son plus jeune âge, d’abord classique et depuis quelques années dans un groupe plus jazzy. Pour parfaire ses connaissances dans ce domaine, elle s’est ensuite tournée vers une formation spécifique en France, pays dans lequel existent des structures entièrement dédiées à la santé des artistes, comme la Clinique du musicien, et de la performance musicale à Paris.

C’est dans ce contexte interdisciplinaire que Julia Maillefer a complété sa formation dans le domaine spécifique de l’assistance aux artistes, aux musiciens en particulier. Revenue en terre romande au CHUV, elle y a exercé sa pratique générale de psychothérapeute, ceci pendant plusieurs années avant d’ouvrir son propre cabinet de psychothérapie.

Des méthodes spécifiques

C’est par la mise en oeuvre de thérapies cognitivo-comportementales que Julia Maillefer peut aider le musicien qui doit souvent gérer, en plus d’un trac fréquent proche de l’anxiété, un stress dû à la profession. Horaires, voyages, pression constante pour réaliser une performance de qualité, vie de famille souvent lacunaire, précarité professionnelle, etc. sont autant de facteurs générateurs qu’il convient de maîtriser. Si certains y parviennent, d’autres, notamment parmi les plus jeunes et aussi parmi les élèves des conservatoires, subissent des blocages psychologiques qui les empêchent de développer au mieux les facettes de leur talent et du travail qu’ils accomplissent.

Les thérapies utilisées reposent sur la préparation d’une sorte de bilan personnel et la mise en œuvre consécutive de «travaux à domicile» que les patients doivent effectuer de façon graduelle pour parvenir à retrouver une certaine sérénité. Les émotions et leur gestion, les pensées et leur ajustement et le comportement personnel et ses correctifs sont au coeur de ces techniques. Les résultats sont très encourageants, même si cette discipline spécifique aux musiciens reste encore très peu connue et très peu pratiquée en Suisse. «Il existe une sorte de courbe du trac, explique Julia Maillefer.

L’idéal est de parvenir à un optimum de trac, ni trop ni trop peu, pour que ce dernier ait encore un effet positif sur la performance.» Sa spécialité est proche de la psychothérapie sportive, sinon que dans cette dernière discipline, les manifestations physiologiques du trac disparaissent plus facilement avec l’exercice physique pratiqué. Chez le musicien d’orchestre assis sur sa chaise, la dépense physique est en effet moindre.

Étonnante et passionnante spécialisation professionnelle pour cette jeune femme de Ballaigues qui avoue, lorsqu’elle pratique la musique «avoir en principe encore un bon trac!».

Photo Olivier Gfeller

Une femme au grand coeur.

Chavornay: un cœur généreux

Une femme au grand coeur.

Une femme au grand coeur.

Si vous cherchez Marie-Louise Romanens par Chavornay, vous ferez chou blanc. Par contre, si vous mentionnez Marie-Lou, immédiatement tous les doigts seront pointés en direction de la rue du Château. Là, vous arrivez devant une maison hautement colorée de géraniums et de bégonias, où l’accueil est chaleureux. A partir de là, vous entrez dans un monde à part empli de générosité, de simplicité et de fraîcheur. Votre hôtesse vous installe confortablement dans son jardin tout en vous contant l’historique de chaque objet de décoration.

Parler de soi n’est pas un exercice facile pour elle, mais, une fois le moment de gêne passé, la voilà plongée dans ses souvenirs. Native de Chavornay, elle passe toute son enfance près de l’église avec ses parents et ses frère et sœur. Elle suit sa scolarité au vieux collège, avec au final, en dernière année, l’école ménagère réservée aux filles. Son apprentissage de vendeuse à la Placette (Manor) lui permet de découvrir la capitale, Lausanne. Mais rien n’est plus beau que son village, d’autant plus qu’au fameux «bal des poulets», dit-elle en riant sous cape, son cœur bat la chamade pour le plus beau des jeunes hommes présents, Roger, son gentil mari. De leur union, naîtront deux filles, Chantal et Mireille. Au fil du temps, la famille s’est enrichie de six petits-enfants, dont l’un d’eux lui rend bien service pour naviguer sur le net.

Au service de la commune

Dès l’âge de douze ans, Marie-Lou travaille chez la famille Tröch, qui tenait à l’époque la pharmacie. Après l’école, elle va servir le thé et faire la vaisselle du dîner. Sa serviabilité, sa disponibilité sont de notoriété publique et la commune, entre autre, est consciente de sa chance. Elle tient la perle rare et en prend bien soin. Elle sera appelée pour toutes sortes de tâches: sonner les cloches aux enterrements, servir lors des inaugurations et même cirer les chaussures au pavillon des militaires. Sa plus grande fierté est, tout de même, le repas de fin d’année des employés communaux où les «pèdzes» finissaient dans son carnotzet. Pour chaque occasion, elle est secondée soit par la voirie ou des dames du village.

«J’ai eu beaucoup de plaisir avec tous et je n’ai jamais eu d’histoires.» précise-t-elle, que ce soit avec les syndics de Ernst à Leuenberger, les municipaux ou les employés communaux. Son préféré reste Monsieur Blanchet, chef du personnel à l’époque. Les dernières années, elle s’occupe du nettoyage du Collège du Verneret jusqu’en octobre 2010 où enfin la retraite lui tend les bras. Son dernier vœu était de pouvoir festoyer cet événement dans la «belle» grande salle du conseil. Chose fut faite à son plus grand plaisir. A l’heure actuelle, Marie-Lou garde encore un pied dans la course en lavant les linges de l’école et de rajouter: «Je ne suis jamais remontée. Cela me fait trop mal au cœur.»

Loisirs en toute simplicité

Même si le travail occupait une grande place dans sa vie, elle a su aussi goûter aux plaisirs simples pour se ressourcer. Pendant quarante ans, elle a suivi le monde des chevaux avec Roger, ancien Dragon, d’abord à Yverdon-les-Bains, puis à Avenches. Maintenant le dimanche, ils font la tournée des chalets d’alpage fribourgeois. Et ses deux passions personnelles sont d’une part les lotos, qui n’ont plus de secret pour elle, et son jardin, son petit coin de paradis.

Photo Mary Lucchino

Robert Graf en compagnie du syndic Claude Recordon.

Robert Graf a 90 ans: un banquier pas sans intérêt

Robert Graf en compagnie du syndic Claude Recordon.

Robert Graf en compagnie du syndic Claude Recordon.

La visite qu’a effectuée le syndic Claude Recordon à M. Robert Graf au ch. des Vignes à l’occasion de son 90e anniversaire se voulait tout aussi amicale qu’officielle puisque le premier avait succédé à l’heureux nonagénaire à la tête de la Banque Vaudoise de Crédit à Orbe au milieu des années 1980. C’est dire que bon nombre d’anecdotes ont été évoquées lors de cette rencontre, mais certaines sont encore estampillées « du fameux secret bancaire!»

Le couple Graf fait partie des 3 familles urbigènes dont les deux époux peuvent célébrer cette année leur 90e anniversaire, comme M. et Mme Pierre Tosetti et M. et Mme Louis Viret.

En présence de sa femme Germaine et de ses petits-enfants, Robert a évoqué avec une retenue toute «bancaire» quelques faits de sa vie, mais avec un humour un peu british qui a peut-être dû laisser pour compte quelques clients!

Né à Vallorbe, il est tombé très jeune dans la marmite du crédit puisqu’il y a fait son apprentissage à la BCV. Et après un mariage dans cette même cité du fer, le couple déménage à Lausanne où Monsieur Graf se retrouve au Crédit Suisse pendant 6 ans, avant de s’en aller du côté de Moudon pendant 15 ans à la Banque Populaire de la Broye.

C’est dans cette localité moudonnoise qu’il se sentira le mieux intégré et cela se concrétise notamment par 8 années d’engagement au sein de la municipalité. On le retrouvera encore boursier communal de Vucherens et gérant-caissier de la société de laiterie pendant près de 20 ans.

Désigné pour reprendre la direction de la banque Union Vaudoise de Crédit à Orbe en 1970, il poussera sa nostalgie en appelant sa villa «la moudonnoise»! Il se souvient aussi avoir payé son terrain au ch. des Vignes au prix de Fr. 20.–/m2. Il restera pendant 17 ans à la tête de cet établissement devenu ensuite la Banque Vaudoise de Crédit et qu’il cèdera son poste à notre syndic. C’est depuis-là que lui manquera le contact avec les gens.

On n’en apprendra pas beaucoup plus sur les occupations annexes de Robert, si ce n’est qu’il aimait bien s’occuper de jardinage et qu’il a fait quelques voyages notamment à l’Ile Maurice, au Portugal et en Italie, de même que du côté d’Arbois en France voisine. Passablement diminué de la vue, mais pas du coude précise-t-il, il doit se contenter des informations quotidiennes à la TV; il ne souhaite d’ailleurs pas tenter une nouvelle opération car, en bon banquier, il ne veut pas «ruper son fric». Quant à sa longévité, il aime à dire «moi je suis de 1922 et il y a longtemps que ça dure».

En quittant M. Robert Graf et son épouse Germaine encore tous deux bien vaillants, on se dit que la vie a accordé à ce couple un crédit à long terme avec un très bon retour sur investissement et qu’à l’heure du bilan, tout n’est que bénéfice.

Félicitations et meilleurs vœux de santé.

Photo Paul Gremion

Jean-François Tosetti

Montcherand: Jean-François Tosetti prend sa retraite

Jean-François Tosetti

Jean-François Tosetti

«A Montcherand, beaucoup de gens me connaissent, mais je ne crois pas que grand monde sache exactement quelle est mon activité professionnelle. Je pars le matin quand le paysan est déjà dans ses champs, et souvent le soir je rentre tard alors qu’il va se coucher». C’est en ces termes que s’exprime Jean-François Tosetti, membre de la direction du Centre patronal vaudois et résident de Montcherand depuis très longtemps.

L’Omnibus a eu l’occasion de rencontrer celui qui préside plusieurs sociétés ou associations locales ou régionales, car il est sur le point de prendre sa retraite après plus de 40 années passées au service des entrepreneurs, des professionnels et des artisans du canton. Licencié en sciences économiques de l’Université de Lausanne en 1972, Jean-François Tosetti a rejoint la même année les Groupements patronaux vaudois. Et chose assez rare pour être notée, il n’a jamais changé d’employeur, puisqu’il quittera le Centre patronal le 30 juin 2012.

Il semble qu’en entrant comme en religion dans cette activité de service aux professions les plus diverses du canton, Jean-François Tosetti ait véritablement trouvé la voie qui lui convenait. Pour lui, le contact humain est très important, sans doute plus encore que les «business plans» ou les montagnes de chiffres impersonnels. Pour cet Urbigène de naissance, la place de l’humain dans l’entreprise est centrale. Il conçoit son action au sein d’un système libéral véritable, celui qui précisément prône les valeurs de liberté et de responsabilité et tient comme inaliénables les droits fondamentaux de l’être humain dans ce système qu’est justement le droit à la liberté et à la propriété.

Un quart de siècle au service des associations

De 1972 à 1996, Jean-François Tosetti, en qualité de secrétaire patronal, s’est occupé avant tout de multiples associations professionnelles. Il se souvient d’un de ses premiers rendez-vous professionnels dans la Broye pour s’occuper des bouchers: il avait été fixé le dimanche à 9 heures du matin, «car à l’époque il n’était pas question de fermer un commerce un samedi, ne serait-ce qu’un moment». A l’époque, les Groupements patronaux vaudois employaient déjà 98 personnes (contre plus de 250 aujourd’hui). Et le nombre de mandats était déjà très important. Ce groupement, dès l’origine, n’a pas été conçu comme un simple syndicat patronal défendant des intérêts bien déterminés.

Au contraire, il s’agissait véritablement d’une interface dotée de capacités internes diversifiées permettant aux professionnels d’une branche donnée de se regrouper et de traiter ou faire traiter certaines problématiques pour le profit de l’ensemble des membres. Parmi les professions que Jean-François Tosetti a bien connues, on compte aussi bien les confiseurs que l’hôtellerie-restauration, les ramoneurs, les garagistes, les mécaniciens ou les électriciens-autos, les marchands de cycle, les transporteurs routiers, etc. Si beaucoup de choses ont changé durant les 40 dernières années, les problèmes de base subsistent selon Jean-François Tosetti. Parfois même, ils sont amplifiés. On pense en particulier à tout le domaine du perfectionnement professionnel, à celui de la formation, à la lourdeur de l’administration pour une petite PME.

Le département des associations s’occupait à l’époque (et continue de le faire) du secrétariat du groupement professionnel et de la tenue des assemblées, mais ceci ne représente qu’une très petite partie des tâches d’un secrétaire patronal. Il est très souvent amené, grâce à ses connaissances d’une branche particulière, à aider à résoudre certains types de problèmes particuliers. Jean-François Tosetti cite en exemple celui des ramoneurs. «A un moment donné s’est posée la question du contrôle officiel des émanations des cheminées par rapport à des normes environnementales nouvelles. Or qui mieux que les ramoneurs avaient accès aux cheminées et surtout connaissaient leur existence?

C’est ainsi que leur profession, avec l’aide du Centre patronal, a suggéré au canton de déléguer cette compétence de contrôle. En échange de cette responsabilité officielle nouvelle, les ramoneurs ont dû organiser des cours de perfectionnement pour leurs membres. Et au milieu de tout ça, le Centre patronal est intervenu pour faciliter la mise sur pied de la nouvelle organisation.» Les exemples sont multiples dans lesquels ce type d’interventions a eu lieu.

Plus de 15 ans à la direction

Jean-François Tosetti de poursuivre: «Je dis souvent aux jeunes secrétaires patronaux qui entrent au service du Centre que leur tâche n’est pas limitée : ils doivent penser à tout, y compris aux nappes sur les tables lors de certaines circonstances. C’est un métier qui ne s’apprend que sur le tas, mais qui réserve de très bons moments. J’aime à dire que j’ai été un « mécanicien en mécanique sociale». Dans la seconde période de mon activité professionnelle, j’ai siégé dans nombre de comités et d’associations professionnelles et exercé une activité de management au Centre patronal. Un Centre qui grandit et dont le nombre de mandats ne cesse d’augmenter.

Il existe actuellement quantité d’organisations de promotion ou d’aide au développement d’entreprises. Je pense en particulier aux Coopératives de cautionnement, au sein du conseil desquelles j’ai siégé et qui, même si elles ont une dénomination un peu désuète, sont des relais particulièrement importants et modernes pour l’octroi de crédits bancaires. Dans le canton de Vaud, sans elles, nombre d’artisans ou de professionnels n’auraient pas pu ouvrir un commerce, l’agrandir, le racheter ou compléter son offre. C’est un volet souvent mal connu, mais qui aide aussi les start-up qui se trouvent dans le parc de l’EPFL, par exemple.

A l’heure prochaine de prendre sa retraite, on n’a pas franchement de souci à se faire pour l’emploi du temps de Jean-François Tosetti. Il va conserver certains mandats et en développer d’autres, en particulier celui qu’il exerce depuis 2011 comme trésorier au sein du Comité de la Société des Amis du Château de La Sarraz. De grands projets sont en gestation concernant le Château. Mais qui dit projets dit finances, et dans cette optique, pas de doute que la présence de Jean-François Tosetti sera d’un grand secours. On ne sait donc pas si on peut lui souhaiter une bonne retraite, tellement son emploi du temps dès juillet sera chargé.

Photo Olivier Gfeller

Paul Segessenmann

Orbe: Segess s’en va

Paul Segessenmann

Paul Segessenmann

Après 31 ans passés au service de la commune d’Orbe, Paul Segessenmann a passé le flambeau à Valéry Martin. C’est une figure de l’administration urbigène qui quitte ses fonctions, à peine a-t-il pris possession de ses bureaux dans l’Hôtel de Ville nouvellement aménagé.

Sans regret, même s’il considère que son travail l’a passionné. «J’aimais la chose publique, non pas dans son approche politique, mais bien dans la nécessité d’équiper la localité et de relever les défis que nécessite une ville qui n’a pas cessé de grandir». C’est le 1er mai 1981 qu’il quitte un bureau yverdonnois de géomètre pour reprendre le bureau technique d’Orbe, qui cherchait un ingénieur civil. «Si j’avais des connaissances du génie rural par mon emploi précédent, d’autres domaines m’échappaient complètement comme celui du gaz».

Création d’Urbagaz

«D’emblée, il a fallu réorganiser partiellement le service. Le chef de la voirie (M. Burnand) s’en allait et ma proposition de le remplacer par Georges Savary a été acceptée par la Municipalité, dirigée par Georges-André Millioud. Devant l’extension de la localité, il a été nécessaire aussi de créer le Cube (constructions, urbanisme et bâtiments), car sa gestion devenait de plus en plus absorbante.

En 1992, un nouveau défi m’attendait avec la création d’Urbagaz. Grâce aux syndics Recordon et Ballif, les communes d’Orbe et de Chavornay se mettaient d’accord pour créer un réseau de distribution de cette source énergétique. Même si la régionalisation n’était pas encore de mise, neuf communes environnantes vont s’affilier au projet.

Cela me rappelle une anecdote. Les communes d’Agiez et de Bofflens avaient ouvert une fouille pour raccorder leurs stations d’épuration. Nous avons profité de cette opportunité pour installer un tuyau supplémentaire au cas où Bofflens émettait le besoin d’être raccordé au gaz. Mais nous n’avions pas demandé l’avis du Conseil communal qui a finalement accepté la dépense de vingt mille francs alors que la conduite était déjà posée, non sans nous tirer les oreilles pour avoir pris les devants sans son avis».

Station d’épuration à plus de 25 millions

Un autre fait d’importance a été la mise en valeur du réservoir du Buclars pour l’alimentation en eau de la ville. A l’heure actuelle, le projet Ripo est une autre initiative d’importance avec Essert Pittet et Chavornay pour une conduite d’eau qui devrait aussi servir aux Etablissements de la Plaine de l’Orbe. Il en va de même pour l’agrandissement de notre station d’épuration qui accueille déjà les boues de douze communes comme celles du Vallon du Mujon ou de Chavornay et qui pourrait aussi accueillir le traitement des eaux usées.

Un projet qui servira également les entreprises Nestlé et Hilcona et qui se chiffre à plus de 25 millions de francs pour répondre aux besoins de chacun, dans la perspective des années 2030.

Aiguisage coûteux

A l’heure de quitter ses fonctions, Paul Segessenmann relève qu’il a eu le privilège d’œuvrer dans des domaines aussi divers que le réseau routier, les bâtiments, la voirie, l’éclairage, l’épuration, l’eau ou le gaz. Ce qui a toujours rendu son travail intéressant.

Avant de goûter à une retraite bien méritée, Segess a bien voulu nous narrer un souvenir rocambolesque du service voirie qui avait confié à deux gitans le soin d’aiguiser tous les couteaux, scies et objets coupants pour un prix défiant toute concurrence. C’est à l’heure du retour des objets que les choses se sont corsées. En effet, la facture était passée de Fr. 600.- à Fr. 6’000.- car il y avait eu mésentente sur le prix de base et il a fallu toute la compréhension du boursier de l’époque (G. Rozay) pour que la pilule soit avalée, difficilement et non sans quelques noms d’oiseaux!

Dr. Christian Dante.

Vallorbe: le Dr Danthe prend sa retraite

Dr. Christian Dante.

Dr. Christian Dante.

Il avait ouvert son cabinet à Vallorbe en 1977, et c’est le 31 mars 2012 que le Docteur Christian Danthe va cesser d’exercer sa profession. Originaire de Prilly, le Docteur Danthe est issu d’une famille modeste.

«Mon père était employé communal, en plus par temps de crise »précise-t-il. Ayant suivi toute sa scolarité à Lausanne, il a obtenu à l’Université de cette ville son diplôme de médecin en 1971. Puis durant quelques années, il a complété sa formation en obstétrique, gynécologie, chirurgie, psychiatrie, pédiatrie. A l’époque, un peu comme actuellement d’ailleurs, l’offre en médecins généralistes était un peu faible à Vallorbe. Et comme il aimait le Jura pour y avoir passé des vacances enfant et qu’il devait aussi faire vivre sa famille, il s’est installé dans la cité du fer, qu’il n’a plus quittée depuis 35 ans.

Un art et une pratique qui ont complètement changé

«Les patients ne mesurent pas toujours l’immense privilège qu’ils ont quand on compare les progrès effectués par la médecine depuis l’époque où j’ai commencé, notamment au point de vue imagerie ou radiographie, avec la médecine d’aujourd’hui » explique Christian Danthe. Certes les factures enflent, mais la pratique a complètement changé. Dans les années 1970, on pratiquait le diagnostic pas à pas, c’est-à-dire en observant l’évolution d’un malade et de sa pathologie sur une période relativement longue. C’était alors un véritable travail clinique.

Actuellement, le diagnostic doit être quasi immédiat et exhaustif, au travers des batteries d’examens que l’on peut mettre en œuvre. Cette nouvelle façon d’aborder le diagnostic colle avec la façon de vivre en 2012: tout immédiatement, mais avec les angoisses qui vont avec. «Mon travail a été très fatigant» précise le Docteur Danthe: à l’époque nous faisions des visites à domicile, des levées de corps, des urgences chirurgicales, des veilles en alternance avec des confrères, bref des semaines au nombre d’heures très élevé».

Le devenir de la médecine

Selon le futur retraité, la médecine va immanquablement vers quelque chose de plus sécurisé.» Nous sommes guidés par le fameux principe de précaution que personnellement je considère comme une impasse totale. A mon sens, ajoute le médecin, nous devrions plutôt obéir au principe du risque éclairé et contractuel: une sorte de pesée faite avec l’accord du médecin entre risques et avantages dans une situation de fait donnée. On reviendra un jour du principe omnipotent de précaution, c’est un peu comme le mouvement du balancier, précise-t-il.

Le principe de précaution maximise les insatisfactions à tous les niveaux, et donc les coûts et rend même une partie de la population réellement revendicatrice. Mais sans doute est-ce là plutôt une question philosophique que médicale.

La santé publique et l’avenir

A ce point de vue, le praticien relève qu’il ne serait pas étonné que une ou des grandes épidémies frappent la population. Avec le développement irréversible des transports, la survenance d’un tel événement est selon lui possible dans les trente ans à venir. Simultanément la manie du tout hygiénique et du lavage de mains dix fois par jour relève du TOC au plan individuel et même social. Le Docteur Danthe voit dans les années à venir un immense progrès possible dans l’optimisation de la gestion de l’information.

Avec à la clé la disparition pure et simple du secret médical, pour les médecins scientifiques, et son transfert vers des praticiens en médecines ou thérapies douces, qui eux ne sont pas tenus à une obligation de résultat. «Chacun fabrique son chaman» précise-t-il. Peut-être le psychiatre conservera-t-il une partie de ce secret, son art étant par essence très difficile à organiser en informations réutilisables.

S’il devait souhaiter une organisation médicale plus adaptée aux défis d’aujourd’hui, le Docteur Danthe verrait se créer des groupes d’échanges entre médecins installés, échangeant, entre anciens et modernes ou entre praticiens d’une même tranche d’âge, expériences et interrogations. Avec ce genre d’organisation, on pourrait peut-être chercher à rendre plus objectivables des comportements, qui se trouvent être plus à risque chez certains patients que chez d’autres.

«En plus, ceci ressemblerait à un retour vers Hippocrate, les cercles de médecins autour d’un patient, cherchant au travers d’un échange à mobiliser le meilleur de leur science commune au profit du patient».

Photo Olivier Gfeller