Lisa, Gaël et Philippe Jaillet avec Taral leur vache de 6 ans devant la ferme des Grands Bois.

Agriculture: entre désespoir et volonté de s’en sortir

Paysan
«C’est celui qui habite et cultive le pays. C’est aussi celui qui aime sa terre, source de vie.»

On a éradiqué le paysan pour le remplacer par l’exploitant agricole dont le but est de produire toujours davantage selon Pierre Rabhi (Ardèche)
Les agriculteurs entretiennent la terre, donc la vie, en même temps qu’ils contribuent à nourrir la population. Leur rôle est crucial. Nous devrions élever les paysans au rang de seigneurs, mais malheureusement nous en avons fait de pauvres types.

Suite à une émission vue à la télévision sur les problèmes des paysans, L’Omnibus a demandé à un agriculteur et son fils de la région, de lui donner leur avis sur la question.
Philippe Jaillet est agriculteur à Vallorbe. Ses génisses sont aux Grands Bois et ses vaches laitières dans une étable en zone village.

Ce qui se dit à l’école

Gaël Jaillet a 15 ans et veut suivre les traces de son père. Il fait son CFC d’agriculteur dans une ferme à Montricher et suit les cours à Marcelin. Malgré les difficultés qui apparaissent avec les nouveaux règlements, dont la PA 14-17 (Politique Agricole, voir encadré), il n’a pas l’intention de renoncer. Il travaille actuellement 52 h. par semaine (dimanche y compris), plus des heures pour étudier ses cours le soir et des coups de main à son papa lorsqu’il a congé. Pendant son apprentissage, un apprenti doit voir les différentes formes de cultures, comme extensive ou bio. Gaël regrette que ses camarades de cours veuillent “tout bouffer”, ils veulent toujours plus de terrains, toujours plus de chevaux sous le capot du tracteur... Les petites exploitations sont de moins en moins viables, et les grandes rachètent les terrains de ceux qui ne gagnent plus assez pour faire vivre leur famille.

Les politiques

Ils refusent souvent de voir ce qui se passe sur le terrain et dirigent les gens de la terre depuis leurs bureaux. Ces personnes n’ont souvent plus de racine paysanne.
L’ouverture des frontières fait aussi peur aux petits exploitants, car l’agriculteur suisse ne peut pas rivaliser avec les salaires, plus bas, des pays voisins. Les grandes entreprises agro-alimentaires ont tendance à vouloir diriger le paysan dans ses choix, et, pour annoncer de belles actions au consommateur, les paient à des prix qui ne compensent pas forcément le travail. Gaël se rend bien compte de la situation actuelle et de l’ambiance tendue qui y règne. Les productions de betteraves et de céréales ne sont bientôt plus rentables, vers quoi doit-on se tourner?

Travail de paysan

Il ne compte pas ses heures (plus de 70, sans compter celles de bureau le soir, pour Philippe Jaillet) et travaille sept jours sur sept. Le matin, il faut se lever très tôt pour aller soigner les bêtes et faire la traite, et il peut finir très tard pour rentrer les récoltes en été. Pour gagner du temps, l’agriculteur tente d’automatiser au maximum et à grands frais, qu’il ne peut pas toujours assumer. Pour faire tourner le ménage, la femme prend un travail à l’extérieur, au détriment de la vie de famille. Le soir, elle rentre et recommence une nouvelle journée à la maison. Certaines acceptent, d’autres divorcent, et, dans ce cas, le paysan se retrouve seul à mener la barque avec une pension alimentaire en plus à verser.

Positiver

Comme tous les jeunes paysans, Philippe Jaillet a débuté sa carrière en se croyant fort et en ne pensant pas à lui-même, jusqu’à ce que des problèmes de dos le rappellent à une vie plus raisonnable. La vie lui a appris que tout n’est pas simple. Il a travaillé en collaboration avec un voisin pendant une quinzaine d’année. Les récoltes se faisaient ensemble et ils se prêtaient mutuellement les machines. Un jour, ce voisin a arrêté son exploitation et, du coup, Philippe Jaillet s’est retrouvé seul. Il a vu ce que son collègue a ressenti lorsque les bêtes sont parties, lorsque les machines ont été vendues, cette épreuve l’a marqué. Puis, il y a quelques années, il a tout perdu dans un incendie. Il n’avait plus rien, et a dû recommencer à zéro. La situation étant trop pesante, son épouse l’a quitté avec les enfants, qui heureusement ne vivent pas loin et viennent très souvent chez lui.

A sa place, certains agriculteurs auraient tout laissé tomber, mais pas Philippe Jaillet. Il a dû reconstruire sa vie et sa ferme en même temps. Lui, qui avait des projets de construire du neuf, a dû réparer les vieux murs noircis par la fumée, mais il n’a pas baissé les bras et est entré dans sa ferme rénovée fin 2013. Il veut positiver et aller de l’avant, c’est ce qu’il souhaite faire comprendre à ses collègues.

Aller de l’avant

Les agriculteurs savent qu’ils vont perdre environ 10 % de paiements directs, donc de salaire, dès cette année avec la nouvelle loi. Pour pallier ce manque, le paysan doit trouver ses propres solutions selon son type d’exploitation: la vente directe, la diversification des plantations, voire le tourisme, mais surtout croire que l’on peut encore s’en sortir. Il y a 40 ans, l’agriculture était super productive. Actuellement, elle doit investir à long terme, tout en sachant qu’un revirement est possible d’un jour à l’autre. Les politiques ne maîtrisent pas tous les problèmes avec l’Europe; une initiative est d’ailleurs en cours pour une meilleure sécurité alimentaire. Beaucoup attendent de voir les résultats en fin de cette année.

Débrouille

En principe c’est ce qu’est l’agriculteur, mais chacun doit trouver son chemin, qui arrivera à faire tourner son exploitation. Surtout, il ne doit pas tomber dans le piège de l’entrepreneur qui ne connaît plus ses bêtes, devenues juste des numéros qu’il achète ou vend sans arrière-pensée… Le robot de traite est très cher, mais peut, grâce à une surveillance qu’il rend possible, permettre aux agriculteurs de diminuer les produits nocifs, comme les antibiotiques, mais encore faut-il suivre ses bêtes scrupuleusement.
Depuis des années, Philippe Jaillet est contre les produits de traitement radicaux ou les OGM, il cherche d’autres solutions, moins coûteuses pour la santé des hommes, des bêtes et de la nature.

Il a cessé sa course à la productivité, et est retourné sur l’alpage en été. Il est en faveur d’une biodiversité ou d’autres développements, mais ne veut pas produire coûte que coûte. Il montre tous les jours son attachement à la terre nourricière et n’a pas peur de travailler avec d’autres paysans pour partager les frais exorbitants des machines agricoles. Son rêve de toujours: être sur sa ferme. Et il veut garder le courage nécessaire pour y rester.
Pour Philippe Jaillet, l’exploitation agricole est avant tout une grande aventure familiale. Auparavant l’héroïne en était la paysanne qui restait contre vents et marées sur la ferme. Actuellement la femme qui le souhaite peut refaire sa vie ailleurs, mais laisse très souvent un homme qui doit s’accrocher pour continuer.
Notre agriculteur a apporté le mot de la fin qui n’est pas de lui, mais qui leur va si bien: «Ce qui est bien, chez les agriculteurs, c’est qu’on a parfois un week-end...»

PA 14-17

L’agriculteur est le seul entrepreneur qui doit investir avant de savoir combien cela peut lui rapporter. Les paiements directs ont baissé drastiquement par UGB (Unité Gros Bétail) qui est nourri avec des concentrés et du fourrage grossier. La PA favorise l’élevage des bêtes nourries à 85% avec des herbages. Elle favorise également les surfaces en pente et les alpages en Suisse, donc les terrains difficiles à travailler.

A l’heure actuelle, les agriculteurs doivent rapidement s’inscrire dans des projets régionaux, mais ils ne savent pas encore en quoi ils consisteront. La mise en application de la nouvelle loi a eu trop peu de temps pour être préparée correctement. Des équipes se sont formées avec des agriculteurs, des biologistes, Pro Natura et d’autres partenaires publics et privés, et neuf projets de Contribution à la Qualité du paysage ont été déposés fin janvier à l’Office fédéral de l’agriculture et seront étudiés.
L’agriculteur devra participer à plusieurs programmes qui comportent encore beaucoup d’inconnues. Il devra satisfaire le consommateur, donner une bonne image, protéger l’environnement dans une durabilité et une viabilité à long terme.

Le buffet de la grande surface est sans doute plus attrayant que celui de la cantine.

Adaptation à la LEO: 10 minutes top chrono !

Depuis quelques mois, les élèves de l’Asibco expérimentent la nouvelle loi scolaire (LEO). Avant d’avoir une opinion définitive, c’est la pause de midi qui pose quelques problèmes aux adolescents, selon la petite enquête faite par une élève de 14 ans.

Aujourd’hui, le temps laissé aux élèves lors de cette pause est des plus restreints. En effet, après les longs trajets en bus ou en train dont ils doivent s’acquitter, profiter de leur repas à domicile devient difficile ou presque impossible. Chaque midi, ce n’est pas de l’heure prévue qu’ils profitent, mais seulement de quelques minutes, pour ceux qui habitent dans les villages environnants. Est-ce bien normal? Nous sommes en droit de nous poser la question.

La grande majorité de ceux auxquels nous l’avons posée, était formelle: «Non ça ne l’est pas». Tout cela contrarie autant les enfants que les parents. C’est ce manque de temps qui, entre autres, pousse les jeunes à rester manger aux alentours du collège. Autre controverse qu’est le prix à payer. Débourser le coût de la cantine ou celui du restaurant du centre commercial à proximité, quatre jours par semaine, finit par coûter cher aux familles dont plusieurs enfants fréquentent les établissements scolaires du haut de la ville.

Quitter l’école un moment

Quand on demande aux écoliers pourquoi ils préfèrent se rendre à la Coop plutôt qu’à la cantine à midi, presque tous répondront que la proximité du lieu joue un rôle important. Le réfectoire de Chantemerle est un peu plus éloigné avec bien peu d’élèves de Montchoisi pour le temps de pause. Sûrement est-ce plus simplement pour se retrouver à l’extérieur de l’école, au moins à un moment de la journée... Ce qui est certain à midi, c’est que les jeunes Urbigènes, sont moins désavantagés que leurs camarades de l’extérieur. Autre changement remarqué cette année, l’avancement de l’entame des cours de cinq minutes.

Si, au premier abord, cela a pu paraître anodin, il semblerait que cela ait un peu perturbé les habitudes au début de l’année, bien que tout le monde se soit vite accommodé de ce changement d’horaire. Un moindre mal par rapport au problème de la pause de midi!

Du côté des enseignants

Ce sont les maîtres de classe qui se montrent insatisfaits. «Avec ces multiples possibilités de suivre différents cours, en fonction de leurs choix et de leurs niveaux, nous voyons très peu nos élèves. Il y a ainsi beaucoup de mouvements et nous ne parvenons pas à les suivre correctement afin de les épauler. Nous avons moins de temps à leur consacrer et c’est dommage car, nous avons le sentiment qu’ils sont perdus dans la masse. D’où notre difficulté à renseigner leurs parents sur leur évolution, nous dit Delphine Conod, enseignante de VSO de 10e année. Ce sont pourtant des jeunes qui ont besoin d’avoir un cadre qu’ils n’ont plus.

J’ai le sentiment que l’on est en train de déshumaniser l’école alors qu’ils ont encore besoin d’appartenance». A Chavornay, le constat est le même et Patricia Flahaut constate que les VP (voie prégymnasiale) subissent moins ces allées et venues, car ils se retrouvent plus souvent ensemble, quand bien même  ils sont en principe plus autonomes que leurs camarades de l’autre section, la voie générale.

Vivement un réfectoire adéquat

Pour sa part, Patrick Tharin, doyen des secondaires, temporise un peu ce premier sentiment. «A mes yeux, il est trop tôt pour tirer des enseignements que nous pourrons jauger plus sûrement dans trois ans. Nous avons encore des problèmes organisationnels quand bien même les horaires n’ont pas véritablement changé. Il est sûr que les profs de classe sont moins souvent en contact avec leurs élèves. Je dois avouer aussi qu’il y a un problème à midi, en particulier pour les jeunes gens qui suivent des cours particuliers comme les leçons de latin, de grec ou d’appui à la mi-journée. Il faudrait qu’ils puissent dîner rapidement dans un réfectoire qui leur permette non seulement de manger, mais de s’approprier un peu de temps pour eux».

Malheureusement, cela ne sera pas pour demain, puisque le projet de construction d’un réfectoire n’est pas encore sous toit.