Premier : montée à l’alpage sans bouquet

De g. à dr. Maxime Candaux et Denis Candaux.

De g. à dr. Maxime Candaux et Denis Candaux.

Une société pour gérer les alpages

Suite à la fermeture de la laiterie du village de Premier, il y a une douzaine d’années, les paysans ont fondé la Société coopérative de Laiterie et d’Alpage. Ils ont repris en main les alpages qui appartiennent à la commune de Premier. Ils paient une location et ils gèrent les surfaces en herbe, réparties en plusieurs parcs.

Ils décident aussi de la date de la montée des génisses. Ils sont au nombre de cinq, dans l’ordre depuis le bas du village: Etienne et Maxime Candaux, Vital Graber, Denis Candaux, Maurice Clerc et Jacques Werren.

Les chemins de traverse,ça grimpe sec

Ce lundi, le temps était radieux et fort ensoleillé, la montée à l’alpage s’est faite dans les meilleures conditions. Le dénivelé de la montée à l’alpage des Auges est très impressionnant: ça grimpe sec depuis la ferme d’Etienne et Maxime pour parvenir à celle de Vital, puis il y a la montée pour arriver vers le collège et prendre le raccourci encore plus raide entre les fermes de Denis et Maurice pour rejoindre la ferme de Jacques tout en haut du village.

Après ils ont pris à travers la forêt. Maxime et Denis ouvraient la voie au cortège des génisses, près d’une centaine et en multicolore. Du rouge, du brun, du blanc, du gris et du noir sur un fond vert et jaune de pissenlits!

Y’a d’la joie

Trente-cinq génisses ont rejoint le troupeau en «voiture», et à peine arrivées sur le pâturage, elles sont parties dans des galopades audacieuses, la queue dressée tel un périscope, à la découverte de l’espace de leur villégiature! Les anciennes ont vite retrouvé leurs repères et d’un même mouvement, elles ont pris la direction de la buvette, enfin je veux dire de leur abreuvoir.

De l’eau… elles en auront tout l’été, la Commune et la Société d’Alpage ont fait que le chalet et les bêtes soient servis toute la saison en eau vive.

Il y a eu quelques prises de cornes, euh… elles n’en ont plus, disons, des prises de têtes afin que la hiérarchie s’installe, le temps de la cohabitation estivale. Après ces échanges, tout redevenait tranquille, seul le son des sonnailles rythmait le repas des bêtes. Dans trois semaines, elles reprendront le voyage, court celui-là, elles tiendront compagnie à la grande antenne, puis elles iront au Chalet de Premier, ensuite Sur Grati, à la limite de Vaulion. Après, la saison touchera à sa fin.

Une invitation commune

La commune et la Société avaient invité les habitants de Premier au Chalet des Auges, pour partager à midi, après la rude montée, une soupe bien copieuse. Près de cinquante personnes ont répondu à l’invitation. Etienne Candaux, syndic, puis Vital Graber, municipal, responsable des chalets et des alpages, évoquèrent les travaux et les soucis de l’an passé, puis le renouveau de la Buvette.

Vital parlait du nuage, suggérant aux futurs parents de s’en inspirer pour choisir un prénom. Il remerciait Annette Ferry pour son dynamisme mis au service du Chalet des Auges. Et, ne manquant pas d’humour, il terminait ainsi : «Pour les habitués des nuits libres aux Auges, ils ont vite compris que c’était fini. Annette a usé de son autorité pour préserver ses heures de sommeil: du 7 sur 7, ça a son prix!»

Ils sont redescendus au village, les laitières n’attendent pas. Sur place, les touristes trouvaient, en vrac, les cloches, la bonne cuisine, le soleil, les vaches et le panorama! Que demander de plus?

Photo Marlène Rézenne

Premier : label «Parc naturel régional»

M.-L. Poget et F. Bandieri

M.-L. Poget et F. Bandieri

Premier, ultime commune à la frontière du Parc Jurassien Vaudois.

Une séance d’information bienvenue et bien reçue

Marie-Louise Poget, municipale et initiatrice de cette présentation aux habitants de Premier, a permis de comprendre ce que pouvait signifier pour eux, de participer à cette démarche.

F. Bandieri, présidente du Parc jurassien Vaudois depuis quatre ans, était là pour informer et répondre aux diverses questions des citoyens qui seront bientôt appelés à se prononcer sur cet objet.

Un diaporama brossait un portrait de la faune et de la flore riche et variée, présente sur tout l’arc jurassien Vaudois, puis une présentation de l’économie pastorale, sylvicole et artisanale, de la conservation du patrimoine bâti, du tourisme, des fêtes régionales et des produits du terroir.

Le périmètre du Parc couvre aujourd’hui 532 km2 et regroupe 31 communes qui ont choisi de participer à cette démarche de création (2009-2010) puis, de passer à la phase de gestion (dès 2011) pour une durée de dix ans.

Le document constitutif, qui sera soumis en votation, d’un Parc régional est une Charte, approuvée pour 10 ans par les législatifs des communes. Il s’agit d’une forme d’engagement réciproque entre Commune, Canton et Confédération, autour d’objectifs et d’un programme d’actions communs.

Cadre officiel

Les Parcs sont un outil développé par l’Office fédéral de l’Environnement dans le cadre de la Loi fédérale sur la protection de la nature et du paysage et de l’Ordonnance sur les Parcs.

L’outil Parc ne remplace ni les instruments de politique régionale (SECO) mis en œuvre par le Canton et les régions, ni les outils de politique agricole (OFAG) et forestière, mais se veut complémentaire.

On rappelle que cette association n’a aucun pouvoir législatif, donc pas de contrainte financière ou autre sur les communes (ou propriétaires), et qu’un Parc naturel régional est avant tout une opportunité offerte à la région pour travailler ensemble à des objectifs communs et que la décision des communes sera toujours déterminante.

La reconnaissance du label Parc permettra d’obtenir les financements tant fédéraux que cantonaux.

Conserver, entretenir et valoriser

Quelques objectifs du Parc: offrir une meilleure connaissance de la faune et flore dans la nature en développant un tourisme respectueux; soutenir le monde agricole et l’économie régionale axée sur le développement durable. L’entretien des chalets, avec le soutien financier du Fonds suisse pour le paysage. (FSP)

La restauration des murs en pierre sèches ( 60 km), soutenue  par le Canton et la Confédération à hauteur de 55% des frais. L’approvisionnement en eau, pour les hommes et le bétail, par la mise en valeur, et parfois la rénovation, des sources existantes. La coordination et la concrétisation des projets (ou objectifs) est réalisée par la direction du Parc, qui est aussi un maître d’œuvre au niveau des demandes de subventions et dans les démarches administratives.

Un soutien promotionnel à la commercialisation des produits du terroir au travers de l’association Les Saveurs du Jura vaudois et à l’économie de la région (commerce local, création d’emploi dans le tourisme et les services).

Les aides importantes du FSP ont permis de mettre en œuvre les premiers inventaires indispensables du patrimoine bâti (chalets d’alpage) dès 1995, et des travaux d’urgence furent entrepris.

Encourager l’éducation à l’environnement

Des campagnes «éducatives» dans les écoles sont déjà mises en place. Un projet-pilote et un concept de circulation des véhicules motorisés pour diminuer les impacts sur la faune, concernant l’application prochaine de la loi forestière, ont été imaginés et seront proposés aux communes.

Une autre préoccupation relevée par Mme Bandieri serait de «maîtriser» le tourisme pédestre et vététiste, en forêt et sur les alpages, qui sont liés à des débordements.

Informer et attirer l’attention d’un public, toujours plus nombreux sur les crêtes du Jura, afin qu’il ait de la retenue pour les habitats et milieux sensibles traversés en balades; que cela ne leur appartient pas, ce sont des biens privés. Les touristes ont des droits, certes, mais aussi des devoirs.

Cohabitation difficile avec les animaux de rente, vaches allaitantes ou vaches laitières avec le taureau sur les alpages, et ceux qui bouffent du bitume toute l’année et se croient libres de toutes contraintes dans la nature. Refermer les «clédars» (portails métalliques) après leur passage.

Le Vallon du Nozon concerné

Les villages de Juriens, La Praz, Premier, Romainmôtier et Vaulion soumettront à leurs concitoyens lors des prochaines votations, la demande d’adhésion pour le Parc naturel régional. Un projet qui rassemblera les énergies de toute une région et au niveau cantonal
A la question d’un participant sur la surface du futur Parc, pourquoi ne pas poursuivre sur tout le Jura ?

Mme Bandieri argumentait  «Il faut bien s’arrêter une fois, et surtout se donner les moyens de maîtriser  un territoire défini. Et puis d’autres demandes de Parc, concernant le Chasseral, et aussi dans le périmètre jurassien du canton de Bâle, ont été déposées. Du côté français, il existe le Parc naturel régional du Haut-Jura».