Claude Recordon et Jacques-André Mayor.

Orbe: élection du syndic, les dés seraient-ils déjà jetés ?

 

Claude Recordon et Jacques-André Mayor.

Claude Recordon et Jacques-André Mayor.

Première de mémoire de citoyen électeur lundi soir au Casino d’Orbe où les deux municipaux élus et candidats à la fonction suprême de syndic s’affrontaient en une joute oratoire qui est restée aussi pacifique qu’elle fut passionnante.
Le public aurait parfaitement pu être plus nombreux vu que, en chiffre absolu, la septantaine d’auditeurs présents n’a représenté que 1% de la population résidant actuellement en notre jolie cité.
D’où la question en titre: les dés seraient-ils déjà jetés, le choix fait, l’urne largement honorée?
Le débat, doctement mené par M. Isidore Raposo, a donc permis à ces Messieurs Claude Recordon et Jacques-André Mayor de s’exprimer librement sur maints sujets touchant essentiellement au développement intense que connaît actuellement notre région tout en interpellant la population.
Motivation
A la question initiale qui demandait aux candidats de préciser les motivations qui les poussaient à briguer, qui un nouveau mandat, qui une fonction nouvelle, M. Recordon a répondu qu’à 55 ans il se sentait une vigueur intacte, mû par une passion renouvelée en permanence et absolue pour cette fonction.
M. Mayor qui avoue 61 ans, désire, quant à lui, faire profiter Orbe d’une longue expérience politique acquise lors de nombreuses années au cours desquelles il a fonctionné en tant que Conseiller communal, député au Grand Conseil et, depuis 7 ans, comme municipal.
Développement – trafic – aménagement du territoire
Après le placement de ce cadre initial, la discussion s’est, très logiquement, axée autour de l’actuelle forte poussée démographique et industrielle que vit notre ville générant de lourdes nécessités en infrastructures, en aménagement du territoire, en logements, en lieux de détente et autres.
M. Recordon avoue une ambition non feinte de compter un jour 10 000 habitants à Orbe. Il estime que son travail en profondeur a largement contribué à une implantation plus forte de Nestlé qui compte aujourd’hui 1 500 employés sur le site urbigène alors qu’il n’y en avait que 450 voici peu. Le développement espéré va de facto générer de nouvelles recettes fiscales synonymes de possibilités d’investissements futurs.
M. Mayor, quant à lui, craint un développement débridé, peu en phase avec les sentiments profonds de la population. L’ascendant démographique que connaît notre ville doit rester sous contrôle en favorisant une mobilité douce et un développement durable.
C’est peut-être ici que les options des deux candidats divergent le plus tout en laissant le sentiment qu’ils sont, finalement, plus complémentaires que concurrents, élément qui s’avérera certainement positif à terme, voire à longue échéance.
Démographie – logements
M. Recordon stipule qu’il est l’initiateur de la société coopérative d’habitation à Orbe, institution qui a permis et qui permettra d’encore créer des logements à loyers modérés.
Il milite en faveur d’une nouvelle unité Rochette III et pense que, grâce à son réseau de contacts, on pourra envisager la construction prochaine d’un EMS sur notre territoire.
M. Mayor estime qu’une densification des zones habitables, telle qu’initiée par des instances cantonales, se doit d’être respectée mais il faut impérativement veiller à ne pas tout accepter et mettre des limites à certains promoteurs.
M. Recordon milite en faveur d’une ville nouvelle dans le quartier de Gruvatiez, précisant que ce développement de «Pôle Sud» serait l’occasion de présenter une vitrine urbanistique moderne. C’est donc bien un choix politique que de définir si on reste à 7 000 habitants ou si on désire atteindre les 10 000 âmes.
Pour M. Mayor, tout est une question de vitesse et de priorités et adhère au fait que ce quartier doit être développé surtout pour pallier à un manque prévisible de logements en notre commune.

Finances publiques – priorités d’investissements
Lorsqu’il siégeait au Grand Conseil, M. Mayor s’est battu en faveur de la péréquation financière qui a profité à Orbe. Il est favorable au maintien du taux actuel d’impôt sachant que ce raisonnement peut être influencé par des investissements lourds.
M. Recordon affirme qu’il faut veiller à la marge d’autofinancement mais que la période est favorable à des investissements vu les faibles taux d’intérêt pratiqués actuellement, période qui risque d’arriver à son terme sous peu. Une fois de plus, il insiste sur le fait que les recettes fiscales sont tributaires du nombre d’habitants et des industries en place.
Un partenariat privé/public est une piste à explorer et à creuser également.
Emploi – Industries
SPN reste le phare de notre tissu économique et industriel. Suite à des entrevues avec la haute direction de cette entreprise, M. Recordon peut affirmer que de nouvelles implantations de production sont en projet.
M. Mayor se réjouit de l’arrivée de nouveaux postes de travail tout en craignant, du fait qu’ils sont occupés en large majorité par des pendulaires, qu’ils ne génèrent par trop de nuisances par le trafic supplémentaire qu’ils supposent.
Communication
M. Mayor pense que des projets se doivent d’être révélés, ceci  même avant d’être complètement ficelés. Cependant ce choix suppose le courage d’aller à la rencontre de la population et de prendre acte de ses éventuels désidératas.
M. Recordon doute tout de même que cette pratique, bien que dans l’air du temps, incite les citoyens à être un peu plus assidus civiquement.
La parole donnée à l’auditoire a largement été utilisée et divers sujets plus terre-à-terre ont été évoqués allant d’une desserte du Cimetière par les transports urbains, l’état des lieux quant à la servitude de passage aux Vaux, des places de jeux pour les enfants, l’avenir réservé à la jeunesse, l’équipement Minergie des bâtiments communaux, la construction de logements à but social, la politique urbigène d’accueil des PME, l’avenir du groupement scolaire, les places de parc en devenir, leur financement, l’aménagement de la Place du Marché, le pourquoi d’une éventuelle alternance gauche-droite à la barre de l’exécutif, etc.
Un scoop dû à notre actuel syndic, qu’il qualifie lui-même d’iconoclaste, concernant des idées d’aménagement de la Place de la Gare a été réservé au public présent. Votre journal préféré reviendra très certainement sur ce sujet dont l’importance et l’actualité n’échapperont à personne.
M. Recordon s’est vu reprocher de ne pas assez s’investir dans la représentativité. Il nous a réservé à ce sujet une superbe métaphore: il se refuse d’être un «syndic Bricelets», préférant, à raison, s’investir dans la promotion de sa ville, travail qui se fait essentiellement extra muros.
La question phare de la soirée et adressée par un auditeur aux deux candidats a été la suivante:
- quelles qualités trouvez-vous à votre adversaire?
M. Mayor:
- M. Recordon m’a «déçu en bien» comme la chose se dit dans notre bon canton de Vaud. Bien que libéral bon teint, il est en adéquation avec les besoins de la population et fait profiter toute notre collectivité du réseau important qu’il a forgé sur le long terme.
M. Recordon:
- M. Mayor jouit d’une très grande expérience politique.  Précédemment il était un peu la «bête noire» de la Municipalité du fait de ses interventions parfois un peu acidulées. Il se révélait cependant qu’il avait quasi toujours raison! Il a des convictions et des idées et sait se plier de bonne grâce aux décisions de la majorité lorsqu’elles ne vont pas dans son sens.
Une courtoisie de tous les instants a présidé au déroulement de cette enrichissante et originale soirée, heureusement plus empreinte de volonté d’informations sur des positions de gestion de commune que de confrontation politique, ce qui est pour le moins rassurant quant à la sérénité de l’avenir d’Orbe et de toute sa région.

Photo Willy Deriaz