Le centenaire urbigène, Jakob Lüscher.

Le travail, c’est la santé

Le centenaire urbigène, Jakob Lüscher.

Le centenaire urbigène, Jakob Lüscher.

Oui, Jakob Lüscher peut fredonner la première phrase de la chanson d’Henri Salvador. Il était resplendissant de santé à l’heure où la Préfète Evelyne Voutaz et la municipalité d’Orbe in corpore sont venu fêter ce centenaire. Car l’Argovien ne se plaint que de la prothèse d’une hanche, posée il y a 15 ans et qui le fait souffrir depuis quelques années. Pour le reste, tout va bien malgré un passage délicat après un vaccin contre la grippe H1N1, il y a deux ans. Il lit toujours les journaux avec des lunettes tout comme il suit les programmes de la télévision, en particulier les émissions folkloriques alémaniques comme les informations et le sport. Le ski en particulier comme le football qu’il a pratiqué avec plaisir avant de devenir un supporter du FC Aarau.

Sans freiner en ville !

Il a cependant eu un crève-cœur à 97 ans lorsque le service des autos lui a retiré son permis à la suite d’un test en direction de Moudon après avoir eu le sentiment d’avoir très bien conduit! Pour se consoler, il s’est acheté un vélo électrique à trois roues qui lui permet de se rendre en ville pour faire ses paiements à la poste. Sans crainte puisqu’il ne freine jamais en descendant du Devin comme il n’a pas besoin de lunettes pour se diriger ! Avec son caractère bien trempé, il ne craint pas de vivre seul. La veille de son anniversaire, il avait encore confectionné trois très bonnes tresses pour la venue des autorités. A propos, il ne mange plus de viande et ingurgite avec plaisir des soupes aux légumes ou des filets de perche, l’un de ses plats préférés.

Pas de travail pour toi

Né le 21 janvier 1911 à Koelliken (Argovie), il est fils d’une famille de paysans de six enfants. Deuxième de la fratrie, on lui fait comprendre qu’il n’y a pas de place pour lui dans le domaine familial. Si bien qu’après son école de recrue, effectuée à Kloten comme soldat du train, il prend la direction de Duillier où il devient garçon de ferme. Il a la chance de débarquer dans une famille très accueillante au point que le patron le fera skier à la Dôle, lui apprendra à nager à Nyon et lui permettra de découvrir la Romandie. En 1938, le travail manque et comme il vient de se marier avec Edwige avec laquelle il vivra pendant 72 ans et aura sept enfants, il choisit de reprendre un domaine en France, à Gex. Une année plus tard, la guerre est déclarée et M. Lüscher se rendra à deux reprises sous les drapeaux, dans le canton de Zürich. De retour à son nouveau domicile, il s’interdira de parler l’allemand dans ce village dans lequel il a gardé de nombreux amis.

La terre est toute sa vie

Après la guerre, il achètera un domaine à Saint-Georges et il fera l’acquisition de sa première voiture, une Vauxhall dont il garde un bon souvenir. Mais comme il est difficile de cultiver à cette hauteur (937 mètres d’altitude), il préfère «redescendre» à Senarclens puis à Chavornay avant de reprendre le domaine de M. Thévenaz au Devin d’Orbe où il vit depuis 43 ans. Encore aujourd’hui, Jakob s’occupe du jardin lorsque le temps le permet car son attachement à la terre est toute sa vie. Il n’a jamais pris de vacances avant ses 65 ans mais depuis, il a bien voyagé se rendant notamment au Brésil, en Thaïlande, au Kenya et en Floride où il a été étonné de voir que l’on récoltait les tomates à la moissonneuse-batteuse !

Jusqu’à la fin de l’année dernière, il se rendait encore aux Bains d’Yverdon. Il regrette également de ne plus pouvoir rencontrer ses amis urbigènes qui sont tous décédés. C’est la raison pour laquelle la télévision est devenue l’une de ses fidèles compagnes, un écran qu’il pourra désormais regarder avec plaisir puisque la Commune lui a offert un modèle dernier cri pour fêter son unique centenaire. L’Omnibus profite de l’occasion pour souhaiter longue vie à cet homme dont toutes les facultés sont intactes, une santé qu’il attribue à son travail dans la nature, sans s’être privé des bonnes choses de la vie comme le vin !

Photo Pierre Mercier