Des tranchées au pied du Mormont

L’hiver a vu surgir des tas de terre là où fleurissaient les tournesols, entre Pompaples et Orny. Pelles mécaniques, cabanes de chantier, large et longue tranchée ont intrigué les automobilistes de passage : il s’agit en fait de travaux de préparation pour l’établissement d’un dépôt de matériaux terreux.
Ce chantier éphémère de la société genevoise Scrasa, sur une durée de 6 à 7 ans maximum, accueillera des matériaux d’excavation issus de travaux de terrassement, de fondations pour la construction d’immeubles ou de routes, etc.

Le canton ne possède plus de dépôts semblables, dont l’initiative est laissée aux entreprises privées, sous des conditions de contrôle drastiques. La terre acheminée à Orny doit être préalablement analysée, et exempte de toute pollution (seront donc exclus les matériaux extraits à proximité de routes, de voies ferrées, d’aéroports et d’usines du secteur métallurgique, contaminés même légèrement par des métaux lourds, des produits phytosanitaires, etc.). Le canton effectue également un contrôle de traçabilité: l’origine de ces matériaux doit être connue.

Pour que cette terre propre arrive, il faut lui faire de la place : celle du champ sera donc vendue telle quelle pour des remblais ou pour en faire du gravier. Cet échange de bons procédés devrait donc, à terme, rendre à la nature un terrain presque identique. 180’000 m3 seront ainsi échangés, sur un rythme assez lent exigé par les communes avoisinantes, soucieuses des nuisances générées par le trafic des camions, limité à 30’000 m3 par année. Selon Miguel Sanchez, ingénieur chargé des travaux, les camions devraient transiter principalement par La Sarraz et Eclépens.

Une autre intervention ralentit le chantier, celle de la Section Archéologie Cantonale. En effet, nous sommes dans la zone du sanctuaire celte découvert sur le Mormont en 2006. Ainsi, avant de retourner la terre sur une profondeur de 5 mètres, il convient de vérifier si des traces de notre ancienne civilisation subsistent là aussi : affaire à suivre. Les camions genevois seront donc contraints de prendre un rythme vaudois, pour la tranquillité de tous.

Photo Sébastien Krauer