Orbe: que la fête soit belle

Ce week-end, Orbe vivra à l’heure de son carnaval. Une date importante pour l’avenir de cette manifestation et les organisateurs comptent sur un public nombreux tout au long de ces trois jours de fête. En fonction de leurs moyens financiers, ils ont fait un effort particulier pour le cortège du dimanche après-midi puisque pas moins de 9 Guggenmusik, venant de tout le pays et de France, seront présentes. En effet, les Alsaciens de la Lustige Klique ont fait le déplacement avec les Tessinois de la Ciod Stonaa de Bellinzone, les Schaffhousois de la Rhypfluderi, les Lucernois des Rasselbandi (Horw), les Sédunois de la Carnaband et les Vaudois de la Moudelmouzik (Moudon), les Rebbiboel’s (Payerne), le L’Boxon (Sainte-Croix-Bullet) et les Urbigènes des Krepiuls. Des ensembles qui mettront beaucoup de couleurs au défilé dans lequel on trouvera trois classes enfantines qui ont bien voulu jouer le jeu, au grand plaisir du public.

Figurants bienvenus

Si quelques groupes se sont inscrits pour la parade du dimanche, les organisateurs comptent sur la participation d’autres ensembles comme sur celles de participants individuels ou de couples puisqu’il s’agira de désigner la reine et le roi du Carnaval. Il faut rappeler que des prix récompenseront les meilleurs déguisements. Vous pourrez vous inscrire auprès de Laurie Poncet (laurie.poncet@live.fr ou au 079 527 74 31) jusqu’au dimanche à midi. N’hésitez donc pas à vous joindre au cortège qui sera aussi animé par le canon à confettis des Modzons de Sainte-Croix.

Coup d’envoi en deux temps

Ce soir, vous pourrez déjà danser lors d’un bal fluo, sous la cantine du Puisoir qui sera le lieu de rassemblement de plusieurs actes du programme, comme la mise à feu du bonhomme hiver (samedi à 20 h.), qui sera suivie d’un concert de Guggenmusik avant un deuxième bal. Sans oublier le Luna Park si attrayant pour les enfants.
La Place du Marché sera aussi à la fête dès samedi matin avec la remise officielle des clefs de la ville qui seront remises à 11 h. 11, avec l’apéro offert par la Commune et avant que les musiciens sillonnent la localité jusqu’en soirée. En outre, des sociétés locales tiendront des stands de boissons et de nourriture durant les deux jours pour maintenir une certaine atmosphère au centre-ville.

Il ne reste plus qu’à espérer que le soleil soit de la partie afin que vous veniez nombreux assister aux différents rendez-vous qui ont été imaginés par les organisateurs qui méritent bien votre appui, pour que le Carnaval demeure à Orbe.

Les athlètes récompensés.

Valeyres-sous-Rances: les Nationaux en Romandie

Le temps d’un week-end, Valeyres-sous-Rances, sa société de gymnastique et le comité d’organisation dirigé par Henri Nerny ont tout mis en oeuvre, et plus encore, pour recevoir les délégués de l’Association fédérale des gymnastes nationaux qui tenaient pour la première fois leur assemblée en Suisse Romande.

Une équipe qui roule

Le comité d’organisation a reçu environ 120 convives, a assuré leur logement, leurs repas, les parties récréatives et bien sûr, l’assemblée du samedi après-midi à la grande salle de Valeyres. Henri Nerny qualifie volontiers son comité d’organisation, «d’excellent, fiable et rôdé. A l’image de l’état d’esprit de la société de gymnastique où camaraderie, efficacité et bonne humeur règnent». Une fourmilière de bénévoles a également mis la main à la pâte.

Que sont les jeux nationaux?

Il s’agit d’une discipline sportive unique et traditionnelle en Suisse qui consiste en un décathlon comprenant 6 avant-luttes, soit la course, saut hauteur, saut longueur, exercices au sol, lever de pierre et lancer de pierre. Puis 4 luttes (2 à la culotte et 2 libres).

Ce sport, très complet, requiert rapidité, force, souplesse et endurance. Pratiqué depuis fort longtemps, il est tombé en désuétude en Romandie alors qu’il reste bien vivant en Suisse allemande.

Comme le rappelle Henri Nerny «dans les années, 1970 à 1990, les gymnastes de Valeyres-sous-Rances ont porté haut les couleurs du village dans la pratique des jeux nationaux. Parmi eux, de nombreux couronnés fédéraux». Lui-même a été président cantonal de 1982 à 1996. Ceci expliquant certainement pourquoi Valeyres, par le biais de Henri, a été sollicité pour organiser cette 81e assemblée.

L’assemblée

Avec un ordre du jour très fourni, elle durera près de 4 heures. Corinne Tallichet-Blanc, syndique de Valeyres, Henri Nerny, président du comité d’organisation et Pierre Guignard de Rances, député au Grand Conseil faisaient partie des hôtes d’honneur. Chacun d’eux dans son allocution s’est appliqué à utiliser, ponctuellement, la langue de Goethe. Abraham Krieger, président central, quant à lui, a traduit l’essentiel de ses interventions. Pour le reste, bien sûr, le suisse allemand l’emportait. Si tout n’était pas simple à suivre, ce qui est certain, c’est que cette société se porte bien et que les délégués étaient manifestement ravis de l’accueil qui leur avait été réservé.

Et Henri Nerny de conclure: «Cette assemblée a été une réussite totale, les délégués sont repartis ravis, nous avons tous eu énormément de plaisir».

L’école Steiner avait préparé des animations pour les enfants (et des crêpes).

Festival du Film Vert: déjà 9 ans

Pour sa neuvième édition les organisateurs du Festival du Film Vert avaient choisi une version «light» pour garder de l’énergie pour la 10e édition qui aura lieu l’année prochaine.

C’est-à-dire un peu moins de films, mais toujours la même formule : au Casino plusieurs stands en relation avec l’agriculture durable, par exemple les Magasins du Monde de La Sarraz servaient du thé et du café ainsi que des produits de culture équitable; et le désormais incontournable brunch bio a été concocté et servi par l’association des «Paniers Bio des 3 Vallons» et a connu le même succès habituel.

Pierre Rabhi «le Terrapeuthe» a attiré beaucoup de monde

Le film-phare de cette édition fut sans aucun doute le documentaire sur Pierre Rabhi «Au Nom de la Terre». Un des pionniers de l’agroécologie en France raconte son parcours et ses convictions. Des spectateurs de toute la Suisse Romande sont venus découvrir la vie de cet homme hors du commun, agriculteur, mais aussi philosophe et écrivain, qui a toute sa vie lutté pour la biodiversité ou contre la désertification. On peut y voir notamment ses actions au Burkina Faso, qui ont permis de vraiment améliorer d’une manière durable la manière de cultiver, en utilisant les ressources locales et des techniques relativement simples comme l’alternance ou la combinaison intelligente des cultures, des techniques se basant sur un savoir-faire ancestral, ne demandant aucun investissement lourd et rendant le paysan très autonome.

Le Sable en voie de disparition

«Le Sable, Enquête sur une disparition» a également le dimanche attiré pas mal de spectateurs. Ce film a obtenu le prix Greenpeace, qui est partenaire de la manifestation. Cette année, le prix Tournesol a été attribué à «Goldman Sachs, la banque qui dirige le monde». A noter également que le concept de ce festival s’essaime petit à petit, cette année il a commencé à Neuchâtel et dans la région zurichoise.

Le comité est déjà en train de réfléchir à la version plus festive de l’année prochaine mais se dit déjà très satisfait de la version 2014.

Vallorbe: du vrai soleil sous les tropiques vallorbiers

Pour une fois, le Carnaval de Vallorbe qui fêtait cette année son 30e anniversaire aura pu se dérouler sous le soleil et par une température presque printanière.

Ce sont surtout les participants au cortège qui auront apprécié, de même que la population qui s’était déplacée en nombre tout au long du cortège.

Une belle récompense pour toute la «dream team» de la présidente Corinne Eiroa, qui a mis beaucoup de sueur et d’efforts pour organiser une nouvelle fois cette fête annuelle chère au cœur des Vallorbiers.

Peut-être finalement que d’avoir intitulé l’édition 2014 «Vallorbe sous les Tropiques» aura été une bonne idée pour conjurer le froid ou la pluie.

Photo-montage qui n’a pas de caractère définitif . Des modifications d’aspect sont possibles.

Orbe : chantier de la Grand-Rue

Cette fois, ça y est, l’inéluctable va prendre une forme tout à fait tangible à partir de la mi-avril et qui, pour autant que tout se passe sans accrocs particuliers, va durer jusqu’en décembre 2014, ceci avec quelques prolongations moins draconiennes en cours d’été 2015.
Rassurer… si possible
Les propos du meneur des débats, J.-A. Mayor, municipal en charge du dossier, secondé par son collègue P. Mercier, devant un copieux parterre de commerçants et de résidents du centre-ville, se sont surtout voulus rassurants quant à la capacité des maîtres d’œuvre à respecter le calendrier cité.
L’historique, les infrastructures et la circulation
Les démarches et réflexions qui ont présidé à la mise en route de ce chantier, ses maintes contraintes administratives et techniques ont largement été développées, éclairant de manière très compréhensible le sujet.
Les modifications des circulations et du stationnement (faisant l’objet d’un encart particulier dans le présent journal) ont rencontré une écoute toute particulière, tant le sujet est sensible.
Zone de rencontre
La volonté affichée de nos autorités de faire du centre-ville une zone de rencontre, pour louable qu’elle soit, ne pourra réellement se concrétiser que si un commerce vivant de proximité peut rester actif et dynamique.
C’est bien ce sentiment qui a transcendé dans la partie de cette séance d’information dédiée aux questions des auditeurs présents: modalités d’accessibilité aux commerces et habitations, sécurité et impact du chantier, pérennité des terrasses de cafés, vitesses de la circulation dans les rues encore accessibles, tangibilité du mobilier urbain, marquages au sol, etc.
L’optimisme donne du sens à l’existence
C’est bel et bien cet adage que se devront d’appliquer sans modération les riverains du centre ville, tant la période à venir semble semée d’embûches de tous ordres et qu’il faudra bien, plutôt de gré que de force, surmonter, ensemble

Baulmes : la Jeunesse perpétue la tradition

La fête des Brandons était, il y a de nombreuses années, un événement social incontournable du village de Baulmes. Elle permettait aux villageois (chaque année un dimanche fin février-début mars) de se préparer à quitter l’hiver par diverses activités qui avaient l’avantage de rassembler la population.

Au village, le cortège était composé de personnes (petites et grandes) qui défilaient dans les rues grimés, masqués, déguisés, porteurs de flambeaux ou de torches pour un spectacle très apprécié. Le vin chaud était offert par la Commune ou la société organisatrice et une soirée musicale suivait. Alors, pour différencier les Brandons baulmérans de ceux des autres communes de la région, il fallait, dès la nuit tombée, lever les yeux en direction du Jura pour voir s’allumer les chavannes.

Les bûchers étaient préparés, la semaine précédant la fête, par les enfants et les jeunes de la Commune. Dans les années 60, on a pu compter jusqu’à 3 chavannes : l’une préparée dans une grotte au-dessus de l’Eglise, les deux autres confectionnées en-dessous de l’actuel refuge des Rochettes. A 19 heures, tout s’embrasait et lorsque les feux s’éteignaient, un repas (généralement saucisses et pâtes) permettaient aux jeunes de terminer en beauté cette fête appréciée.

Aujourd’hui, il ne reste des Brandons que la chavanne. La société de jeunesse, présidée par Nancy Perusset, a décidé de maintenir le «feu» en espérant que dans les années à venir, la fête redevienne aussi importante qu’elle l’était il y a quelques lustres.

Cette année, la Commune a mis à disposition 3 à 4 stères de bois de sapin. Samedi après-midi, ce sont 5 filles de la société (Nancy, Isabelle, Morgane, Audrey et Laure) aidées de Quentin qui ont édifié un magnifique bûcher. A 19 heures pétantes, Christian Cachemaille pouvait allumer l’édifice qui allait s’embraser magnifiquement.

Durant près de 3 heures, le feu pouvait être admiré loin à la ronde; quelques curieux ont rejoint à pied le site même de la chavanne pour témoigner leur reconnaissance à cette sympathique jeunesse pour qui la tradition villageoise compte beaucoup.

De gauche à droite, le nouveau collège coloré, la salle de gymnastique et l’ancien collège.

Vallorbe: le collège doit subir un profond lifting

La croissance du nombre d’élèves qui affluent à Vallorbe dans le cadre du regroupement de l’AscoVaBaNo se manifeste plus rapidement que prévu. On étudie déjà l’équipement du dernier étage, laissé volontairement vide, du rutilant Collège des 3 Vallons.

En attendant toutefois, il faut s’attaquer aux vénérables bâtiments qui nécessitent d’importants liftings et travaux en tous genres. C’est ainsi qu’en août 2013, l’exécutif vallorbier a obtenu un crédit d’étude pour la rénovation du collège de la rue Louis-Ruchonnet, qui aura 100 ans en 2015! Il a planché tout l’automne sur la question, en collaboration avec un bureau technique, pour arrêter ses choix et propositions au Conseil communal, contenus dans un préavis et qui prévoit l’octroi d’un crédit de plus de 4 millions de francs à cet effet. Les travaux prévus reposent sur le concept général d’interventions, ce qui devrait permettre de concentrer au mieux les activités prévues en dehors des périodes scolaires et pendant les vacances.

Étalement sur trois ans

Ceci ne sera sans doute pas complètement possible vu l’ampleur de la tâche. Et quelques nuisances sonores sont attendues malgré la planification prévue. Cette dernière prévoit une première tranche de travaux en 2014, soit la réfection des toitures et façades de la salle de gymnastique et de l’annexe ouest avec une remise à neuf de la distribution électrique. 2015 doit être consacré à la réfection des toitures du bâtiment principal et des façades, à l’isolation des combles et au début des travaux relatifs à la création d’un ascenseur/monte-charges.

La dernière phase de travaux est prévue en 2016 et concerne la rénovation des classes, du couloir du 4e étage et la fin des travaux de l’ascenseur entre autres. Un programme ambitieux et complexe à gérer, qui dépend encore de la volonté du délibérant vallorbier, saisi de cette demande de crédit. À relever qu’une fois les travaux terminés, le loyer de cet établissement, qui est facturé à l’AscoVaBaNo, sera dûment revu à la hausse, alors que les éléments de sécurité et d’adaptation thermique et d’isolation devraient permettre d’améliorer le confort des élèves et de prolonger pour longtemps la vie de ce bâtiment communal d’importance.

Lisa, Gaël et Philippe Jaillet avec Taral leur vache de 6 ans devant la ferme des Grands Bois.

Agriculture: entre désespoir et volonté de s’en sortir

Paysan
«C’est celui qui habite et cultive le pays. C’est aussi celui qui aime sa terre, source de vie.»

On a éradiqué le paysan pour le remplacer par l’exploitant agricole dont le but est de produire toujours davantage selon Pierre Rabhi (Ardèche)
Les agriculteurs entretiennent la terre, donc la vie, en même temps qu’ils contribuent à nourrir la population. Leur rôle est crucial. Nous devrions élever les paysans au rang de seigneurs, mais malheureusement nous en avons fait de pauvres types.

Suite à une émission vue à la télévision sur les problèmes des paysans, L’Omnibus a demandé à un agriculteur et son fils de la région, de lui donner leur avis sur la question.
Philippe Jaillet est agriculteur à Vallorbe. Ses génisses sont aux Grands Bois et ses vaches laitières dans une étable en zone village.

Ce qui se dit à l’école

Gaël Jaillet a 15 ans et veut suivre les traces de son père. Il fait son CFC d’agriculteur dans une ferme à Montricher et suit les cours à Marcelin. Malgré les difficultés qui apparaissent avec les nouveaux règlements, dont la PA 14-17 (Politique Agricole, voir encadré), il n’a pas l’intention de renoncer. Il travaille actuellement 52 h. par semaine (dimanche y compris), plus des heures pour étudier ses cours le soir et des coups de main à son papa lorsqu’il a congé. Pendant son apprentissage, un apprenti doit voir les différentes formes de cultures, comme extensive ou bio. Gaël regrette que ses camarades de cours veuillent “tout bouffer”, ils veulent toujours plus de terrains, toujours plus de chevaux sous le capot du tracteur... Les petites exploitations sont de moins en moins viables, et les grandes rachètent les terrains de ceux qui ne gagnent plus assez pour faire vivre leur famille.

Les politiques

Ils refusent souvent de voir ce qui se passe sur le terrain et dirigent les gens de la terre depuis leurs bureaux. Ces personnes n’ont souvent plus de racine paysanne.
L’ouverture des frontières fait aussi peur aux petits exploitants, car l’agriculteur suisse ne peut pas rivaliser avec les salaires, plus bas, des pays voisins. Les grandes entreprises agro-alimentaires ont tendance à vouloir diriger le paysan dans ses choix, et, pour annoncer de belles actions au consommateur, les paient à des prix qui ne compensent pas forcément le travail. Gaël se rend bien compte de la situation actuelle et de l’ambiance tendue qui y règne. Les productions de betteraves et de céréales ne sont bientôt plus rentables, vers quoi doit-on se tourner?

Travail de paysan

Il ne compte pas ses heures (plus de 70, sans compter celles de bureau le soir, pour Philippe Jaillet) et travaille sept jours sur sept. Le matin, il faut se lever très tôt pour aller soigner les bêtes et faire la traite, et il peut finir très tard pour rentrer les récoltes en été. Pour gagner du temps, l’agriculteur tente d’automatiser au maximum et à grands frais, qu’il ne peut pas toujours assumer. Pour faire tourner le ménage, la femme prend un travail à l’extérieur, au détriment de la vie de famille. Le soir, elle rentre et recommence une nouvelle journée à la maison. Certaines acceptent, d’autres divorcent, et, dans ce cas, le paysan se retrouve seul à mener la barque avec une pension alimentaire en plus à verser.

Positiver

Comme tous les jeunes paysans, Philippe Jaillet a débuté sa carrière en se croyant fort et en ne pensant pas à lui-même, jusqu’à ce que des problèmes de dos le rappellent à une vie plus raisonnable. La vie lui a appris que tout n’est pas simple. Il a travaillé en collaboration avec un voisin pendant une quinzaine d’année. Les récoltes se faisaient ensemble et ils se prêtaient mutuellement les machines. Un jour, ce voisin a arrêté son exploitation et, du coup, Philippe Jaillet s’est retrouvé seul. Il a vu ce que son collègue a ressenti lorsque les bêtes sont parties, lorsque les machines ont été vendues, cette épreuve l’a marqué. Puis, il y a quelques années, il a tout perdu dans un incendie. Il n’avait plus rien, et a dû recommencer à zéro. La situation étant trop pesante, son épouse l’a quitté avec les enfants, qui heureusement ne vivent pas loin et viennent très souvent chez lui.

A sa place, certains agriculteurs auraient tout laissé tomber, mais pas Philippe Jaillet. Il a dû reconstruire sa vie et sa ferme en même temps. Lui, qui avait des projets de construire du neuf, a dû réparer les vieux murs noircis par la fumée, mais il n’a pas baissé les bras et est entré dans sa ferme rénovée fin 2013. Il veut positiver et aller de l’avant, c’est ce qu’il souhaite faire comprendre à ses collègues.

Aller de l’avant

Les agriculteurs savent qu’ils vont perdre environ 10 % de paiements directs, donc de salaire, dès cette année avec la nouvelle loi. Pour pallier ce manque, le paysan doit trouver ses propres solutions selon son type d’exploitation: la vente directe, la diversification des plantations, voire le tourisme, mais surtout croire que l’on peut encore s’en sortir. Il y a 40 ans, l’agriculture était super productive. Actuellement, elle doit investir à long terme, tout en sachant qu’un revirement est possible d’un jour à l’autre. Les politiques ne maîtrisent pas tous les problèmes avec l’Europe; une initiative est d’ailleurs en cours pour une meilleure sécurité alimentaire. Beaucoup attendent de voir les résultats en fin de cette année.

Débrouille

En principe c’est ce qu’est l’agriculteur, mais chacun doit trouver son chemin, qui arrivera à faire tourner son exploitation. Surtout, il ne doit pas tomber dans le piège de l’entrepreneur qui ne connaît plus ses bêtes, devenues juste des numéros qu’il achète ou vend sans arrière-pensée… Le robot de traite est très cher, mais peut, grâce à une surveillance qu’il rend possible, permettre aux agriculteurs de diminuer les produits nocifs, comme les antibiotiques, mais encore faut-il suivre ses bêtes scrupuleusement.
Depuis des années, Philippe Jaillet est contre les produits de traitement radicaux ou les OGM, il cherche d’autres solutions, moins coûteuses pour la santé des hommes, des bêtes et de la nature.

Il a cessé sa course à la productivité, et est retourné sur l’alpage en été. Il est en faveur d’une biodiversité ou d’autres développements, mais ne veut pas produire coûte que coûte. Il montre tous les jours son attachement à la terre nourricière et n’a pas peur de travailler avec d’autres paysans pour partager les frais exorbitants des machines agricoles. Son rêve de toujours: être sur sa ferme. Et il veut garder le courage nécessaire pour y rester.
Pour Philippe Jaillet, l’exploitation agricole est avant tout une grande aventure familiale. Auparavant l’héroïne en était la paysanne qui restait contre vents et marées sur la ferme. Actuellement la femme qui le souhaite peut refaire sa vie ailleurs, mais laisse très souvent un homme qui doit s’accrocher pour continuer.
Notre agriculteur a apporté le mot de la fin qui n’est pas de lui, mais qui leur va si bien: «Ce qui est bien, chez les agriculteurs, c’est qu’on a parfois un week-end...»

PA 14-17

L’agriculteur est le seul entrepreneur qui doit investir avant de savoir combien cela peut lui rapporter. Les paiements directs ont baissé drastiquement par UGB (Unité Gros Bétail) qui est nourri avec des concentrés et du fourrage grossier. La PA favorise l’élevage des bêtes nourries à 85% avec des herbages. Elle favorise également les surfaces en pente et les alpages en Suisse, donc les terrains difficiles à travailler.

A l’heure actuelle, les agriculteurs doivent rapidement s’inscrire dans des projets régionaux, mais ils ne savent pas encore en quoi ils consisteront. La mise en application de la nouvelle loi a eu trop peu de temps pour être préparée correctement. Des équipes se sont formées avec des agriculteurs, des biologistes, Pro Natura et d’autres partenaires publics et privés, et neuf projets de Contribution à la Qualité du paysage ont été déposés fin janvier à l’Office fédéral de l’agriculture et seront étudiés.
L’agriculteur devra participer à plusieurs programmes qui comportent encore beaucoup d’inconnues. Il devra satisfaire le consommateur, donner une bonne image, protéger l’environnement dans une durabilité et une viabilité à long terme.